Rentrée scolaire : pourquoi Jean-Michel Blanquer veut renforcer la dictée à l'école primaire

Rentrée scolaire : pourquoi Jean-Michel Blanquer veut renforcer la dictée à l'école primaire

EDUCATION - Parmi les mots d'ordre du ministre de l'Education nationale pour cette rentrée scolaire : le renforcement de la dictée, qui deviendra quotidienne à l'école élémentaire, dès le CP. Un outil censé contribuer à redresser le niveau des élèves en orthographe, qui ne cesse de baisser depuis trente ans.

Jean-Michel Blanquer l'avait annoncé au printemps à travers une circulaire adressée aux enseignants : la rentrée 2018 sera celle de la dictée. Bien que celle-ci n'ait jamais cessé d'être pratiquée dans les écoles élémentaires, le ministre de l'Education nationale a insisté pour qu'elle soit largement renforcée, et ce dès le CP, où elle sera pratiquée de façon quotidienne. 


La recommandation figure notamment dans le guide "pour enseigner la lecture et l'écriture au CP", publié sur le site du ministère. "Les exercices d'écriture ont une durée quotidienne de deux fois quinze minutes. Ils sont complétés chaque jour par une dictée d'une durée de dix à quinze minutes", précise le guide à destination du corps enseignant. La dictée, au même titre que "l'automatisation du geste d'écriture" et "les exercices quotidiens de copie", sont "des activités essentielles" dans l'apprentissage de la lecture, explique également l'Education nationale. 

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LES INSTRUCTIONS DE BLANQUER

Vieux remède pour grand malaise

A priori, rien de vraiment nouveau. Mais pour le ministre, ce recours aux outils traditionnels s'inscrit pleinement dans une stratégie globale visant à contrer "l'affaissement du niveau général dans l'expression écrite et orale", qui se traduit par "un niveau fragile, voire très fragile" pour "20% des élèves qui entrent au collège". 


L'idée de renforcer la dictée dès le début du primaire avait déjà été avancée par l'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem. A l'origine du branle-bas de combat : les statistiques de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), qui montre dans son "état de l'école" qu'à fin 2015, seuls 82.1% des élèves de début de sixième maîtrisaient correctement les compétences attendues en matière de langue française. 


Ces statistiques ont surtout montré "une baisse considérable de la performance des élèves, notamment en orthographe grammaticale, entre 2007 et 2015", explique à LCI Laurent Lima, chercheur au département des Sciences de l'éducation de l'université Grenoble-Alpes et coauteur avec Maryse Bianco d'Enseigner à l'école primaire - Comment enseigner la compréhension (Hatier). Un exemple parmi tant d'autres, cité par le chercheur : "ils étaient", que seule la moitié des élèves parvenaient à écrire correctement en 2015, contre 80% en 2007. Sachant que le niveau avait déjà diminué entre 1987 et 2007...

La dictée pour "stabiliser"

"Pour apprendre, il faut d'abord connaître les règles, puis les stabiliser", explicite Laurent Lima. "La dictée est de l'ordre de l'entraînement, et permet justement de stabiliser les connaissances." 


Le chercheur y voit une évolution dans la façon d'apprendre l'orthographe aux élèves, avec un retour à "l'enseignement explicite des règles". "Plutôt que de leur demander de partir d'un texte pour leur faire comprendre pourquoi on doit mettre un 's' ou non, il s'agit d'abord d'apprendre la règle, puis de faire les exercices". 


L'idée de faire la dictée à des élèves qui, au CP, n'ont pas encore acquis les fondamentaux de l'écriture peut toutefois interroger. "Ce que l'on nomme dictée ne revêt pas la même exigence selon qu'on est au CP ou au CM2", assure Laurent Lima. "Au CP, on va commencer par écrire les mots-outils, travailler sur la combinaison des mots... Plus on commence tôt l'écriture et la lecture, mieux c'est."


Il y a manifestement urgence. Fin 2017, l'étude internationale Pirls comparant les performances en compréhension de l'écrit des élèves de niveau CM1 montrait que la France, avec 511 points, était en chute depuis 2001 et se retrouvait bien en deçà de la moyenne européenne. 

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