Pas de lit, pas de toilettes, ils vivent dans 2 m² à Paris

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REPORTAGE - Alors que la location de studio d’une superficie inférieure à 9 m² se perpétue malgré son interdiction, la Fondation Abbé Pierre pousse un coup de gueule et réclame davantage de moyens pour la justice afin de poursuivre les propriétaires qui profitent de la fragilité des plus démunis pour s’enrichir. Nous sommes allés à la rencontre de ces locataires mal-logés.

Depuis la rue, c’est un immeuble parisien de 3 étages qui, en apparence, semble tout à fait ordinaire. De l’extérieur, impossible de soupçonner l’existence d’un quatrième étage, où sont logés une dizaine de personnes dans autant de chambres de bonnes aménagées sous les combles.


D’origine péruvienne, José vit ici depuis 25 ans. La surface au sol de son micro-appartement dépasse à peine les 10 m². Mais il est bien difficile de se tenir debout dans ce studio tant la pente du plafond vous oblige rapidement à vous courber. En loi Carrez, la surface habitable (c’est-à-dire la surface dont la hauteur sous plafond est supérieure ou égale à 1 m 80) n’est que de... 0,9 m². Pour cette "cage" dixit José, le loyer s'élève tout de même à 250 euros.

La seule ouverture de son studio est une petite fenêtre de toit complément perméable. "Dès qu’il pleut, le sol est mouillé". José a optimisé son espace en renonçant au confort d'un lit. "Dormir par terre est très bon pour la colonne vertébrale", plaisante ce disciple de Montaigne. Quant aux travaux réclamés au propriétaire pour poser un velux, là encore il devra attendre. Ce bibliothécaire, aujourd’hui à la retraite, a longtemps cherché un autre appartement. Mais quand ce ne sont pas ses origines qui posent problème, c’est son salaire qui est jugé pas assez important. Alors en attendant, il compile dans un épais classeur bleu toutes les preuves de ses démarches. 

Un seul WC pour une dizaine de locataires

A l’autre bout du couloir, Carole occupe un studio similaire. De ce côté de l’immeuble, la pente du toit est à peine plus haute. En loi Carrez, on compte 4 m² habitable. Cette aide à domicile pour personnes âgées est d’autant plus "chanceuse" qu’elle vit dans l’une des seules chambres de bonnes qui possèdent une douche. Seul souci, l’intérieur de la douche est si étroit qu’elle ne peut même pas se retourner quand elle est à l’intérieur. "C'est mieux que rien", glisse Carole qui a connu la rue et les centre d'hébergement avant d'arriver ici.


Comme tous les locataires de son étage, c’est derrière l’escalier qu’elle est contraint de faire ses besoins, dans l’unique WC (à la turque) de l’étage. Un "luxe" qui coûte la bagatelle de 460 euros chaque mois à Carole.

Rien qu’en région parisienne, on estime à 7000 le nombre de chambres de bonnes louées illégalement. Car, même si beaucoup de locataires l’ignorent, louer un studio ou un appartement d’une superficie inférieur à 9 m² (loi Carrez) est un délit. Ce qui n’empêche pas de nombreux propriétaires, à l’instar de celui de Juan et Carole, de profiter des failles du marché locatif, incapable de louer à tout le monde dans des conditions raisonnables. Et cela, presque en toute impunité.


D’où l'opération de sensibilisation menée par la fondation Abbé Pierre qui réclame davantage de moyens pour la justice afin de pouvoir faire cesser ses pratiques. "En France, chaque procureur doit traiter 2800 dossiers par an contre 260 aux Pays-Bas. La justice ne peut pas travailler dans ces conditions-là. Et s’il n’y a pas de relais judiciaire, on ne peut pas lutter efficacement contre l’habitat indigne", s’insurge Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. 


Autre problème, le recensement de ces situations et l’accompagnement des locataires. "Quand vous voulez porter plainte pour un problème de logement, les services de police ne sont pas suffisamment formés pour comprendre la législation sur l’habitat indigne", regrette Samuel Mouchard, responsable Espace Solidarité Habitat à la Fondation Abbé Pierre. Juan et Carole, eux, vivent sans doute leurs derniers mois dans cet immeuble. Grâce au signalement d’un voisin de palier qui a depuis été relogé, le propriétaire de l’immeuble devrait être prochainement poursuivi. 

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