Risque-t-on vraiment de manquer de chauffeurs de VTC à partir de janvier 2018 ?

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PÉNURIE – Vendredi 8 décembre, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, recevait les représentants des chauffeurs et des sociétés de VTC. Selon ces dernières, environ 10.000 chauffeurs vont perdre leur emploi le 30 décembre, jour d’entrée en vigueur de la nouvelle loi réglementant la profession.

Il fut un temps, pas si lointain, où, pour espérer monter dans un taxi parisien en pleine nuit, il fallait longuement arpenter les rues de la capitale, ou faire la queue à un point stratégique derrière de nombreux fêtards tout aussi désoeuvrés. Ce temps-là, croyait-on, était révolu : avec les applications Uber, Chauffeur privé ou autre AlloCab, on peut désormais commander une voiture au chaud et grimper dedans à l’adresse même où l’on se trouve, après une poignée de minutes d’attentes. 


Problème : non seulement les taxis ont (beaucoup) râlé contre cette concurrence jugée déloyale, mais les chauffeurs de VTC eux-mêmes ont dénoncé des conditions de travail des plus précaires, pour un revenu insuffisant (il leur faut travailler plus de 70 heures par semaine pour toucher 1800 euros à la fin du mois). Résultat : le gouvernement français s’est emparé du dossier pour tenter de réguler la profession, via la loi Grandguillaume, qui sera mise en application le 29 décembre au soir.

Elle prévoit, en premier lieu, de retirer aux chauffeurs salariés, dont le statut est théoriquement réservé au transport collectif, la possibilité d’exercer leur profession dans les grandes villes avec le seul permis B. Ils doivent désormais, au préalable, passer un examen. Les entreprises de VTC affirment que cela aura pour conséquence de mettre 10.000 chauffeurs au chômage. 


"Aujourd’hui, il y a 30.000 chauffeurs de VTC à Paris, quand il y en a deux fois plus à Londres ou à New York. Nous avons besoin de croître encore. Et là, on est en train de préparer le plus grand plan social de ces dix dernières années", déplore ainsi Yanis Kiansky, le patron de la plate-forme française Allocab, dans les colonnes du Monde.

Ces chefs d’entreprises pointent l’augmentation à venir du temps d’attente des clients et l’explosion du prix des courses lors des pics de demande, appelés à se multiplier. En parallèle, les syndicats de chauffeurs, qui sont aussi reçus ce vendredi par la ministre des Transports, Elisabeth Borne, réclament la création d’un tarif minimum, pour que les salariés "puissent vivre décemment" et bénéficier d'un temps de repos suffisant pour garantir la sécurité. 


Autant de mesures qui, conjuguées à la mise en place de l’examen que tous les chauffeurs doivent passer pour exercer, vont non seulement bouleverser le marché, mais aussi, selon les plates-formes, provoquer une pénurie de chauffeurs…

Le gouvernement, de son côté, affirme qu’il n’en sera rien, arguant que près de 7000 chauffeurs vont accéder, en 2018, au statut de VTC. Le ministère ajoute qu’environ 2000 dossiers ont déjà été déposés et seront traités par l’administration d’ici à la fin du mois de janvier 2018.


La vérité du début de l’année se situera sans doute quelque part entre ces deux estimations. Ce qui signifie que le nombre de chauffeurs baissera, mais pas dans les proportions brandies, comme une menace, par les plates-formes. Vous trouverez donc probablement des chauffeurs, mais devrez les attendre plus longtemps, et payer la course plus cher. En attendant que les bouleversements soient encaissés par tout ce petit monde. "Dans six mois, on fera le bilan", promet la ministre. 

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