Radicalisation des jeunes : "Les recruteurs sont des psychologues extraordinaires"

DirectLCI
24 HEURES EN QUESTIONS - Quels sont les mécanismes psychiques qui poussent les jeunes à se radicaliser ? Eléments de réponse avec Serge Hefez, psychiatre en charge d’une consultation de déradicalisation à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière.

En France, chaque semaine, on apprend que des jeunes se laissent séduire par la propagande djihadiste. Et versent dans le radicalisme. Mais quels biais actionnent ces recruteurs pour parvenir à les attirer dans leurs filets ? Selon le psychiatre Serge Hefez, le processus ressemble à celui utilisé par les sectes. Ces jeunes ont subi "un lavage de cerveau, le plus souvent sur Internet, avec des recruteurs qui savent très bien exploiter leurs failles et leurs interrogations. Ce sont des psychologues absolument extraordinaires ! Ils trouvent des programmes de radicalisation, de conditionnement qui vont être adaptés à chaque profil", explique–t-il . Et de détailler des exemples de personnalités sensibles au discours jihadiste  : 

- Des jeunes filles qui  veulent être "Mère Teresa" pour sauver le monde 

- Des jeunes filles  qui  souhaitent rencontrer le beau prince barbu 

- Des jeunes gens qui sont attirés par le goût du sang et qui veulent en découdre

- D’autres qui veulent être "Richard Cœur de Lion" 

Lire aussi

Pression du groupe

Pour Serge Hefez, invité vendredi de l'émission "24 Heures en question" sur LCI, ces adolescents ou jeunes adultes sont "en quête d’un discours qui va leur permettre de sortir de leur condition et de leurs interrogations". A noter que ce type de discours a toujours été un outil des sectes désireuses de recruter de nouveaux adeptes. "Il y a toujours eu des sectes où tout à coup des gens à peu près normaux au départ se retrouvent affiliés à un discours, à un gourou. Ils  perdent leur sens commun et se clivent complètement à l’intérieur d’eux, entre le personnage antérieur et le personnage qui suit les préceptes de la secte".

En France, 1954 mineurs radicalisés

De quoi faciliter le passage à l’acte, encouragé par la pression du groupe : "On pense souvent à la personne [radicalisée] comme une personne un peu isolée, avec son raisonnement, son psychisme, son histoire. Mais à partir du moment où on est fondu dans un groupe et qu’on adopte sa logique, on perd sa personnalité antérieure", souligne Serge Hefez. 


En France, Le Figaro a révélé ce vendredi qu'au 15 septembre, 1954 mineurs ont été signalés comme radicalisés en France, soit une hause de 121 %  par rapport au recensement de janvier dernier. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter