Radicalisation au collège : "Il a ramené un énorme couteau de cuisine dans son sac"

SOCIÉTÉ

TEMOIGNAGE – Professeur dans un collège sensible de Clichy-Sous-Bois, Julia Dumont a assisté à l'évolution inquiétante d'un de ses élèves en 2015. Elle se confie à LCI.

"Les homosexuels ? Il faudrait les lapider". La remarque, homophobe, est prononcée par un élève de Julia Dumont, professeur d'histoire-géographie à Robert Doisneau, un collège classé REP+* de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). C'était lors de l'année scolaire 2014-2015. L'enseignante tentait à ce moment d'expliquer à ses élèves les contours de la loi sur le Mariage pour tous. Face à ce genre de propos, "je ne laisse jamais passer et j'entame immédiatement une discussion avec la classe puis avec l'élève concerné", souligne l'enseignante. "La plupart du temps, je me rend vite compte que ce n'est pas sérieux". Mais, dans ce cas précis, il s'est avéré plus tard qu'il ne s'agissait pas d'une simple provocation d'adolescent.

"C'était vraiment un élève qui campait sur ses positions quand on discutait seul avec lui", se souvient Julia Dumont. "Son objectif n'était pas simplement de faire le clown en classe. C'était quelque chose de plus profond, qu'il pensait vraiment". Après l'attentat de Charlie Hebdo en janvier, «il y a eu des 'c'est bien fait pour eux, ils n'avaient pas à caricaturer le prophète'. Mais il n'a pas été le seul à le dire... D'autres qui n'étaient pas radicalisés le disaient aussi", précise-t-elle. Toujours en classe, il avait en outre affirmé "que les femmes qui portaient des jupes courtes étaient 'des putes'".

"Cela doit rester à la maison"

Après ces provocations répétées, les parents sont convoqués. "Tu ne dois pas dire ce genre de choses à l'école. Cela doit rester à la maison, tu le sais très bien", s'énerve alors la mère sous les yeux du principal. Comme lors de chacune de ses visites au collège, le père refuse quant à lui de serrer la  main aux femmes. La mère reste de son côté "toujours en retrait". Pour Julia Dumont, plus de  doutes, l'idéologie radicale de son élève est "ancrée" et tire sa source dans son environnement familial.

Cette convocation n'a toutefois pas eu beaucoup d'effet sur l'adolescent. Après avoir dérobé le téléphone de son professeur –avant de le restituer-, il n'a pas hésité à ramener "un énorme couteau de cuisine" dans l'établissement. "Il ne s'en est pas servi mais l'a montré à ses camarades pour faire un peu le larron". A la suite de cet incident, l'adolescent a été renvoyé. Julia Dumont  ne sait pas ce qu'il est devenu. 

* REP : réseau d'éducation prioritaire

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