Moi, cheminot en grève (Ep. 4) : "Quand on nous a fait passer pour des privilégiés, ma femme n'a pas supporté"

Moi, cheminot en grève (Ep. 4) : "Quand on nous a fait passer pour des privilégiés, ma femme n'a pas supporté"

Société
CARNET DE BORD - Après un mois de mobilisation, Wladimir, un conducteur de train que nous suivons depuis le début du mouvement, évoque sa vie familiale bousculée par la grève. Malgré la perte de revenus et le déménagement à payer, sa femme le soutient.

Avec près d'un mois de grève au compteur, Wladimir, conducteur de train sur les lignes N et U du Transilien, semble toujours aussi motivé. Pour ce cheminot syndiqué à la CGT, la mobilisation ne faiblit pas. Mais bénéficie-t-il du soutien de sa famille pour tenir la distance ? 


Wladimir habite à Trappes avec sa femme et ses trois enfants. Si ces derniers, âgés de 3, 5 et 6 ans, sont trop jeunes pour comprendre la grève, sa compagne, qui travaille comme auxiliaire de puériculture dans une crèche privée, suit le mouvement des cheminots. Elle le soutient et s'oppose à la mise en concurrence de la SNCF, affirme Wladimir. "On en parle tous les deux. Habituellement, elle n'est pas très intéressée par la politique, mais je lui ai expliqué et elle est atterrée par ce qui se passe", explique-t-il.

"Quand elle a entendu certains discours qui nous ont fait passer pour des privilégiés, au début du mouvement, elle n'a pas supporté", poursuit Wladimir. "Ma femme vit avec un cheminot, elle sait bien qu'on n'est pas des privilégiés." Et le conducteur de train d'évoquer ses horaires parfois difficiles et le fait qu'il n'ait que "12 weekend garantis par an". 

Quand un travailleur lambda va travailler, il dit 'à ce soir' à ses enfants. Moi c'était souvent 'à demain'Wladimir

"Quand je pars travailler à Paris, je ne reviens que le lendemain. Quand un travailleur lambda va travailler, il dit 'à ce soir' à ses enfants. Moi c'était souvent à 'demain'. Mais je ne m'en plais pas. Je l'ai choisi et j'en suis fier." Si la famille de Wladimir est habituée aux contraintes du métier de cheminot, la grève entraîne de nouvelles complications. Il estime ainsi qu'il pourrait perdre la moitié de son salaire. "Ma femme ne gagne pas des masses, 1300 euros par mois", ajoute-t-il. "Mais ce n'est pas pour ça que notre détermination s'amenuise ! Si on commence une grève en se demandant déjà combien on va perdre, on part déjà perdant."


Chaque jour de grève, Wladimir estime perdre environ 80 euros. Il ignore quand ces journées de grève lui seront retranchées de son salaire. "Toutes les déductions peuvent tomber le même mois, même si la grève s'est étalée sur plusieurs mois", explique-t-il. En attendant, "on va essayer de payer le loyer, les charges, mais l'argent ne pousse pas dans les arbres". 

Il suffit d'expliquer le quotidien d'un cheminot pour les gens comprennent pourquoi on se mobiliseWladimir

Et le reste de la famille ? "C'est comme dans beaucoup de familles : on ne pense pas tous pareil, mais on s'écoute." Pour Wladimir, "il suffit d'expliquer le quotidien d'un cheminot pour les gens comprennent pourquoi on se mobilise". D'ailleurs, ajoute-t-il, "même les cheminots ne sont pas d'accord entre eux, mais souvent il suffit de discuter un quart d'heure pour les convaincre avec nos arguments. Avec la famille c'est pareil !"


Convaincre, c'est aussi au programme des prochaines actions auxquelles participera Wladimir. Cette semaine, le cheminot prévoit d'aller à la rencontre des voyageurs dans les gares de Saint-Quentin-en-Yvelines et La Verrière, dans les Yvelines. À l'épreuve du mécontentement de certains usagers de la SNCF, le quart de discussion suffira-t-il ?

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