"Hormis les filles, qui n'a pas compris ?" : oui, l'égalité des sexes s'apprend aussi à l'école

"Hormis les filles, qui n'a pas compris ?" : oui, l'égalité des sexes s'apprend aussi à l'école
SOCIÉTÉ

B-A BA - Un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) évalue la formation des futurs enseignants en matière d’égalité fille-garçon. Rendue semi-obligatoire en 2013, elle existe, mais demande encore à être améliorée.

La lutte contre les stéréotypes sexistes, c’est à l’école que ça commence. C’est en tout en cas la conviction profonde des rapporteurs du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) qui publient ce mercredi 22 février un état des lieux de la formation des futurs enseignants à l’égalité filles-garçons. Sa conclusion : il y a encore du travail. 

Car devant les tableaux noirs des écoles primaires ou sous les préaux des collèges, on le sait désormais, beaucoup d’enseignants traitent différemment Sophie et Paul, parce que l’un est une fille et l’autre un garçon. Plusieurs études montrent par exemple qu’en classe, les professeurs interagissent plus fréquemment avec les garçons (56%) qu’avec les filles (44%). Que sur les bulletins scolaires, on préfère apprécier "le travail" des filles et "les capacités" des garçons. Que dans les manuels de lecture de CP, enfin,  les personnages féminins représentent 70% de ceux qui font le ménage ou la cuisine, et uniquement 3% de ceux qui occupent un poste scientifique.

Trois heures de cours... par an

C’est pour dépasser cette triste réalité que la loi pour la refondation de l’école du 8 juillet 2013 a prévu de mettre en place des "formations de sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes" dans les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). Une réelle avancée, selon le HCEfh, qui constate malgré tout une "offre de formation incomplète et disparate sur l’ensemble du territoire". Ainsi, on apprend dans ce rapport que seule la moitié des ESPE considère avoir formé la totalité de ses étudiants, et propose un module dédié spécialement à l’égalité filles-garçons. Par ailleurs, sur les 36 chargés de mission académiques égalité filles-garçons nommés à la rentrée 2016, seuls 8 d’entre eux sont à temps plein.

Ces chargés de mission, justement, qu’en pensent-ils ? Les formatrices interrogées par LCI en amont de la parution de ce rapport ne brossent guère un tableau plus reluisant de la situation. Laurence Ukropina est responsable de la mission égalité filles-garçons dans l’académie de Nancy-Metz. Les séances qu’elle anime – de l’ordre de trois heures par an – n’abordent pas uniquement la problématique des stéréotypes sexistes, mais s’inscrivent dans un module sur les discriminations en général. "Trois heures, par rapport à tout ce qu’il faut déconstruire, c’est très court" constate-t-elle.

Du "catéchisme féministe" ?

Surtout qu’il y a, semble-t-il, beaucoup de travail. "Chez les élèves, j’observe un consensus en surface sur cette question", poursuit-elle. "Mais dès qu’on ouvre la parole, on voit bien que ça ne coule pas de source. Certains étudiants m’ont déjà affirmé que les filles avaient des capacités d’abstraction moindres que les garçons… sans pouvoir se référer à une source fiable. Ou encore, lors d’une formation en école, j’ai appris qu’un professeur clôturait chaque session de travail d’un ‘hormis les filles, qui n’a pas compris ?’. Le problème avec les stéréotypes, c’est qu’une fois qu’ils circulent, même si on ne les cautionne pas, ils risquent de ressurgir. C’est donc important d’en avoir conscience pour les contourner."

Muriel Salle est chargée du module égalité filles-garçons à Lyon. Dans son académie, c’est plus confortable : elle dispose de 12 heures par an, uniquement dédiées à la culture de l’égalité des sexes. Un cours qui, là non plus, n’est pas complètement obligatoire. C’est en réalité aux responsables de formation de choisir ce module pour leurs élèves, parmi six autres propositions. Et pourtant, selon elle, le sujet mériterait d’être plus largement diffusé. "L’immense majorité de mes élèves futurs enseignants n’a jamais entendu parler du sujet. Il y a bien parfois quelques militant(e)s, mais ils ou elles sont extrêmement rares." Elle explique : "Avec douze heures par an, on reste forcément hors-sol, d’autant plus qu’il y a  pas mal de résistants, qui sont en plein dans la culture du déni du sexisme. Ils ne veulent rien voir. D’autres pensent qu’il est normal de traiter différemment les filles et les garçons en classe et développent des arguments qu’on n’entendait pas avant 2014 et la naissance de La Manif pour Tous. Pour certains, ces cours sont perçus comme des heures de catéchisme féministe. Enfin, il y a une grosse frange d’indifférents, pour qui c’est juste un module comme un autre."

Pas de diplôme, pas de formation

Maîtresse de conférence et historienne de métier, Muriel Salle n’a pas été formellement recrutée sur la base d’un diplôme pour pouvoir intervenir dans ces modules. "Les responsables sont un peu choisis sur la base du volontariat", concède-t-elle. "Il se trouve que ce sujet m’intéresse" ajoute-t-elle à titre personnel. "Mais comme souvent, la question sociale passe pour ne nécessiter aucune formation. Pourtant, dans mes cours, je m’appuie sur de vrais travaux documentés et référencés. Il ne s’agit pas de raconter n’importe quoi.

Mise en place hésitante et apparent amateurisme - bien que l’ensemble des modules semble être mené par des militant(e)s des droits des femmes chevronné(e)s – la formation à l’égalité dans le parcours initial des futurs enseignants mériterait, selon le HCE, quelques améliorations. Parmi ses recommandations, le Haut conseil préconise notamment d’instaurer le caractère systématique de cette formation, de développer une offre de formation continue sur l’égalité des sexes, ainsi qu’un réseau élargi de formateurs et formatrices.

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