Rentrée scolaire : l'ombre du variant Delta inquiète parents et enseignants

Rentrée scolaire : l'ombre du variant Delta inquiète parents et enseignants

INCERTITUDES - À deux jours de la rentrée scolaire, enseignants et parents d'élèves appréhendent cette reprise une nouvelle fois chamboulée par le Covid-19, entre des règles sanitaires compliquées à gérer et une circulation active du virus.

Les rentrées scolaires se suivent... et se ressemblent. Cette fois, c'est le variant Delta qui inquiète les autorités. Pour autant, Jean-Michel Blanquer la souhaite la plus normale possible pour les 12,4 millions d'élèves attendus en classe le 2 septembre. Elle se fera avec le port du masque à partir du CP, comme l'an dernier. Cette rentrée doit par ailleurs s'opérer sous le régime du scénario 2 (sur quatre) du protocole sanitaire mis en place par le ministère, qui autorise tous les élèves à être accueillis en présentiel.

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Selon ces règles, un cas de Covid-19 dans une classe en primaire entraîne une fermeture, comme en juin. Tandis qu'au collège et au lycée, en cas de contamination dans une classe, seuls les élèves qui seront cas contacts non vaccinés devront s'isoler une semaine. Ce qui fait déjà bondir les parents d'élèves dont la priorité est que tous les enfants puissent aller à l'école. "C'est complétement ubuesque. Les collégiens et lycéens vaccinés pourront poursuivre une scolarité, mais pas les plus petits qui sont pourtant moins sensibles sur les formes graves du Covid et moins contaminants pour le reste de la population", s'insurge Rodrigo Arenas, le porte-parole de la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, contacté par LCI. 

"Un congé Covid" pour les parents

"C'est d'autant plus surprenant dans ces âges-là où les enfants sont les moins autonomes face aux apprentissages, et pour lesquels l'école à distance a fait des ravages", poursuit-il, avant de pointer du doigt le malaise des parents. "Comment vont-ils faire quand leur enfant, cas contact ou estimé comme tel, va être renvoyé à la maison pendant sept jours sans être malade ? 

Le gouvernement a refusé notre demande de mettre en place un congé Covid. Il ne crée même pas le service après-vente pour les parents pour garder les enfants à la maison. Que dire alors à une maman monoparentale qui travaille à l'usine ? Va-t-elle risquer de perdre son emploi en multipliant les jours de congé ? Il n'y a aucune protection dans le droit du travail notamment pour ces familles les plus précaires, et donc une vraie maltraitance pour les parents", s'inquiète le représentant de la FCPE.

"Renforcer les tests" dès le primaire

Les voix critiques des enseignants se font également entendre face à ce nouveau protocole. Pour le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, "le niveau 2 est inquiétant, car il est allégé par rapport à celui du mois de juin",  a estimé la secrétaire générale Guislaine David, lors d'une conférence de presse. "Avec ce protocole, il y a fort à parier que l'école sera perturbée dès les premières semaines avec une forte circulation du variant Delta". Selon elle, "si on compare cette rentrée à celle de l'an dernier, nous ne sommes pas du tout dans les mêmes taux d'incidence : on enregistre un taux de 128 contre 30 (en 2020) pour les 0-9 ans et un taux de 310 contre 109 pour les 10-19 ans".

"Il faut donc reprendre avec des règles strictes en renforçant par exemple la stratégie de tests pour stopper la contamination", a ajouté la secrétaire générale. Autre "angle mort" du protocole, selon Guislaine David : la cantine. "Il n'y a pas de règles bien définies et assez strictes pour la restauration scolaire alors qu'il va falloir assurer la distanciation physique et éviter le brassage", a-t-elle prévenu. Elle a aussi insisté sur le port du masque en extérieur. "Ce point est aussi problématique, car dans ce protocole, les enfants ne portent plus le masque en extérieur, mais on sait qu'il y a des moments de récréation où les élèves se regroupent, ils jouent de façon très rapprochée, davantage que s'ils étaient dans la rue". 

Vaccination : "Tout reste très flou"

Même son de cloche pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, le syndicat de l'enseignement supérieur, qui "pense notamment à ce qui se passe dans le Sud-Est". "On est sur un niveau 2 de protocole partout (en métropole) alors même qu'il y a certains territoires où, lorsqu'on regarde les indicateurs sanitaires, tout laisse à penser que la situation se dégrade rapidement", souligne-t-elle à LCI.  Sophie Vénétitay évoque "une forme de légèreté" de la part du ministère. "Ce variant Delta place la rentrée dans des conditions très particulières puisqu'on sait qu'il se transmet plus vite", dit-elle.

Autre préoccupation, la vaccination des 12-17 ans qui doit être organisée en milieu scolaire. "Beaucoup de questions restent sans réponse", avance la secrétaire générale. "Qui va la prendre en charge ? Qui va encadrer les élèves volontaires et les surveiller ? On  nous dit que le maître mot, c’est le pragmatisme, qu'il va y avoir des barnums de vaccination à l'intérieur des établissements, et qu'on peut aussi être amené à conduire des élèves dans des vaccinodromes. Mais comment vont-ils se déplacer ? Va-t-il falloir prendre un bus scolaire sur les fonds propres de l'établissement ? Est-ce que ce sera sur les heures de cours ou dans les trous des emplois du temps ? Tout reste très flou. On a très peu de perspectives sur la façon dont cela va s'organiser", s'étonne Sophie Vénétitay.

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"On s'attend à une rentrée compliquée, perturbée, on sent bien que le sanitaire va l'emporter sur le reste dans un premier temps", relève de son côté Bruno Bobkiewicz, le secrétaire général du principal syndicat des chefs d'établissement (SNPDEN), alors qu'une trentaine de médecins, chercheurs et enseignants ont plaidé récemment dans une tribune pour une "action ferme" pour la rentrée dans les écoles. L’école est "la situation la plus complexe qui nous attend pour l’automne", a aussi averti  l’épidémiologiste Arnaud Fontanet. Face au variant Delta, plus contagieux, "on ne peut pas appliquer les mêmes recettes que celles qu’on a utilisées jusqu’à présent", a-t-il prévenu.

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