Respecté ou détesté, qui est Philippe Martinez, le leader de la CGT ?

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PORTRAIT - Au nom de la CGT, il a appelé au blocage des raffineries, des centrales. Philippe Martinez, longtemps inconnu des médias, devient une figure de résistance - ou de blocage, c'est selon - dans la mobilisation contre la loi Travail.

Il y a quelques jours, il était encore méconnu du grand public. Depuis les blocages cette semaine, il apparaît comme l'homme qui peut faire plier le gouvernement et qui, en tout cas, paralyse le pays. Philippe Martinez, leader de la CGT depuis un an, n'était pas, jusqu'au durcissement de la mobilisation contre la loi Travail, un habitué des médias. Tranquille, la moustache tombante, plutôt du genre à rester dans l'ombre. Mais aujourd'hui, le syndicaliste monte en première ligne contre la loi. Décrié par les uns, ardemment défendu par les autres, qui est Philippe Martinez, l'incontournable leader de la CGT ?

► Il a été élu en catastrophe en février 2015
C'est lui qui est nommé à la tête de la CGT après la démission de Thierry Lepaon, épinglé pour son train de vie. Né le 1er avril 1961 dans une famille d'immigrés espagnols, Philippe Martinez a fait toute sa carrière à Renault Boulogne-Billancourt où il est entré en 1982 comme technicien. Deux ans plus tard, il se syndicalise à la CGT. Adhèrent au Parti communiste très jeune, il en démissionne en 2002, mais dit en garder "un certain nombre d'idéaux". C'est le premier numéro un CGT sans carte du PCF. Décrit comme un homme de convictions et de terrain, il connait le monde de l'entreprise.

C'est un est fin tacticien
Homme de terrain d'accord, mais aussi qui sait négocier. Il a peu à peu su s'allier les puissantes fédérations de la CGT. Quand il prend les rênes de la centrale, celle-ci est à feu et à sang. L'objectif numéro un est alors de resserrer les rangs. Adoubé fin avril par le 51e congrès de la CGT, à Marseille, Philippe Martinez a désormais les mains libres pour déployer sa stratégie. Hier méconnu du grand public et peu rôdé à l'exercice médiatique, Philippe Martinez est aujourd'hui en pleine lumière, symbole de conservatisme pour les uns, héraut de la lutte contre la casse du code du travail pour les autres.

► Il n'a pas l'image d'un dur, mais…
L'homme à la moustache n'avait pourtant "pas l'image d'un dur, mais au contraire d'un pragmatique avec qui l'on peut discuter, lorsqu'il dirigeait la fédération de la métallurgie" de la CGT, selon le sociologue Jean-François Amadieu, interrogé par l'AFP. Mais "avec l'enjeu de la représentativité syndicale et l'image brouillée du syndicat, cette mobilisation tombe plutôt bien", analyse l'expert.

► …il est "déterminé".
A l'inverse de son prédécesseur, Bernard Thibault, qui était davantage dans une logique de dialogue, Philippe Martinez a très vite affiché une ligne plutôt dure, loin du dialogique social. Dans le combat actuel, il n'y a qu'une demande de la CGT : le retrait de la loi Travail. "Nous sommes déterminés", répète inlassablement le secrétaire général du premier syndicat français. "Nous promettons que si le gouvernement ne retire pas son projet, si les salariés en sont d'accord, les mobilisations vont continuer, s'amplifier". Philippe Martinez est réputé pour être fin stratège et autoritaire, brandit à demi-mot la menace, appelant à "une généralisation de la grève partout, dans tous les secteurs".

► Il a mis en avant la ligne dure de la CGT
"Martinez a fait le choix de donner la parole à la ligne dure de la CGT. C'était un pari pour ressouder les troupes", analysait un membre du Comité confédéral national, le "parlement" de la centrale, lors du congrès de Marseille. Une partie par conviction, une autre sans doute par tactique. "Il adopte une attitude tranchée par rapport à ses prédécesseurs. Il s'appuie souvent sur la thématique de la lutte des classes, pour ressouder les rangs" et aussi "se distinguer des autres syndicats", selon Bernard Gauriau, professeur à l'université d'Angers, spécialiste du droit du travail.

L'enjeu, maintenir le leadership de son syndicat face à la montée en puissance de la CFDT, qui pourrait lui ravir sa place lors des élections professionnelles en 2017. "Sa stratégie vise à poser la CGT en organisation capable de rassembler les mécontentements, ce qui, dans le monde du salariat aujourd'hui, est l'essentiel des électeurs, surtout chez les moins qualifiés", assure Jean-François Amadieu. Mais "les risques sont évidents", poursuit-il; "Les gens sont inquiets des violences, détestent être bloqués sur leur carburant, dans les transports, etc. et le succès de la mobilisation n'est pas du tout garanti." A suivre...

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