Rapport sur les stupéfiants : des propositions qui passent mal

SOCIÉTÉ
DROGUE - Un rapport interministériel révélé jeudi par "Le Monde" propose de punir l'usage de stupéfiants par une simple amende. Mais ça ne convainc pas vraiment.

Un rapport interministériel relance le débat sur la politique de lutte contre la drogue en France. Ce document révélé jeudi par le quotidien  Le Monde  préconise l’abandon de la peine d’un an de prison prévue en cas de consommation de produits illicites. Les auteurs de cette étude souhaiteraient voir celle-ci remplacée par une amende dont le montant pourrait être de 300 euros. Dans la ligne de mire de ces représentants des ministères de la Justice, de l’Intérieur, des Finances et de la Santé : le cannabis. Il représente en effet 90% des interpellations pour usage de stupéfiants.

Cette proposition dépasse les clivages traditionnels. Ainsi, Alain Juppé l'a reprise dans son programme alors que la ministre de la Santé, Marisol Touraine s'est déclarée en novembre 2015 hostile à toute évolution de la loi de 1970, le texte qui régit les infractions liées aux substances illégales.

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"La prison ne sert à rien"

Serge Lebigot, le président de l’association Parents contre la drogue craint qu’une réforme de ce type soit par nature inégalitaire. "Le problème que je vois, c’est que ça risque de devenir un permis de consommer pour les gamins de milieu favorisé" explique-t-il avant de détailler : "Si l’amende est trop faible, ça deviendra un droit à la portée de ceux qui pourront s’acquitter de l’amende".

Sur le principe, Serge Lebigot soutient une telle évolution : "On sait que la prison ne sert à rien" justifie-t-il mais il souhaite une réponse graduée. "La première fois, on peut mettre une contravention, mais en cas de récidive, il faut que ça devienne plus sévère", ajoute-t-il.

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"La première réponse de l’Etat, c’est la punition"

Chez ceux en faveur de la légalisation du cannabis, le rapport n'est pas mieux reçu. "La loi est inapplicable dans les faits et dans ce sens-là, oui, il vaut mieux donner une contravention que mettre les gens en prison", admet de son côté David Belliard, conseiller municipal Europe Ecologie-Les Verts de Paris. Cependant, pour cet élu, la contraventionnalisation est la poursuite d'une politique qui n'a jamais porté ses fruits.

"Globalement, on reste dans une politique de pénalisation de l’usage de stupéfiants" insiste-t-il avant de déplorer : "La première réponse de l’Etat, c’est la punition, jamais l’accompagnement".

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Pour lui, une loi qui viendrait sanctionner d’une amende un consommateur serait "une vaste blague". Avec une telle loi, "on continue comme avant avec une vision prohibitive qui ne règle pas le problème de la consommation, qui entretient les réseaux mafieux et qui concentre des effectifs de police sur une tâche alors qu’on pourrait les affecter ailleurs".

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