FLEXIBILITÉ - François Hollande a fait part, lundi 7 septembre, de sa volonté d'adapter le Code du travail aux besoins des entreprises. Pour ce faire, il s'appuiera sur un rapport qui préconise de diminuer la place de la loi dans la vie de l'entreprise. De quoi enthousiasmer... ou faire grincer des dents.

Entre les réfugiés à accueillir et les impôts à baisser, l'annonce est presque passée inaperçue. Et pourtant, François Hollande a indiqué, lundi 7 septembre, pendant sa conférence de presse, qu'une loi portant sur la réforme du Code du travail serait bientôt présentée au Parlement. L'objet du débat : adapter ce dernier, critiqué pour sa complexité, à "la réalité des entreprises".

Travailler 48 heures, être payé au Smic

Concrètement, le président de la République entend que le Code du travail soit régi par la négociation collective et non par la loi. Ou alors, dans des proportions limitées. Par exemple, le respect du salaire minimum, la semaine de 35 heures et le CDI sont intouchables à ses yeux. Le reste (salaire, organisation du temps de travail, condition d'hygiène, nature du poste) appartiendra aux représentants des salariés et au patronat.

Une exigence présidentielle que vient souligner le rapport Combrexelle, du nom de l'ancien directeur de l'Inspection générale du travail, qui s'apprête à remettre à l'exécutif un rapport dont les "bonnes feuilles" sont parues ce mardi 8 septembre dans Les Echos . A ceci près qu'entre le discours présidentiel et le rapport, les 35 heures légales se sont transformées en 48 heures, soit le plafond européen à ne pas dépasser, en comptant les heures supplémentaires.

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"Comme le patron voudra"

De quoi faire tiquer l'ancien inspecteur du travail Gérard Filoche : "C'est une trahison de plus du Code du Travail. On veut nous faire revenir à l'avant 1910, date de sa création", s'indigne-t-il auprès de metronews. Aujourd'hui, ce membre du bureau national du PS craint que les conditions de travail garanties par les textes ne s'amenuisent, si une nouvelle loi, basée sur le rapport Combrexelle, était votée. "Comme le patron voudra, on pourra faire fluctuer les horaires entre 35 et 48 heures, baisser un salaire pourvu qu'il n'aille pas en-dessous du Smic ou même transformer un cadre en balayeur !" énumère ce membre du bureau national du PS.

Tout le monde ne se montre pas aussi critique. François Asselin, patron de la CGPME (syndicat des petites et moyennes entreprises), est lui plutôt séduit : "L'objectif est d'organiser la vie de l'entreprise en fonction de son environnement et de sortir des rigidités qu'impose le Code du travail : les temps de pause à midi, pour se déshabiller, s'habiller... Il faut nous laisser faire à notre sauce", clame-t-il à metronews.

Flexibilité horaire ou indemnités "moins attractives"

Manière de donner son soutien à la négociation collective, dans une société idéale où patronat et représentants salariés entretiendraient "des relations de confiance. On n'est plus du temps de Zola, les conditions ont changé. On ne veut pas ajouter de la précarité à la précarité." Sa demande, une plus grande flexibilité horaire : "En cas de grosse commande, une boîte doit pouvoir augmenter le temps de travail pour pouvoir y répondre. Sinon, on passe à côté."

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Une loi labelisée "Combrexelle" permettrait de réunir salariés et patronat autour d'une table et d'en décider ainsi. Mais gare au salarié qui ne se rallierait pas à cet accord : le licenciement économique ne serait pas loin, et avec des indemnités "moins attractives", indique le rapport. "Evidemment, réagit Gérard Filoche. Dès qu'un salarié lève le doigt, il se fait virer."

Et de conclure, en convoquant le souvenir de la vague de suicides qui avait frappé France Télécom : "On est passé d'une entreprise qui répondait, grâce au Code du travail, aux besoins de ses employés, à une entreprise qui veut adapter, quitte à les forcer, ses salariés à ses besoins."

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