VIDÉO - "La nuit, on appelle ça ‘Toxicoland’" : un conducteur de métro raconte le quotidien de la ligne 12, perturbée par les dealers et toxicomanes

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TÉMOIGNAGE - Ces dernières semaines, de nombreux agents RATP ont dénoncé une problématique présente dans le nord-est du réseau du métro parisien depuis maintenant plusieurs années : la forte présence de dealers et de toxicomanes sur les quais. Pour LCI, Eric Chaplain, conducteur sur la ligne 12, tire la sonnette d'alarme pour endiguer ce phénomène.

Vendredi dernier, l'association SOS Usagers et le syndicat UNSA-RATP ont dénoncé l'insécurité présente dans le métro parisien, notamment dans le nord-est de Paris, où des dealers et des toxicomanes perturbent fortement le trafic. Quitte parfois à ne pas marquer l'arrêt. Eric Chaplain, conducteur sur la ligne 12 à Mairie d’Issy et délégué du personnel SUD-RATP, connaît par coeur cette ligne et les stations qui la jalonnent : "Historiquement, la ligne 12 a toujours été un noyau dur de la toxicomanie, notamment à Porte de la Chapelle, même si depuis la ligne 12 a été prolongée. À l’époque, il y avait une forte présence de toxicomanes, mais il y avait une sorte de 'respect' entre eux et les employés de la RATP.  Ils savaient très bien qu’ils profitaient de nos quais mais en même temps, il fallait qu'ils respectent les lieux, cela restait propre et convenable. Mais le fléau s’est aggravé de mois en mois et d’année en année."


Selon le principal intéressé, la situation a dégénéré il y a "une bonne année et demi". "Par exemple, l’année dernière, il y a eu pas moins de 850 interruptions de trafic, de coupures de courant parce que des toxicomanes traversent les voies, font leurs besoins sur les voies ou tirent les signaux d’alarme pour arrêter les trains et faire leurs ventes ou leurs achats de drogue" raconte-t-il avant d'ajouter : "Depuis le dernier trimestre 2017, on a eu 6 accidents du travail dus à des agressions verbales ou physiques. Ça va de l’insulte au crachat, voire même jusqu’à la gifle. Tous les jours, à la station Marx Dormoy,  entre autres, il y a quotidiennement jusqu’à sept, huit toxicomanes qui font usage de substances illicites, que ce soit du crack ou de l'héroïne, tout cela à la vue de tous, employés comme voyageurs. C’est intolérable."

Ils font la manche mais se battent aussi entre eux, avec des cutters ou encore des tournevis."Eric Chaplain, conducteur de la ligne 12 du métro.

Si la "violence visuelle" est évidemment présente, Eric Chaplain fait également état de "mendicité agressive" auprès des voyageurs dans les rames. "Dès qu’ils se réveillent, ils sont en manque et cherchent tout de suite de la drogue. Ils font ainsi la manche mais se battent aussi entre eux, dans les trains, avec des cutters ou encore des tournevis. Si les dealers sont du côté de 'Madeleine-St Lazare', les consommateurs se situent plutôt vers 'Marx Dormoy', 'Porte de la Chapelle' ou encore 'Marcadet'". Concernant la fréquence des actes perturbant le trafic, le délégué du personnel SUD-RATP indique que cela se produit "plusieurs fois par jour". "La nuit, c’est simple : on surnomme ça 'Toxicoland', pour vous donner une idée du drame qui s'y joue", déplore-t-il.


 "Malheureusement, si on ne fait rien, le reste du réseau risque de subir le même sort", continue le syndicaliste qui demande aux pouvoirs publics et à la justice d'intervenir, les équipes de la RATP étant "à bout de souffle".

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Un appel à la grève lancé le 19 janvier prochain

"Il n’y a pas 10.000 solutions, il faut 'reconquérir le territoire'. On a laissé faire pendant des années et la seule façon de pouvoir enrayer le phénomène, c’est d’avoir de la présence policière. Alors évidemment, s’ils dorment, ne dégradent rien, ne cassent rien, on les laisse tranquille, ce sont des êtres humains. D'un point de vue social, il faut aussi que ces personnes soient aidées, accompagnées" martèle-t-il. Si l'homme affirme ne jamais avoir été insulté et agressé, il a dû intervenir auprès de certains collègues qui avaient été malmenés et les accompagner à la médecine du travail pour les soutenir : "Quand on est une femme et que l’on reçoit une gifle par un toxicomane, on le vit très très mal."


Le 19 janvier prochain, une table ronde axée sur la sécurité aura lieu à l'initiative de l'UNSA, en présence d'autres organisations syndicales. Dans le même temps, à 13h30, une délégation de conducteurs de la ligne 12 et d’agents de stations se rendront à la maison de la RATP, 54 Quai de la Rapée, dans le XIIe arrondissement de Paris, afin de "revendiquer l’urgence de leur situation", comme le confie Eric Chaplain. Une mobilisation accompagnée d'"un appel à la grève" concernant les conducteurs de cette ligne.

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