Pourquoi le retour à la semaine des quatre jours pourrait (encore) accroître les inégalités femmes/hommes

SOCIÉTÉ
ÉGALITÉ - Qui dit rentrée scolaire dit nouveaux emplois du temps. Et vous, comment allez-vous vous organiser pour occuper vos enfants le mercredi ? En France, alors que 80% des communes prévoient de revenir à la semaine des quatre jours, on est en droit de se poser une question : le salaire des femmes, mères de famille, va-t-il en pâtir ?

La rentrée, c'est pour bientôt. Si vous avez des enfants, vous vous êtes sûrement interrogés sur la meilleure façon d'organiser votre emploi du temps, maintenant que ces chères têtes blondes auront quartier libre le mercredi. Car, selon l'Association des maires de France (AMF), environ 80% des municipalités ont choisi, dès septembre prochain, de revenir à la fameuse semaine des quatre jours, contre celle, imposée par une réforme de 2013, des quatre jours et demi. 


Exit donc la matinée du mercredi travaillée, bonjour les activités extra-scolaires ou les après-midis passés à la maison, c'est selon. Mais justement, qui va s'occuper des bambins en ce jour de nouveau chômé, quitte à devoir adapter son propre temps de travail ? Une étude, publiée en avril 2017 et réalisée par deux économistes, avait répondu à cette question. Selon Clémentine Van Effenterre, chercheuse postdoctorale à Harvard Kennedy School et Emma Duchini, chercheuse postdoctorale à l'université de Warwick, la fin de cette réforme risque d'impacter d'abord... le salaire des femmes. 

En vidéo

VIDÉO - Charge mentale : et si l'État nous filait un coup de main ?

Des femmes deux fois plus nombreuses à poser le mercredi que les hommes

"Nous avons commencé l'étude à partir d'un constat : avant 2013, soit avant la réforme, plus de 40% des femmes ayant au moins un enfant à l'école ne travaillaient pas le mercredi", explique à LCI Clémentine Van Effenterre. "Elles étaient deux fois plus nombreuses que les hommes à poser leur mercredi pour garder les enfants", poursuit-elle. Une situation unique, notamment en Europe : en Allemagne, en Espagne ou en Angleterre, par exemple, cette problématique ne trouve aucun écho. 


Et pour cause, le mercredi chômé est une exception française. Un héritage du 19e siècle, époque à laquelle l'école républicaine et l'Eglise catholique avaient trouvé un compromis : celui d'un jour par semaine consacré à l'éducation religieuse. Résultat : si la tradition d'une journée entière consacrée au catéchisme a quelque peu perdu de sa superbe, l'interruption du milieu de semaine, elle, est restée. "Or, ce n'est pas du tout neutre sur la façon dont les femmes allouent leur temps de travail", reprend la chercheuse. D'autant que les conséquences sur le salaire sont loin d'être négligeables. 

Des inégalités de salaire réduites de 10%

La semaine de quatre jours et demi, en augmentant le temps de l'enfant passé à l'école, a permis aux mères de travailler davantage. Clémentine Van Effenterre détaille : "Nous avons comparé dans le temps deux groupes de femmes : celles qui ont au moins un enfant en âge d'aller en primaire - concernées par la réforme des rythmes scolaires - et celles qui ont un enfant au collège - qui pouvaient donc déjà travailler le mercredi. Nous avons constaté qu'au bout de deux ans, les premières avaient comblé une partie de l'écart avec les autres. Elles se sont mises à travailler en moyenne une heure de plus par semaine." 


Des résultats encore plus visibles sur les femmes qualifiées occupant des postes de cadres. "En 2016, grâce à une présence plus régulière au travail, elles ont vu leur salaire horaire augmenter. On a vu le fossé de l'inégalité de salaires entre les femmes et les hommes d'une même catégorie sociale se réduire de 10%." La conclusion, du point de vue de ces chercheuses, est donc évidente : "Le fait de ne pas travailler le mercredi pénalise les femmes du point de vue du salaire."


Quant à la question de savoir pourquoi ce jour chômé par les enfants est majoritairement posé par les femmes... il faut aller fouiller un peu du côté des rôles de genres. C'est-à-dire de la perception de la société sur les rôles que sont supposés tenir les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. "Il est vrai que les femmes sont souvent le deuxième salaire", reprend l'économiste. Mais la question va, selon elle, plus loin qu'un calcul pragmatique qui désigne le salaire le plus bas à sacrifier, quand on n'a pas le choix de faire autrement. On touche là à la question du stéréotype répandu selon lequel la femme est la personne, dans le couple, la mieux à même de gérer tout ce qui se rapporte à la progéniture. 


"La persistance des rôles genrés explique que, même dans des couples de cadres, c'est la femme qui va poser son jour pour s'occuper des enfants", confirme encore Clémentine Van Effenterre. Raison pour laquelle il conviendrait, selon elle, de développer encore et avant tout l'accueil péri-scolaire et la prise en charge de la petite enfance. Elle conclut : "Tout ce qui pourra soulager l'impératif des femmes à s'occuper des enfants diminuera les inégalités de salaires."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter