Radicalisation : pourquoi certains sports sont plus touchés que d'autres

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INTERVIEW - Le doctorant Médéric Chapitaux consacre ses recherches aux liens entre clubs de sport et potentiels processus de radicalisation. Auprès de LCI ce jeudi 30 novembre, il estime que les disciplines peu encadrées sont particulièrement exposées.

Mohamed Merah, les frères Kouachi, les frères Abdeslam... Ces terroristes, outre leur allégeance à Daech et les attaques meurtrières qu'ils ont perpétrées, ont pour point commun d'avoir été de grand fans de sport. Le football pour le premier, la boxe thaï et la boxe pour les autres. Est-ce une coïncidence ? Une simple étape dans leur parcours de jeunes hommes ? Ou au contraire une piste qui permettrait de s'interroger sur la présence d'individus radicalisés dans le milieu sportif ? 


Tout en précisant que le sport n'est bien évidemment pas un facteur de radicalisation, plusieurs experts de la question se sont réunis ce jeudi 30 novembre, au conseil régional d'Ile-de-France, afin de présenter un nouvel outil de formation aux professionnels et encadrants sportifs en se basant sur ce constat : en France, 829 personnes radicalisées ont été signalées dans des clubs de sport. Parmi les intervenants, Médéric Chapitaux, doctorant au Cresco (Centre de recherches en sciences sociales sports et corps) et ancien gendarme, détaille ce phénomène auprès de LCI : 

LCI : Le sport est-il facteur de radicalisation ?

Médéric Chapitaux : Ce n'est pas moi qui le dit, mais des services de l'Etat, à l'image du site stop-djihadisme : celui-ci classe le club de sport comme le premier lieu de socialisation où peut débuter un processus de radicalisation. Le milieu associatif arrive en seconde position, et comme le sport est constitué dans sa très grande majorité d'associations, on peut dire que le sport occupe... les deux premières marches du podium. Ensuite seulement viennent dans ce classement les lieux de culte, comme lieux de radicalisation possibles. Donc oui, on peut dire qu'aujourd'hui, le sport est un espace dans lequel un phénomène de radicalisation est en mesure de se produire.

LCI : Pourquoi le découvre-t-on si tard ?

Médéric Chapitaux : C'est le principe du déni institutionnel. On a longtemps fermé les yeux sur le phénomène, sans être en mesure de le comprendre. Pourtant, dès 2011, le conseil de l'Europe évoquait déjà le lien entre sport et radicalisation, en évoquant particulièrement le futsal, les sports de combat et les salles de musculation. Les mêmes activités qui reviennent aujourd'hui dans les signalements, car elles ont une structuration fragile, une absence d'encadrement et de contrôle. Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur une discipline en particulier, mais il est clair que les espaces non encadrés sont potentiellement à risque.

LCI : Les politiques publiques sont-elles à la hauteur ?

Médéric Chapitaux : Oui, elles sont à la hauteur car de bonnes choses sont mises en place, à l'image de ce dispositif de formation et de signalement mis en place par le conseil régional d'Ile-de-France. En revanche, c'est dans la mise en oeuvre de ces politiques qu'il y a un problème. On privilégie souvent une vision verticale de la pratique sportive alors qu'il faudrait avoir un point de vue transversal. La réalité du sport en France, elle est gérée par le ministère, mais aussi par les associations locales et le secteur marchand (distribution et industrie, ndlr). Et tant que tous ces acteurs ne seront pas mobilisés sur la question, on ne pourra pas avancer.

LCI : Est-il possible, dans les faits, de contrôler ce qui se passe dans les clubs, même les plus petits ?

Médéric Chapitaux : En tout cas, moi je travaille dans cet objectif. Mon idéal est qu'on puisse continuer à dire du sport qu'il s'exerce dans le respect des valeurs de la République.

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