"On se demande si on pourra assurer la rentrée scolaire la semaine prochaine" : la colère et le désarroi des maires face à la baisse des emplois aidés

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ÉDUCATION - A une semaine de la rentrée des classes, de nombreuses communes ne savent pas encore si tous leurs contrats aidés seront reconduits. Elles ne savent donc pas si elles seront en mesure d'accueillir convenablement les élèves le 4 septembre prochain. Deux maires ont raconté à LCI quel impact a ou aura cette baisse sur leur commune, et ont exprimé leur colère vis-à-vis du gouvernement.

Le gouvernement a décidé de diminuer le nombre d’emplois aidés en 2017. Il prévoit en effet une enveloppe de 310.000 contrats aidés cette année, contre 459.000 en 2016. Ce dispositif, aidé financièrement par l’Etat, permet l’embauche de personnes éloignées de l’emploi dans les associations et collectivités locales. Mais la ministre du Travail Muriel Pénicaud n'en veut plus car, selon elle, ces emplois sont "précaires, souvent à temps partiel" et ne peuvent être "l’instrument majeur de la politique de l’emploi".

Seulement leur diminution met dans l'embarras de nombreuses communes. Ce lundi, le conseil municipal de Valorbiquet, dans le Calvados, a voté le report d’une semaine de la rentrée scolaire prévue le 4 septembre, faute de personnel suffisant pour encadrer les enfants. Aujourd’hui, la maire de la ville ne sait pas si, la semaine prochaine, elle bénéficiera des effectifs nécessaires pour assurer la prise en charge des élèves. Déjà à La Réunion, 18 communes avaient dû reporter leur rentrée à cause du manque de personnel. De telles situations se reproduiront à coup sûr lundi prochain, date officielle de la rentrée dans les écoles maternelles et primaires.

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Le bon déroulement de la rentrée reste incertain

Car aujourd’hui, l'immense majorité des communes françaises sont ou seront impactées par cette mesure. Elles ne savent pas si elles pourront bénéficier de contrats aidés dans les établissements scolaires pour la rentrée du 4 septembre prochain, ainsi que dans les hôpitaux ou maisons de retraite. "Globalement, quand on supprime plus de 100.000 contrats aidés, il est évident que cela aura un impact", a déclaré à LCI André Laignel, premier vice-président de l’Association des maires de France (AMF) et maire d’Issoudun (Indre). "Mes collègues se demandent s’ils pourront assurer la rentrée scolaire la semaine prochaine. Certains vont avoir des difficultés à assurer les activités périscolaires et à faire tourner les cantines" nous a dit Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), présidente des maires de Saône-et-Loire et référente pour l'emploi de l'AMF.


Devant la suppression de ces emplois, la seule solution pour les communes serait d'employer eux-même ce personnel, en CDD ou CDI. Compliqué selon André Laignel : "A partir du moment où depuis dix ans on nous impose des restrictions financières, beaucoup de communes sont incapables de transformer en contrat complet un contrat aidé. Il sera impossible pour les petites communes de transformer les emplois aidés en contrats pérennes. Moi-même je ne peux pas." Selon lui, il faudrait pour cela trouver des "subterfuges, par exemple en passant des partenariats avec des associations qui mettraient à disposition des communes des animateurs". Marie-Claude Jarrot ajoute : "Passer un contrat aidé en contrat pérenne a un énorme coût. Et nous sommes en cours d’exercice budgétaire, pas au début. Donc pour beaucoup de communes il est impossible de prendre de telles décisions au mois de septembre. Moi-même, je n'ai pas les finances pour assurer à mes deux contrats aidés sur la sellette de les embaucher." 

Le gouvernement a fait preuve d’un grand manque de réflexion et de concertation"André Laignel

Selon André Laignel, "tout cela s’est fait dans la précipitation, tout cela est bricolé. Le gouvernement a fait preuve d’un grand manque de réflexion et de concertation". "Ce n’est pas professionnel, cela montre une méconnaissance du fonctionnement de la collectivité territoriale" ajoute la maire de Montceau-les-Mines. "En plus, quand la ministre dit que ça ne crée pas d’emplois pérennes c’est faux. Quand on peut, on pérennise nos contrats aidés. On ne les utilise pas pour jeter les personnes que l’on emploie mais pour les former et assurer le service public", a-t-elle ajouté.


Les deux maires espèrent que dici la semaine prochaine, la contestation se fera entendre pour faire bouger le gouvernement. "Si un large mouvement pouvait naître, cela pousserait le gouvernement à alléger la diminution des contrats aidés dans les écoles. Mais cela ne ferait que repousser le problème car les hôpitaux et les établissements pour personnes âgées seraient eux plus impactés", a estimé André Laignel auprès de LCI.


A l'heure actuelle, beaucoup de communes ou d'écoles ne savent pas encore si leurs contrats aidés seront reconduits. Certaines régions n'ont pas encore reçu les consignes. Celles-ci doivent être recueillies auprès de Pôle emploi, qui reçoit lui-même ses ordres de la préfecture, et du ministère.

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