"Retour chez ma mère" : ces "boomerang kids" contraints, à 40 ans, de retourner vivre chez leurs parents

SOCIÉTÉ

ZOOM - A l'occasion de la sortie du film "Retour chez ma mère" avec Alexandra Lamy et Josiane Balasko, metronews s'est intéressé au phénomène des "boomerang kids", ces adultes contraints de retourner vivre chez leurs parents après avoir été victimes des vicissitudes de la vie. David, 38 ans, nous a livré son témoignage.

Dans le monde anglo-saxon, on les appelle les "boomerang kids". Cette désignation regroupe les adultes qui, après avoir quitté le domicile familial, reviennent vivre chez leurs parents, souvent de manière contrainte, suite à une séparation ou à des difficultés d'ordre professionnel. Un phénomène au centre de la comédie "Retour chez ma mère" , avec Josiane Balasko et Alexandra Lamy, sortie ce mercredi en salles, quinze ans après le succès de "Tanguy" d'Etienne Chatiliez. L'histoire d'un jeune homme ravi de continuer de vivre chez ses parents, même s'il pourrait tout à fait s'assumer.

Si les situations qui servent de prétexte à ces deux scénarios présentent des similitudes, il ne s'agit toutefois pas de les confondre. Pour les "boomerangs kids" en effet, le choix ne fait bien souvent pas partie de l'équation, et le retour dans le domicile parental est régulièrement vécu comme un échec.

Près de 700.000 jeunes repartis vivre chez leurs parents

Même si ce phénomène semble en augmentation ces dernières années, il reste bien difficile d'en mesurer l'ampleur. Dans l'étude "Famille et logements 2011" de l'Insee, l'Institut d'études démographiques (INED) estimait à 4,4% la part des garçons de 40 ans cohabitant avec leurs parents en France. Un nombre plus important que chez les filles, dont la part pour la même tranche d'âge était estimée à 2,4%. Plus récemment, la Fondation Abbé Pierre, dans son rapport 2014 sur le mal logement, avançait le chiffre de 695.648 jeunes de plus de 18 ans repartis vivre chez leurs parents après avoir occupé un logement indépendant pendant au moins trois mois. Pour 240.000 d'entre eux, ce retour pouvait être qualifié de contraint. S'ils souhaiteraient repartir, ils n'en ont pas les moyens, souligne Sandra Gaviria, maître de Conférences à l'Université du Havre, dans une publication consacrée à "la génération boomerang", parue en mai dernier dans la revue " SociologieS ", et qui reprend les chiffres de la Fondation.

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Pour la sociologue, "la crise a eu pour conséquence que tant les jeunes que leurs parents ont intégré l’idée que le retour, s’il survient, fait partie intégrante des trajectoires". Elle estime en outre que ce phénomène traduit "des comportements actuels qui risquent de perdurer et de prendre de l'ampleur". Toutefois, souligne encore la chercheuse, l'aspect affectif ne doit pas être négligé. "Il a lieu dans un contexte de besoin de réconfort affectif, de besoin de racines, pour se reconstruire après une déception, un échec, des désillusions etc.", explique-t-elle.

"J'avais beaucoup de réflexions de leur part"

Ce réconfort, David, 38 ans, qui a accepté de se confier à metronews, n'en a cependant pas bénéficié. Suite à une rupture sentimentale brutale et douloureuse, il a été mis dehors du domicile conjugal, sans autre option que d'aller frapper à la porte de ses parents qu'il avait quittés près de 20 ans plus tôt. "J'ai senti que l'accueil était contraint et à contrecœur, notamment de la part de ma mère qui semblait m'en vouloir de revenir chez elle après avoir échoué dans mon couple", nous explique cet assistant commercial. Pour cet homme originaire du Nord, le retour dans le foyer parental aura duré six mois, et se sera révélé plutôt pénible.

"J'avais beaucoup de réflexions. Si jamais je rentrais trop tard du travail et qu'ils avaient quelque chose de prévu, il fallait que j'attende leur retour car ils ne voulaient pas me donner la clé", poursuit le trentenaire, qui a aujourd'hui retrouvé une stabilité. Dès le départ, pourtant, le contrat était clair entre le fils et ses parents, qui lui ont demandé 200 euros pour participer aux dépenses. La maison, plutôt grande, laissait en outre suffisamment de liberté à chacun, mais l'ambiance restait tendue dans le pavillon familial, et la communication pour ainsi dire inexistante. Des conditions peu favorables à une reconstruction pour David, encore sous le coup de sa rupture.

Aujourd'hui, ce dernier a retrouvé avec l'indépendance une certaine forme de stabilité. Même les rapports avec ses parents se sont normalisés. "Sans grande chaleur", précise-t-il néanmoins.

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