Réforme des régions : "Il faut tenir compte des désirs des Français"

Réforme des régions : "Il faut tenir compte des désirs des Français"

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INTERVIEW – Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé la semaine dernière une grande réforme territoriale visant à réduire de moitié le nombre des régions, d'ici au 1er janvier 2017. Metronews a demandé à Jean-Robert Pitte, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques et Président de la Société de Géographie, son avis sur les pistes qui se dessinent.

Que pensez-vous des pistes évoquées pour le redécoupage régional ?
Le redécoupage fait par des technocrates ne peut aboutir qu'à une catastrophe. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas l'Allemagne, nous avons une histoire et surtout une relation au territoire. Nous ne pouvons pas faire fi de cela au profit de critères sur lesquels nous n'avons pas assez réfléchi.

La Bourgogne et la Franche-Comté ont déjà annoncé qu'elles étaient prêtes à se rapprocher. Qu'en pensez-vous ?
De récents sondages ont montré que la plupart des Bourguignons, et surtout des Dijonnais, étaient opposés à la fusion. Regrouper l'université de Bourgogne avec celle de Franche-Comté, par exemple, n'est pas souhaitable. On a l'impression qu'en fusionnant les universités, on va grimper dans le classement mondial mais c'est totalement faux.

Qu'en est-il des autres régions ?
Si on considère la Corse, elle a certes une histoire mais elle ne peut pas vivre sans le continent. Pour des raisons économiques, on pourrait bien entendu la rattacher à la région de Provence-Alpes-Côte d'Azur, mais vous imaginez quel drame politique !
Si on rattachait la Loire-Atlantique à la Bretagne, cela créerait aussi des tensions. Nantes n'acceptera jamais que Rennes domine !
En ce qui concerne les deux régions de la Haute et Basse Normandie, les réunir pourrait faire sens dans la mesure où elles viennent, toutes deux, historiquement, du Duché de Normandie. Mais, dans les faits, Rouen et Caen n'ont jamais réussi à s'entendre. En matière de rectorat, Rouen finirait par décider de tout.

Comment, dès lors, réformer les régions ?
Il faut tenir compte des désirs des Français. On a toujours le mot "démocratie" à la bouche et là, il faudrait que cela soit décidé depuis Paris ? Je n'y crois pas. Le lien social doit être maintenu par des élus proches du territoire.

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