Radars embarqués par des sociétés privées : gain de temps pour les forces de l'ordre ou jackpot pour l'Etat ? On fait le point

DirectLCI
LEVEZ LE PIED - La Sécurité routière a annoncé lundi le lancement de l'expérimentation des radars embarqués gérés par des sociétés privées dès vendredi, au grand dam de l'association 40 millions d'automobilistes qui dénonce leur "privatisation". Résumé des arguments en présence.

"Ce sera bien mieux." "Ce sera encore pire." Voilà, en résumé, les positions des parties, après l’annonce de l’installation des radars embarqués confiés à des sociétés privées. L’expérimentation débute ce vendredi en Normandie, avant d’être étendue à toutes les régions. Forcément, une telle mesure a de quoi inquiéter, mais le gouvernement assure que le dispositif sera strictement encadré. Petit résumé des arguments en présence. 

Les faits

Passée la phase de teste, la première voiture-radar conduite par un opérateur privé est programmée pour septembre 2017 en Normandie, avant d’être étendu à d’autres régions. Depuis mars 2013, 383 voitures radar sont capables de contrôler la vitesse des véhicules tout en roulant dans le flot de la circulation. Ces véhicules banalisés circulent actuellement avec un équipage de deux policiers ou deux gendarmes. L'un est affecté à la conduite, l'autre au réglage de la vitesse autorisée à l'endroit traversé.

Les arguments des pour

Le ministère de l’Intérieur et la Sécurité routière mettent d’abord en avant la modernité du mécanisme "innovant" de ces futures voitures radars : "Des équipements capables de lire les panneaux de limitation de vitesse permettront au radar de fonctionner de manière autonome, sans aucune intervention du chauffeur, désormais, seul présent dans le véhicule", argumente le ministère. Cette mesure permettra donc, en plus, "de libérer du temps de travail pour les forces de l'ordre".


Du temps qu’elles pourront donc consacrer "à des tâches plus en rapport avec leur qualification au profit de la lutte contre la délinquance et la protection de la population, comme la recherche des conduites en état d'ivresse ou après prise de stupéfiants". Elle permettra également d'augmenter le temps d'usage des voitures-radar… qui circuleront donc plus longtemps sur le réseau.  

Les arguments des contre

Pour 40 millions d’automobilistes, c’est une véritable "privatisation" du secteur, qui peut donc mener à toutes les dérives, et surtout à une "intensification de la répression routière". L’association accuse notamment le gouvernement de vouloir faire entrer plus d’argent dans les caisses de l’Etat. "Partant du principe qu'une voiture radar peut flasher - au bas mot - 30 automobilistes par heure, que le ministre de l'Intérieur souhaite que ces véhicules circulent au bout 8 heures par jour et que 440 voitures équipées parcourront nos routes dès l'an prochain, ce sont plus de 38,5 millions de procès-verbaux qui seront dressés à l'encontre d'usagers de la route", calcule Daniel Quéro, président de 40 millions d’automobilistes. "Avec un montant moyen de l'amende à 56,85 €, l'État engrangera près de 2,2 milliards d'euros. À coup sûr, une excellente opération financière... En revanche, il n'existe aucune preuve que cette mesure ait un quelconque effet positif sur la sécurité routière."

 

L’association épingle aussi le dispositif de rémunération de ces sociétés privées : "Le gouvernement prévoit de rémunérer les sociétés gestionnaires en fonction du temps que passeront les radars-mobiles en circulation", détaille-t-elle. "Autrement dit, plus ils rouleront et sanctionneront, et plus la rémunération due par l'État aux entreprises sera élevée."

Tout de même des garde-fous

Sur le sujet, l'Etat se veut rassurant. Il rappelle que les entreprises concernées seront rémunérées en fonction du nombre d'heures de conduite effectuées. Et ces heures de conduites seront fixées par l’Etat, et ne seront "en aucun cas laissés à la libre appréciation des entreprises ou de leurs conducteurs". Enfin, "en aucun cas, les entreprises ne seront rétribuées au nombre d'infractions enregistrées". 


Autre précaution : le conducteur de la voiture radar naviguera, en quelque sorte, à l’aveugle. "Il n'aura aucune indication relative au constat d'infractions par le mécanisme qu'il transporte : il ne saura ni quel véhicule a été photographié, ni combien", précise le ministère de l'Intérieur. Même chose pour l’entreprise qui l’embauche, qui ne pourra jamais accéder à la partie concernant les clichés de verbalisation, ni connaître le nombre d'infractions constatées.


Quoi qu'il en soit, dans un premier temps, que tout le monde se rassure (ou pas) : le test qui débute vendredi durera plusieurs mois, afin de permettre l'homologation du nouveau système. Et s'il ne donnera pour l'isntant lieu à aucune contravention, cette expérimentation n'a pas fini de faire parler. 

En vidéo

VIDEO. Radar embarqué: une société privée pour augmenter les contrôles

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter