Qui est Marcel Campion, le "roi des forains" qui menace de bloquer Paris ce lundi ?

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PORTRAIT - Parti de rien, Marcel Campion règne désormais sur les fêtes foraines. À 77 ans, cet habitué des controverses au carnet d'adresses bien rempli est en plein bras de fer avec la mairie de Paris. Il menace de bloquer la ville dès ce lundi s'il ne peut pas installer son marché de Noël sur les Champs-Élysées.

En 60 ans de carrière, Marcel Campion s'est fait autant d'amis que d'ennemis. Le patron de la foire du Trône, de la fête à Neuneu, de la grande roue de la Concorde et des carrousels du Trocadéro menace de bloquer Paris ce lundi, si la mairie persiste à refuser qu'il installe son marché de Noël sur les Champs-Élysées.


Début juillet, le Conseil de Paris a décidé à l'unanimité de ne pas reconduire la convention qui autorisait la SARL Loisirs Associés de Marcel Campion d'installer le marché de Noël sur la prestigieuse avenue, comme c'était le cas depuis 2008. À l'issue de son entrevue de samedi avec le préfet de police, le responsable forain a confirmé son appel à une "mobilisation autour de Paris et dans Paris" dès lundi. "Je pense qu'il y aura des blocages, des convois", a-t-il ajouté, affirmant que "le monde forain est en ébullition".


Le porte parole de l'intersyndicale foraine, Christian Lentz, promet un blocage "beaucoup plus important que notre mobilisation du 12 septembre contre la réforme du code du travail". Mille camions, dont 400 à Paris, avaient alors envahi les routes. "En cas de coup dur, je peux mobiliser plus de 3000 personnes", aime à dire celui qui se fait surnommer le "roi des forains". À 77 ans, Marcel Campion a effectivement le bras long et s'est construit un réseau qui va bien au-delà du monde forain.

La méthode Campion ? "Une fois qu’on est installés, on négocie"

Né dans une famille de forains, Marcel Campion perd sa mère à 3 ans, tuée par un obus allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Son père prisonnier en Allemagne, le jeune Marcel devient pupille de la nation. Il retrouve finalement son aïeul, puis l'accompagne dans les foires. À 14 ans, après avoir quitté le domicile familial, il travaille pour une loterie, puis achète la sienne à force d'économies. À 17 ans, il s'achète une baraque à frites et son premier manège.


Le jeune vendeur de frites se développe rapidement, et trouve sa méthode pour s'imposer. "Une fois qu’on est installés, on négocie", résume dans Paris Match Louis Joubert, l'un de ses amis, aujourd'hui secrétaire général du comité de la Foire du Trône.

Quand les forains envahissaient le jardin des Tuileries, une fausse lettre de Jack Lang à la main

Premier coup de force à Paris, en 1963. À l'époque, la Foire du Trône a lieu sur la place de la Nation, dans le 12e arrondissement parisien. Le député local, Roger Frey, veut la déplacer à Créteil. Marcel Campion parvient à fédérer tous les syndicats forains et à installer la fête foraine dans le bois de Vincennes. 


Même scénario en 1973 à Rennes, où il arrive à mobiliser ses collègues pour imposer une fête foraine dont la municipalité ne voulait plus. En 1983, il mène une nouvelle fronde à Paris et envahit le Champ-de-Mars pour obtenir un emplacement où installer la Fête à Neuneu, également vouée à disparaître. Il obtiendra finalement le droit de l'installer dans le bois de Boulogne, après négociation avec le maire Jacques Chirac.


Deux ans plus tard, en 1985, Campion obtient sa plus grande victoire. Avec des dizaines de camions, il entre illégalement dans le jardin des Tuileries, dont il s'était fait interdire l'accès depuis 1976. Les forains brandissent même une autorisation de Jack Lang, qui s'avérera être falsifiée. Malgré l'intervention des CRS, ils négocient et obtiennent le droit de rester. 32 ans plus tard, la fête des Tuileries demeure la seule fête foraine de Paris intra-muros.

En 1993, Marcel Campion parvient à faire installer sa grande roue sur la place de la Concorde, sur laquelle elle reste plusieurs semaines par an jusqu'en 2017, sauf entre 2002 et 2009. Mais le forain est dans le viseur de la justice, qui enquête sur une convention octroyée à l'homme d'affaire par la mairie de Paris en 2015. Marcel Campion a été mis en examen le 30 mai dernier pour recel de favoritisme et abus de biens sociaux.


Adepte du fait accompli et fin négociateur, Marcel Campion peut aussi sortir de ses gonds. En novembre 2009, il injurie un contrôleur de l'Urssaf venu contrôler d'éventuels travailleurs non-déclarés. Sauf que des journalistes de l'émission "Combien ça coûte" (TF1), étaient aussi présents. Le "roi des forains" avait affirmé qu'il discutait avec les ministres, "pas avec les torche-culs", avant de jeter une bouteille d'eau sur les journalistes.

Il a menacé d'accrocher un contrôleur de l'Urssaf à un croc de boucher

Un mois plus tard, deuxième échauffourée avec des contrôleurs de l'Urssaf, qui avaient identifiés 16 travailleurs au noir. Marcel Campion a promis d'accrocher le fonctionnaire "à un croc de boucher", ce qui lui vaudra une condamnation en juin 2010. De quoi relativiser son engagement aux côtés des manifestants contre la loi travail ? En 2013, il menace cette fois des journalistes de M6 qui réalisent un reportage sur le marché de Noël des Champs-Élysées.


L'année précédente, il se faisait un autre ennemi dans le monde politique en la personne de Dominique Strauss-Kahn. Il accusait l'ex-candidat à la présidentielle d'avoir réclamé un pot de vin de 5 millions de francs pour qu'il intervienne afin de faciliter la reprise d'un parc d'attraction du Val-d'Oise par Marcel Campion.

Guitariste, il a sorti un disque de jazz manouche

Réputé pour son carnet d'adresse fourni dans le milieu politique, le "roi des forains" a participé au comité de soutien d'Anne Hidalgo lors de l'élection municipale 2014, qu'elle a remportée. "C’est elle qui me l’a demandé. On l’a soutenue à sa demande et aujourd’hui plus rien", lâche Campion dans Le Parisien. Lors de la présidentielle 2017, il s'est en revanche affiché aux côtés de Marine Le Pen, qui a soutenu l'existence de son marché de Noël. 


Le leader forain fait aussi dans le philantropisme. Il a crée SOS Addictions, une association qui aide les jeunes toxicomanes, participe aux collectes de fonds pour la fondation de David Khayat contre le cancer, et organise pour le Secours populaire l’opération "1.000 enfants, 1.000 jouets".


"Je suis pessimiste quant à l’avenir du monde forain. Je ne vois pas un leader de ce niveau capable de prendre la suite", estime Frédéric Papet, attaché de presse et ami de Marcel Campion dans Paris Match. Que restera-t-il du "roi des forains" après ce qui s'annonce comme son ultime bataille ? Son disque de jazz manouche sera, lui, toujours disponible en ligne.

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