Roland Garros : zoom sur les "courtsiders", ces pro du pari truqué

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INFO METRONEWS - Une nouvelle pratique, illicite, a débarqué à Roland-Garros. Les "courtsiders", des faux spectateurs, se rendent sur le bord des courts et transmettent des informations à des parieurs situés à l’autre bout du monde. Selon nos informations, une quinzaine d’entre eux ont été repérés et expulsés de l’enceinte de la porte d’Auteuil. Metronews s’est penché sur ces parieurs qui misent plus vite que leur ombre.

Ils essayent de passer inaperçus et sont de plus en plus discrets. Mais le tapotement frénétique sur leur téléphone portable après chaque séquence de jeu n’échappe pas à la vigilance de la sécurité de Roland-Garros. Les policiers spécialisés et les professionnels du circuit les appellent les "courtsiders" - littéralement "ceux qui sont à côté du court", en français. Leur mission ? Assister aux matches de tennis de Roland Garros, qui doit s'achever dimanche 5 juin, et transmettre des informations sur les résultats en temps réel.

Grâce à la latence entre l'action de jeu et la diffusion en direct, des parieurs à l’autre bout du monde sont en mesure d’obtenir le bon résultat avant même d’avoir misé. Un laps de temps pouvant aller de 8 à 30 secondes. Suffisant pour transmettre en avant-première des résultats. De sorte que ces "Lucky Luke" du pari sportif sont à même de parier plus vite que leur ombre tout en étant certains de gagner puisqu’ils ont connaissance, à l’avance, des vainqueurs et des perdants.

Contrôlés puis expulsés

La pratique n’est pas nouvelle, mais elle a de l’avenir. Si en France les plateformes légales de paris en ligne n’autorisent pas de parier après chaque point au cours d’un match de tennis, des sites de "live-betting" opérant à l’étranger en ont fait leur principal gagne-pain. La police judiciaire suit de près le phénomène. Car même si les sommes investies sur les paris "au point" restent peu élevées, l’arrivée massive de "courtsiders" au bord des filets pourrait rapidement gangrener un sport qui tient particulièrement à redorer son image, notamment après le scandale du "tennis racket" .

Pour tenter de contenir ces informateurs illégaux, Roland-Garros a formé et développé son personnel. "Nous avons des spécialistes du service juridique dont la mission est de repérer en permanence les courtsiders", nous précise-t-on à la Fédération française de tennis (FFT). Selon nos informations, depuis le début du tournoi, une quinzaine d’individus ont été repérés, contrôlés et expulsés de l’enceinte de la porte d’Auteuil, suspectés d’avoir transmis en direct des informations vers l’extérieur : score en direct points par points, avertissements donnés aux joueurs, appel d’un joueur au soigneur, blessures, abandons…

Pas d’infraction pénale

Pour comprendre davantage le phénomène et les connexions de ces parieurs en temps réel, des enquêteurs du Service central courses et jeux (SCCJ) se rendent régulièrement à Roland-Garros pour procéder à des interrogatoires. "On relève les identités, on essaie de savoir qui sont les donneurs d’ordre, on recoupe les informations", détaille à metronews le commissaire Philippe Ménard, chef du SCCJ.

Une fois ces réponses obtenues, les "courtsiders" repartent librement, aucune poursuite judiciaire ne pouvant être retenue contre eux puisque ce délit de transmission d’informations n’existe pas dans le code pénal. En revanche, ils sont systématiquement expulsés des courts, sur le fondement du règlement interne de Roland-Garros. L’article 12 stipule, en effet, qu’il est "interdit […] de recueillir, stocker, diffuser, communiquer, publier, délivrer et/ou mettre à la disposition quelque personne ou quelque organisme que ce soit, par quelque procédé que ce soit et à partir de quelque lieu du Stade que ce soit, à titre gratuit ou onéreux, toute donnée, statistique, information ou fait en rapport avec le déroulement de tout match en cours". Quand les faits sont avérés, ces "courtsiders" sont inscrits à un "fichier spécifique d’interdiction de stade", prévu par l’article 21 du règlement intérieur . Ils ne peuvent plus racheter de billets pour entrer dans le stade. Tout du moins, à leur nom.

Un "courtsider" payé 2000 euros la semaine

Une course à la discrétion est en train de se jouer entre les "courtsiders" et les organisateurs. L’un d’entre eux a récemment fait preuve d’imagination et de technicité. Il a relié à son téléphone portable deux boutons, scotchés chacun à un genou, sous son jean. De sorte qu’il n’avait qu’à presser discrètement sa jambe pour que son téléphone envoie l’information, via une adresse IP. "Parfois, ils se risquent à transmettre le gain du point avant même la fin de l’échange. Pour un smash, par exemple, ils examinent le placement du joueur sous la balle. S’ils la jugent bonne, ils anticipent le pari", ajoute un connaisseur de la pratique.

Le profil de ces individus est relativement méconnu. Ceux qui ont été contrôlés ces derniers jours à Roland-Garros sont, selon nos informations, pour la plupart des étrangers. Les policiers les suspectent d’être reliés à des organisations criminelles. "Certains ‘courtsiders’ sont payés 2000 euros la semaine pour transmettre les résultats", nous précise le commissaire Ménard. De son côté, la FFT prend au sérieux cette nouvelle menace. Des dispositifs de surveillance similaires à ceux mis en place à Roland-Garros sont aussi activés sur les autres tournois. Notamment, à Bercy où la pratique a, elle aussi, été observée l’année dernière.

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