"Qui sont les musulmans en France ?", l’étude qui égratigne les idées reçues

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RELIGION - Une étude réalisée par l’Institut Montaigne et publiée par le "JDD" dresse un vaste portrait des musulmans de France. Elle égratigne certaines idées reçues, montre la forte adhésion des musulmans aux valeurs républicaines, mais aussi la rupture des jeunes avec le mode de vie français.

Qui sont vraiment les musulmans de France ? C’est la question à laquelle veut répondre une grande étude, commandée par l’Institut Montaigne à l’Ifop, et parue ce dimanche dans le JDD. 


Une enquête sur les musulmans… Le sujet est sensible, dans un contexte tendu. Mais dans un édito, le JDD explique sa démarche : "Cette étude se veut particulièrement sérieuse, réalisée sous l'égide de l'institut Montaigne, qui n'a rien d'un groupement d'agitateurs". L’idée : justement, ne pas ajouter de l'huile sur le feu, mais dresser un portrait inédit de la population musulmane, qui s’avère bien plus contrasté qu'on ne le pense. "Rien n’alimente plus les fantasmes et les caricatures que l’incertitude et la méconnaissance", note le JDD qui lève pour ça les zones d'ombres. 


L’enquête balaie certaines idées reçues, et met en évidence la bonne intégration de la population musulmane, mais note aussi "l’inquiétante rupture" des plus jeunes avec les valeurs républicaines.


  • 1Une population moins nombreuse qu’on ne le dit

    Les chiffres de la présence des musulmans comme des autres pratiquants religieux sont souvent flous puisqu'il n'existe pas de recensement en fonction des religions. Les théoriciens du "grand remplacement" font souvent tourner leur présence autour de 8 à 10% de la population. En fait, l’Institut Montaigne estime à 3 ou 4 millions le nombre de musulmans en France, ce qui les situe plutôt aux alentours de 5 ou 6% de la population des plus de 15 ans vivant en France. Il s’agit par contre d’un groupe social particulièrement jeune : 84% des musulmans ont moins de 50 ans.
  • 2Un tiers de pratiquants "rigoristes", mais une majorité de laïcs

    En matière de rapport aux valeurs républicaines, l’Ifop distingue trois profils chez les musulmans : d’abord, les "sécularisés", ou "majorité silencieuse" (46%), qui sont laïcs, attachés aux valeurs républicaines, même si la religion occupe une grande place dans leur vie ; viennent ensuite les "conservateurs" (25% ), groupe plus composite. Fiers d’être musulmans, ils revendiquent la possibilité d’exprimer leur appartenance religieuse dans l’espace public. Très pieux, ils sont souvent favorables à l’expression de la religion au travail, mais rejettent très clairement le niqab et la polygamie. Restent, enfin, 28% d’"ultras", ou "autoritaires". Ceux-là sont jeunes, peu qualifiés et peu insérés dans l’emploi, vivant souvent dans les quartiers populaires périphériques des grandes agglomérations. Ils se définissent davantage par l’usage qu’ils font de l’islam pour signifier leur révolte que par leur conservatisme.
  • 3Il y a plus de "sorties" de l’islam que de conversions

    Il y a en fait plus de "désertions" que de conversions. D’après l’Ifop, il y a deux fois plus de jeunes issus de familles musulmanes qui "sortent de l’islam", que de jeunes convertis dont les parents ne sont pas musulmans.
  • 4La question du voile divise

    Alors que certains signes de religiosité font consensus chez les musulmans, comme la consommation de viande halal, la question du voile divise davantage, même si cela reste un important marqueur de l’identité musulmane. 60% des sondés estiment ainsi que les jeunes devraient pouvoir porter le voile à l’école ou au collège, contre 37% des non musulmans. Plus généralement, 65% sont favorables au port du voile, et 24% au niqab. Autre surprise de cette étude, elle révèle que ce sont davantage les femmes qui sont favorables au voile : seules 18% sont contre, contre 26% des hommes.
  • 5Les femmes sont plus rigoristes que les hommes

    En matière de mœurs, ce sont d’ailleurs les femmes, qui seraient plus conservatrices. Elles ne sont "que" 85% à accepter d’être soignées par un médecin de sexe opposé, contre 97% des hommes ; seules 57% acceptent de faire la bise à un homme, contre 77% ; et elles ne sont que 56% à approuver la mixité dans les piscines, contre 75% pour les hommes. En théorie, les femmes sont d’ailleurs un tiers à dire qu’elles porteraient le voile si elles le pouvaient. Une proportion qui a augmenté de 11 points en 15 ans… mais est un petit peu nuancée dans la pratique où le port du voile reste minoritaire : 57% des femmes musulmanes n’ont jamais porté de voile.
  • 6Les musulmans vont peu à la mosquée et connaissent mal leurs représentants

    Ils ne sont que 29% de musulmans à aller à la mosquée chaque semaine. Les deux tiers restant ne fréquentent pas les lieux de culte, ou seulement pour les grandes fêtes religieuses. D’ailleurs, les musulmans se reconnaissent peu dans les instances publiques censées les représenter en France. 68% d’entre eux ne connaissent pas le Conseil français du culte musulman, et 16% ne se sentent pas représentés par le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Un état des lieux qui questionne, note le JDD, alors que le gouvernement veut réorganiser l’islam de France autour des lieux de culte.
  • 7Ils sont peu engagés dans la vie civique

    L'étude montre, d'abord, l'absence d'un communautarisme musulman. Surtout, les musulmans semblent peu s'investir dans la sphère civique. Un quart de la population française se déclarant musulmane et en âge de voter n’est pas inscrite sur les listes électorales, un tiers de ceux qui sont inscrits n’ont pas voté en 2012, et un musulman sur deux seulement se dit certain d’aller voter en 2017. Un engagement très modéré, donc, qui explique sans doute, note le JDD, le peu d’intérêt que ces électeurs peuvent inspirer aux politiques… qui parlent pourtant beaucoup d’eux.

> Enquête réalisée par téléphone, entre le 13 avril et le 23 mai, auprès de 1 029 personnes de religion ou d'ascendance musulmane extraites d'un échantillon représentatif de 15 459 personnes. Retrouvez tous les détails de l'enquête sur le site de l'Institut Montaigne.

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