Reconnaissance faciale testée à Nice : faut-il avoir peur de cette technologie du futur ?

Reconnaissance faciale testée à Nice : faut-il avoir peur de cette technologie du futur ?
SOCIÉTÉ

SECURITE – Depuis le 6 avril, un décret autorise en France le contrôle des voyageurs qui arrivent sur le territoire national par la reconnaissance faciale. Une technologie bientôt expérimentée à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle. Mais la ville de Nice va plus loin : elle teste ce vendredi un dispositif de reconnaissance faciale sur la voie publique.

Ça rappelle "Big Brother", mais c'est … pour votre bien : vous passez, et votre visage est filmé, scanné, scruté. Et identifié. C'est la Reconnaissance Faciale. Le dispositif, qui permet de vous reconnaître sans avoir d'interaction avec vous, tel que les empreintes digitales, a fait une première entrée en France au début du mois.

Le 6 avril dernier, un décret  a modifié le Code de la sécurité intérieure, pour autoriser la reconnaissance faciale dans le cadre du système Parafe (passage automatisé rapide aux frontières extérieures). En clair, ce dispositif devient autorisé dans les aéroports français. Il va d'ailleurs être mis en place sans perdre de temps : le PDG d'Aéroports de Paris vient d'annoncer qu'il serait testé à Paris-Charles-de-Gaulle le mois prochain. Dans ce système, les voyageurs passent dans un sas. Des photographies de leur visage sont pris dans tous les angles. Et si la personne n'est pas reconnue ou si elle est recherchée, elle ne peut sortir de ce couloir… qu'escortée par des policiers.

Neoface Watch vous regarde

Les portiques pour détecter les terroristes, c'est bien. Mais déjà certains se disent : pourquoi ne pas aller plus loin et l'étendre sur la voie publique ? A Nice, le maire LR de la ville, Christian Estrosi, a décidé de prêter main forte aux services de renseignements français. Dans cette ville où "la technologie est au service de la sécurité", la municipalité planche sur la Reconnaissance faciale haute performance sur la voie publique. Le stade de la réflexion a en fait été dépassé depuis longtemps. Prenant prétexte de l'Euro 2016 et du vaste dispositif de sécurité qui va être mis en place, la Ville expérimentait ce vendredi le système sur la fan-zone qui accueillera les supporteurs en juin. Faisant de Nice, du même coup, la première ville de France à mettre les pieds dans le plat. "Cela permettra à l'Etat, à partir de photos enregistrées, "d'identifier toutes personnes considérées comme dangereuse tentant de pénétrer ou de s'approcher de la fan-zone", argumente la Ville.

A LIRE AUSSI >> Comment votre patron peut savoir où vous êtes avec une puce RFID

Cette expérimentation constitue une première en France pour une collectivité. Comment ça marche ? La Ville a fait appel à une société privée et son logiciel, Neoface Watch . Ce qui se fait de mieux sur le marché, assure-t-on. Neo Fance Watch est "conçu pour être évolutif et prendre en charge des millions de visages, des milliers de caméras et des milliers de sessions utilisateurs simultanées", précise le communiqué de presse. Rapidité, précision, évolution du logiciel avec l'orientation du sujet, son âge, ou son ethnie. Le must. La vidéo de présentation de Neo Face nous plonge d'ailleurs dans une sympathique ambiance à la croisée de Minority Report et Matrix. Le spectateur, placé derrière la caméra, voit les passants défiler. Tous ont la tête scannée, leur profession et leur qualification apparaît. Et, en fonction, bleu, jaune, ou rouge, s'ils sont signalés indésirables.


Le logiciel utilise en fait les flux vidéos en temps réel des caméras de vidéo-protection, traite les images, et y détecte les visages. Chacun est analysé pour déterminer ses caractéristiques. Le logiciel le compare alors avec une base de données enregistrées, jusqu'à ce qu'une correspondance soit trouvée. Ou pas. Dans ce cas, une alerte est envoyée.

Le déploiement de Neo Face Watch est déjà utilisé dans plusieurs pays, comme dans les aéroports brésiliens, en Argentine, ou par la police de Chicago. En France, c'est la première fois qu'elle serait déployée commercialement dans une collectivité. Impossible d'en savoir le coût, ni les autres applications de ce système, comme le précise le communiqué de presse de la ville de Nice : "La plupart des références de Neo Face Watch ne sont pas publiques". Secret défense, donc, pour ce sujet sensible.

L'accès au fichier des personnes recherchées ?

A Nice pour l'instant, même si le test fonctionne, le système tournera à vide. Il aura juste suffi à prouver que techniquement, tout marche. Pour l'expérience, la Ville a créé un faux fichier de personnes recherchées, qui sont des employés de la Direction sécurité et protection. Trois tests sont prévus, près des portails d'accès à la fan-zone : trouver une personne recherchée, identifier un groupe entier de personnes, mais aussi… rechercher des personnes disparues ou recherchées (FPR).

Mais pour entrer réellement en fonction, il faudrait avoir accès au fichier des personnes recherchées de l'Etat, ce que ne permet pas la loi aujourd'hui. Ce vaste fichier, qui mêle terroristes et petits délinquants, n'est accessible qu'aux services de police nationale, des douanes, de la gendarmerie, les service centraux de l'intérieur, des affaires étrangères chargées du traitement des titres d'identité, et des agents du conseil national des activités privées de sécurité. Et légalement, tout traitement automatisé des données doit être autorisé par décret en Conseil d'Etat, après avis de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Mais dans les faits, même si le sujet est sensible, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait montré de l'intérêt pour ce système, au soir des attentats de Bruxelles : "Ce sont des moyens sur lesquels nos services travaillent", avait-il dit. A Nice, Christian Estrosi propose donc de l'aider. Il a écrit cette semaine au ministre pour réclamer une évolution législative.

Sur le même sujet

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent