Ramadan 2016 : "Aujourd'hui, en France, 80% des musulmans respectent le jeûne"

SOCIÉTÉ
INTERVIEW – Alors que le ramadan commencera en début de semaine prochaine, lundi 6 ou mardi 7 juin, metronews prend le pouls du mois sacré de jeûne qui s'annonce avec Anouar Kbibech, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Après cette année marquée par les attentats, et dans un contexte social tendu en France, quel message souhaitez-vous adresser aux musulmans du pays en cette veille de ramadan ?
Le ramadan est un mois de piété, de solidarité, et je pense que ce sont les deux axes sur lesquels les musulmans de France doivent être amenés à orienter leurs actions et leurs réflexions durant cette période. La solidarité notamment, puisque le sens même du jeûne est de se mettre un peu dans les conditions de personnes nécessiteuses, en pensant à tous les défavorisés et en particulier aux réfugiés qui affluent en Europe et en France.

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Dans le contexte particulier post-attentats, nous devons aussi encore davantage nous ouvrir à nos compatriotes de toutes confessions pour faire ce travail de pédagogie sur les vraies valeurs de l'islam, son message de paix et de solidarité. C'est ce qui a été commencé avec les journées portes ouvertes et le thé de la fraternité auxquelles le CFCM avait appelé en janvier. Durant le ramadan, il y a à nouveau une opportunité d'ouvrir les mosquées pour des ruptures de jeûne. Beaucoup d'iftars seront ainsi placés sous le signe de l'accueil cette année.

Un sondage Ifop de 2011 révélait que 71% des musulmans de France faisaient le ramadan, contre 60% 25 ans plus tôt. Cette proportion a-t-elle encore augmenté depuis selon vous ?
Oui, il y a un mouvement de regain de religiosité, qui concerne d'ailleurs tous les cultes. Et je pense qu'aujourd'hui en France, le pourcentage de musulmans qui respectent le jeûne se situe aux alentours de 75-80%. C'est une pratique qui se généralise, et qui est de plus en plus respectée scrupuleusement.

Comment l'expliquez-vous ?
On a dit que le 21e siècle serait religieux ou ne serait pas… C'est un mouvement d'ensemble et par les temps difficiles que nous vivons, un travail de réflexion et d'introspection est fait par tous les croyants, et les musulmans en particulier. Ils se reposent la question de redonner du sens à leurs actions, à leurs pratiques. On le voit pour le jeûne du ramadan, mais également pour le pèlerinage à la Mecque.

On peut tout à fait faire le ramadan et ne pas être réellement pratiquant le reste de l'année ?
C'est une caractéristique que nous constatons : la pratique du jeûne est effectivement plus scrupuleusement suivie que les prières quotidiennes. Maintenant, la religion musulmane incite à respecter les cinq piliers de l'islam. Donc la prière ou le jeûne sont au même niveau d'importance.

Comme en 2015, le bac se déroulera au beau milieu du ramadan. Quels retours aviez-vous eu l'an dernier des élèves qui avaient dû jeûner durant les épreuves ?
Les choses se sont passées de manière convenable. Si l'on respecte une vraie hygiène de vie, avec une période de sommeil suffisante et une nutrition sans excès pendant les périodes de rupture de jeûne, on peut tout à fait exercer une activité normale durant la journée.

Mais aucune dispense de jeûne n'est toujours envisageable pour les futurs bacheliers ?
Non, le fait de passer un examen n'est pas une raison en soi pour abandonner le jeûne du mois du ramadan. Maintenant, des versets dans le Coran disent que Dieu ne prescrit à une personne que ce qu'elle peut supporter. Donc, s'il y a des cas extrêmes d'impossibilité, la religion musulmane a prévu un certain nombre de dérogations, notamment pour les femmes qui allaitent ou les personnes en voyage, afin qu'elles puissent rompre le jeûne et rattraper ces jours plus tard dans l'année. En 2015, le jeûne avait été rendu éprouvant par des périodes de forte chaleur, mais actuellement, c'est plutôt l'inverse… Donc cela devrait se passer dans de meilleures conditions.

Les terroristes de Daech ont menacé l'Occident d'attaques durant le ramadan. Craignez-vous des attentats, en particulier avec l'euro qui se déroulera en France durant cette période ?
C'est plutôt aux responsables politiques et de sécurité qu'il faut poser la question. Les différentes communications qui ont été faites au plus haut niveau de l'Etat indiquent que le niveau de menace reste malheureusement élevé. La vigilance doit donc continuer, et la mobilisation de l'ensemble des citoyens rester extrême.

L'an dernier, quand nous vous avions interrogé juste avant votre prise de fonction à la tête du CFCM, vous nous aviez indiqué vouloir travailler à la mise en place d'une taxe sur le commerce halal pour financer les besoins de l'islam de France. Où en êtes-vous de ce dossier ?
Les choses avancent. Nous avons relancé en septembre dernier un groupe de travail regroupant les trois grandes mosquées habilitées à certifier les sacrificateurs, celles de Paris, Lyon et Evry, ainsi que l'ensemble des acteurs du halal et des associations de défense des consommateurs musulmans. Ce groupe avance sur l'élaboration d'une charte sur le halal, et sur la réflexion de possibilité de financement du culte musulman à partir de ses revenus. J'espère que ces travaux aboutiront dans les semaines et mois à venir.

Quelles pourraient être les modalités de cette taxe ? Vous aviez parlé de "5 à 10 centimes par kilo de viande" l'an dernier…
C'était l'une des pistes évoquées, mais on rentre dans des calculs compliqués... On parle d'un marché qui représenterait entre 5 et 6 milliards d'euros. Avoir un certain pourcentage revenant au financement du culte permettrait de disposer d'une levée de fond conséquente. Maintenant, sur les modalités pratiques, on souhaite commencer humblement. Peut-être d'abord avec des contributions forfaitaires des différents acteurs du halal.  

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