Bonnet d'âne pour la France, le niveau de lecture des élèves de CM1 (encore) en baisse

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ECOLE - Selon le rapport PIRLS 2016, publié ce mardi 5 décembre, la France est l'un des deux seuls pays à voir son niveau général de compréhension de la lecture, en CM1, diminuer. Mais au-delà des chiffres, c'est l'explication de cette dégringolade qu'il convient d'interroger. Sur ce point, les interprétations des spécialistes divergent.

Il y a deux cancres assis au dernier rang du classement PIRLS 2016... et la France en fait partie. En effet, le rapport du Programme international de recherche en lecture scolaire en CM1 (PIRLS), portant sur plus de 319.000 élèves en 2016, souligne ce mardi 5 décembre que le niveau moyen de compréhension de lecture a évolué favorablement dans le monde entier, sauf aux Pays-Bas et en France, où ces compétences ont même diminué. Résultat : sur cinquante pays, la France et son modèle d'éducation décrochent péniblement la 34e place. 


Pour bien comprendre, voici quelques chiffres clefs mis en regard avec les précédentes études PIRLS, où il est à chaque fois demandé aux écoliers de lire un texte et d'en retirer des éléments précis: en 2001, la France accumulait 525 points. Cinq ans plus tard, en 2006, elle stagnait plus ou moins à 522 points. Puis en 2011, le différenciel commençait à se faire sentir, avec un total de 520 points. Enfin, l'année dernière, en 2016, nous atteignons le seuil de 511 points. Soit l'équivalent, très précisément, de la moyenne internationale en matière de lecture. 


En outre, le rapport précise que les écoliers Français sont sur-représentés parmi les mauvais élèves... et sous-représentés parmi les meilleurs. A l'inverse, de l'autre côté du classement, on retrouve la Russie sur la première marche du podium (581 points) et Singapour (576 points) devant Hong Kong (569 points) et l'Irlande du Nord (567 points). 

Mais alors comment expliquer cette dégringolade ? C'est sûrement la question qui préoccupera Jean-Michel Blanquer et son cabinet dans les prochains mois. En attendant, les chercheuses et chercheurs spécialistes du sujet ne sont pas encore parvenus à mettre le doigt sur une explication unique, un possible antidote qui permettrait d'inverser la vapeur. Car comme le montrent les chiffres précédemment cités, la tendance à la baisse du niveau de compréhension de lecture en primaire n'est pas chose nouvelle. "On observe un tassement du niveau moyen depuis plusieurs années", note Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des questions d'éducation et professeure émérite à Sciences-Po Paris. 


Mais il existe d'après elle plusieurs pistes d'interprétation. La première relève des inégalités sociales. "On remarque que la baisse moyenne concerne essentiellement les élèves au niveau faible" explique la sociologue. "Cela pose la question d'une getthoïsation de certains établissements, desertés par la classe moyenne, où le niveau est catastrophique." Une analyse partagée par Fabienne Serina-Karsky, docteure en sciences de l'éducation à l'université Paris 8. "On met en avant l'égalité des chances dans le système Français" nous dit-elle, "mais il est clair que des inégalités persistent selon les territoires. Là, on est sur une question de politique générale liée aux territoires, qui dépasse même celle de l'école..."

Une sacralisation de la "liberté pédagogique" ?

Mais, partisane des "écoles nouvelles", Fabienne Serina-Karksy cite l'exemple d'un établissement dans la banlieue de Lille "où les résultats se sont largement améliorés" par l'intermédiaire de la pédagogie Freinet, basée sur un choix collectif de l'équipe enseignante et des outils. Une méthode où la fameuse "liberté pédagogique", conférée aux professeurs par le droit Français, est poussée à son maximum.


Est-ce là une piste pour endiguer l'échec scolaire ? La question est loin de faire consensus. Pour Marie Dubu-Bellat,  il s'agit même, à l'inverse, d'une seconde hypothèse qui expliquerait la chute du niveau moyen. "Dans les ESPE (écoles supérieures du professorat et de l'éducation, ndlr), on parle des différentes méthodes qui existent, mais on laisse les futurs enseignants choisir. Cette sacralisation de la liberté pédagogique, c'est le contraire de ce qui a été mis en place en Angleterre et qui porte ses fruits : les 'literacy hours'". Si l'Angleterre cumule davantage de points que la France dans le classement PIRLS, des essais nuancent toutefois le succès de ces "literacy hours". Créées en 1998 en Angleterre, elles imposent au professeur de donner, au moins une heure par jour, un cours de langue anglaise. 


Le débat reste donc ouvert. D'autant que plusieurs politiques ont déjà été mises en oeuvre dans la dernière décennie. En 2008, le ministre Darcos ajoutait une heure de plus aux classes de CP et depuis la rentrée 2017, le dédoublement des classes préparatoires des établissements dans les quartiers très défavorisés (Rep+) est acté. Mais est-ce suffisant ? Les chiffres, pour l'année 2016, parlent d'eux-mêmes.

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