Pédocriminalité dans l'Église : que faut-il attendre du rapport Sauvé ?

Pédocriminalité dans l'Église : que faut-il attendre du rapport Sauvé ?

DÉFLAGRATION - Combien de victimes, combien de prédateurs ? La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), présidée par Jean-Marc Sauvé, rendra le 5 octobre son verdict inédit.

C'est la conclusion de deux ans et demi de travaux. Mardi 5 octobre, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) depuis 1950, présidée par Jean-Marc Sauvé, remettra un rapport de plus de 1 300 pages - contenant notamment un abondant recueil de verbatims de victimes - à la Conférence des évêques de France (CEF) et à la Conférence des religieuses et religieux des instituts et congrégations (Corref), qui la lui avaient commandée.

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Le rapport Sauvé révèle l'ampleur de la pédocriminalité dans l'Église de France

Très attendu, ce rapport s'annonce sévère, indique le sociologue Philippe Portier, un des membres de la Ciase. "Il ne va pas être complaisant", assure-t-il à l'AFP, promettant des "recommandations très exigeantes". Ça va "taper fort", anticipe un autre membre. "Il va se passer quelque chose qui marquera l'histoire de l'Église", prédit, lui aussi, François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La parole libérée, aujourd'hui dissoute.

"Une gestion défaillante"

À quoi faut-il s'attendre ? Ce rapport va d'abord faire un état des lieux quantitatif du phénomène. Lors d'un point d'étape en mars, Jean-Marc Sauvé avait estimé à "au moins 10.000" le nombre de victimes d'agressions sexuelles commises par des clercs sur des mineurs ou des personnes majeures vulnérables (en situation d'emprise spirituelle ou victimes d'abus d'autorité...) depuis 1950. Mais ce chiffre "va être fortement revu à la hausse" dans les conclusions finales, selon une source proche du dossier. "Je crains que, le 5 octobre, le rapport (...) ne rende des chiffres considérables, effrayants", a confirmé récemment Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le président de la CEF.

La Ciase comparera en outre la prévalence des violences sexuelles dans l'Église à celle identifiée dans d'autres institutions (associations sportives, école...) et dans le cercle familial. Poids du cléricalisme ? Omerta sur ces phénomènes d'emprise ? La commission, qui a aussi creusé les archives, évaluera par ailleurs les "mécanismes, notamment institutionnels et culturels" qui ont pu favoriser la pédocriminalité. En novembre, Jean-Marc Sauvé avait évoqué une "gestion de ces affaires qui dans le passé a souvent été défaillante". Sans les nommer, le haut-fonctionnaire avait jugé "extrêmement grave qu'il ait pu y avoir quelques institutions et quelques communautés, en petit nombre, où des abus systémiques aient pu être commis". Le diagnostic fait, la Commission doit énumérer une quarantaine de préconisations, afin que l'Église catholique soit "sûre".

Des "contributions" financières aux victimes

Pour ses travaux, la Ciase a fait de la parole et du vécu des victimes "la matrice de son travail", selon Jean-Marc Sauvé. D'abord avec un appel à témoignages ouvert dix-sept mois, qui a recueilli 6.500 appels de victimes ou de proches. Puis en procédant à quelque 250 auditions longues ou entretiens de recherche. "Pour beaucoup de victimes, notre rôle, c’était de publier ce qu'a été leur vie gâchée, leur vie empêchée, parfois de parler de copains qui se sont suicidés", explique le magistrat Antoine Garapon, membre de la Ciase. "Ce sont des écrits qui vont rester et on ne pourra plus dire que ce n'était pas vrai", se félicite de son côté Eric Boone, victime d'un frère dominicain quand il était adolescent. Toutefois, dans la majorité des cas, les faits sont aujourd'hui prescrits, les auteurs décédés, rendant un recours à la justice improbable. Par ailleurs, les procédures canoniques (le droit de l'église), quand elles sont engagées, sont très longues et peu transparentes.

Alors, une fois ce rapport publié, quelles suites l'Église lui donnera-t-elle ? "J'attends que nous soyons confrontés à ce fardeau, aussi noir soit-il, afin que nous puissions ensuite prendre les mesures qui s'imposent", affirme Véronique Margron, présidente de la Corref. L'épiscopat a pris les devants en promettant non pas des réparations, mais des "contributions" financières, versées aux victimes à partir de 2022, dont les montants restent à préciser. "Le rapport va être un travail très utile. Mais quel pouvoir contraignant aura-t-il ?", interroge pour sa part Stéphane Joulain, prêtre et psychothérapeute, qui sensibilise sur la pédocriminalité dans les séminaires. Les premières réponses de la CEF et de la Corref sont attendues en novembre, à l'occasion de leurs assemblées générales.

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Le rapport Sauvé sera sans nul doute examiné à la loupe à Rome, où la question a été évoquée par le pape François et une partie des évêques français en visite au Vatican en septembre. Et chez les fidèles ? Le sociologue Philippe Portier s'interroge : "est-ce que 'la droite du Christ' trouvera que ça va trop loin et 'la gauche du Christ' pas assez loin ?".

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