"Je mets ma vie en danger tous les jours" : la pétition qui alerte sur l'impact du RER B sur la santé des usagers

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TRANSPORT - Une pétition publiée sur le site change.org dénonce notamment l’impact sur la santé que génèrent les problèmes récurrents sur la ligne du RER B.

Mardi 12 décembre, la grève des RER A et B a occasionné une belle pagaille. Une de plus. Car, chaque jour, les conditions de transport sont compliquées. Souvent, un incident fait dérailler la machine déjà en équilibre précaire.


Chaque matin, pour un usager du RER B, peut-être résumé à ce tweet :

Même si beaucoup de lignes de métro aux heures de pointe sont particulièrement désagréables, le RER B semble cumuler ce qui se fait de pire en matière de retards et d'incidents. Alors oui, c’est usant, exténuant, épuisant, fatiguant. Mais ces anomalies à répétitions ont des conséquences bien plus graves pour la santé des usagers. Ras-le-bol, énervement. Mais aussi, stress, voire angoisse. 


C’est ce que dénonce notamment une pétition, lancée par une régulière du RER B, qui a déjà recueilli plus de 4.400 signatures ce mercredi. "Nous sommes au bout du rouleau, voyageurs comme travailleurs, car cela a une répercussion sur notre vie professionnelle comme sur notre vie privée", dit le texte de la pétition, qui pointe notamment la diminution du temps libre pour soi et sa famille, les risques de licenciement et la souffrance causés par les dysfonctionnements du RER B à savoir des douleurs physiques, du stress, de la fatigue, de la dépression, de l'irritabilité, de l'épuisement."

On a des pannes de train quasiment tous les joursAudrey, auteure de la pétition

Audrey Lassalle, auteure de la pétition, lancée pour la première fois en mars 2017, et est réactivée à chaque gros bug du RER, peste régulièrement sur Twitter lors de problèmes. Elle prend le RER à Massy Palaiseau, descend à Châtelet. 1h15 quand tout roule ; bien plus souvent, 1h30. Et si les conditions de transport ne se sont jamais vraiment améliorées, elles se sont depuis plusieurs mois particulièrement dégradées. 


"Depuis qu’on commençait les travaux pour le Grand Paris Express, le 12 février de mémoire", se souvient Audrey. "La direction avait promis un allongement du temps de trajet de 2 à 3 minutes. Et dans la réalité, ce qu’il s’est passé, est qu’on avait des temps de transport d’au moins 5 voire 10 minutes de retard." Et 5 minutes, en heure de pointe, c’est énorme. Surtout, même depuis la fin des travaux, les incidents ont continué. "On a des pannes de train quasiment tous les jours, des problèmes de signalisation", note Audrey Lassalle. "On nous dit qu’une partie des trains a été rénovée, mais c’est de la cosmétique : on a refait les sièges, mais gardé  le train, qui date de 1979. C’est vraiment dur, fatigant." 

Paroles de "voyageurs malades"

Pendant longtemps, elle a cru qu’elle pourrait faire avec. Supporter. Et le 24 octobre dernier, lors d’un énième problème – cette fois-ci sur un transformateur électrique, elle a dégoupillé. Elle se décrit aujourd’hui comme "une voyageuse malade" : "L’incident a entraîné la réduction des offres de transport pendant trois jours. C’était l’incident de trop. Une accumulation. On voyage dans des trains bondés, surchargés, quand il y a des perturbations, ils font délester les gens en gare de Laplace", dit-elle. "Je suis fatiguée, j’ai développé les symptômes physiques du stress, il m’arrive d’arriver à mon bureau et ne pas avoir envie de travailler, tant je suis à bout."


Elle n’est pas seule. Sous la pétition fleurissent les commentaires de gens "malades" des conditions de transports, devenus irritables, épuisés, angoissés ; au point, parfois, de faire des malaises. "On est transporté dans des conditions honteuses, à être collés les uns aux autres. Les animaux voyagent mieux que nous", écrit Marie, dans les commentaires. Elle raconte avoir "des problèmes professionnels car j'arrive en retard au travail tous les matins et dans un état mental dégradé dû aux mauvaises conditions de transport".


Hervé, lui, estime "mettre [s]a vie en danger à chaque trajet" : "Dans l'état actuel de la ligne, je peux faire des crises d'asthme si je reste trop longtemps dans le train, ce qui est dû essentiellement aux fortes chaleurs. Aucun médicament ne peut m'aider. Caroline est enceinte : "Dix fois déjà en moins d’un mois j’ai vu mon train changer son terminus au mieux pour Denfert au pire pour Laplace ou Bourg-la-Reine ! Mon niveau de stress engendré par cette ligne est tel que je crains pour la santé de mon enfant". Christine : "Cette semaine, j'ai n'ai pas eu un seul trajet qui se soit passée dans des conditions normales. Ces conditions de voyage sont de nature à porter atteinte à la santé physique et mentale des usagers par le stress qu'elles génèrent. Et les gens font des malaises tellement nous sommes compressés".

Pour le bien de ma santé, et celui de mon patron, j’ai déserté la ligneUne voyageuse signataire de la pétition

"C’est un stress total d’être obligé de voyager dans des conditions pareilles, avec des quais bondés, des rames bondées, une attente interminable et un temps de trajet hallucinant pour faire seulement 10 km", résume un autre. Au point que certains essaient de trouver des trajets de contournement : "Après 9 mois de galère avec nos conditions de transport déplorables, je me sentais tellement au bout de mon seuil de tolérance que pour le bien de ma santé, et celui de mon patron, j’ai déserté depuis 10 jours la ligne et pourtant cela fait 19 ans que je la prends !", raconte ainsi cette voyageuse. "J’ai voulu m’éviter une crise de nerf ou un malaise, vu que nous voyageons comme du bétail ! J’ai abandonné, craqué, et je prends momentanément le métro 7 à Villejuif. Le trajet est plus long et plus contraignant, mais je suis moins irritable et épuisée."


Alors que la pétition approche des 5.000 signatures, son auteure espère en récolter un maximum, pour l’adresser à Valérie Pécresse, présidente du Stif, qui gère les transports en Ile-de-France. "Il faut qu’ils assument leurs responsabilités. Que le matériel soit meilleur, et surtout, que les voyageurs soient mieux informés."

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