Regroupement des islamistes : les directeurs de prison réservés

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POLÉMIQUE - Le syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP) a appelé mardi "à la prudence" sur la généralisation des "regroupements de terroristes islamistes" en prison. L'idée avait été évoquée par le Premier ministre Manuel Valls, en réponse aux attentats de Charlie Hebdo, pour éviter la propagation d'idées terroristes entre détenus.

Manuel Valls avait lancé l'idée quelques jours seulement après les attentats terroristes de Charlie Hebdo. Devant les députés, le chef du gouvernement avait annoncé réfléchir à la création de "quartiers spécifiques" pour regrouper les détenus radicalisés. L'idée du Premier ministre part d'un constat fréquent : beaucoup de détenus de droit commun s'initient aux thèses radicales derrière les barreaux. Amedy Coulibaly fut l'un d'entre eux . Isoler les islamistes permettrait ainsi de limiter la propagation des idées. Mais les directeurs de prison restent réservés sur la mesure.

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Dans un communiqué émis par leur syndicat, le SNDP, ils appellent à la "prudence" quant à la généralisation de cette mesure, "à des établissements dont la configuration comme la structure de la population carcérale ne s'y prêtent pas forcément". Ils ajoutent également que le regroupement, s'il permet de "neutraliser les effets sur le reste de la population pénale" peut aussi conduire "à une certaine émulation des radicaux entre eux, sans éviter par ailleurs que d'autres détenus cherchent à les rejoindre dans ce quartier dédié".

Suivi des détenus

Pour l'instant, seule la prison de Fresnes (Val-de-Marne) a commencé, depuis deux mois, à tester ce dispositif . Une expérience qui, pour le SNDP, doit d'abord "être évaluée" et "ne peut se réduire à une gestion purement carcérale". Les directeurs lui préfèrent plutôt "un véritable programme de 'dé-radicalisation', de 'désemprise mentale', impliquant des spécialistes en plus des professionnels pénitentiaires et des partenaires œuvrant habituellement dans les prisons". Ils souhaitent également un "renforcement des moyens de l'aumônerie musulmane ".

Enfin, le syndicat insiste sur le rôle "des services pénitentiaires d'insertion et de probation", notamment "en milieu ouvert pour suivre l'évolution de nombreux détenus dont la dangerosité est immédiate pour la sécurité publique".

En décembre dernier, le quotidien britannique The  Guardian avait publié une longue enquête , basée sur le témoignage d'un des leaders de Daech. Abu Ahmed y raconte comment l'Etat islamique est né dans une prison américaine de Bucca, dans le sud-est de l'Irak. "Nous n'aurions jamais pu nous retrouver tous ensemble comme ça à Bagdad ou n'importe où ailleurs. Ça aurait été incroyablement dangereux, raconte-t-il . Ici (à Bucca), nous n'étions pas seulement en sécurité, mais nous étions également à quelques centaines de mètres de tout l'état-major d'Al-Qaïda."

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