Rouen : l’Etat loue à grand frais un immeuble de bureaux… vides

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DE l'ARGENT PAR LES FENÊTRES ? - À Rouen, l'Etat paie 100.000 euros de loyer… pour un immeuble de bureaux vide. En cause, justifie la préfecture, des travaux de désamiantage et la réforme des collectivités territoriales qui a repoussé le déménagement des services.

L’heure est aux économies. Mais visiblement, pas partout. Ou en tout cas, si l’idée y est, ce n’est pas si simple. A Rouen, depuis presque deux ans, l’Etat loue 100.000 euros un grand immeuble de bureaux… vide. L’affaire a été révélée vendredi dernier par le journal local Paris Normandie. De quoi défrayer la chronique.

Une réhabilitation retardée

Le Concorde, immeuble de 9 étages datant de 1979, dans le quartier Saint-Sever, est inoccupé depuis 2009, et le départ des précédents occupants, la direction régionale de France Telecom. L’endroit est vaste – 11.000 m2 de bureaux et 210 places de parking – et intéresse l’Etat qui, à l’époque, décide, par mesure d’économie, de regrouper plusieurs structures départementales dans un même endroit (Agence régionale de santé, concurrence, consommation, emploi, protection des populations, jeunesse et sports ...).

La puissance publique entre alors en contact avec la société propriétaire du bâtiment, une société civile immobilière de Nantes. Une promesse de bail est aussitôt conclue. Elle prévoit que le propriétaire va effectuer des travaux de réhabilitation, l’Etat prendra en charge les travaux d’aménagement, et le loyer sera fixé en dessous du prix du marché. Les travaux débutent. Mais quatre ans après, les locaux sont toujours vides, alors que l’Etat avait prévu une installation des services en 2011.

La réforme territoriale en question

En fait, rien ne s’est passé comme prévu. "Dès l'engagement des travaux en 2011, des divergences sont apparues entre le bailleur et le locataire, liées à des retards ou encore au non-respect d'obligations réglementaires ou contractuelles, notamment en matière d'amiante", indique dans un communiqué la préfecture de Seine-Maritime. A cause de ces "divergences", et pour "régler les problèmes constatés", le début du paiement du loyer est repoussé à février 2014. Mais en mars, des contrôles du niveau d’amiante sèment à nouveau le doute : "Les quelques résultats positifs constatés ont provoqué une nouvelle suspicion sur la conformité de l'immeuble aux normes", rapporte la préfecture. L’Etat décide alors d’arrêter le chantier, et de suspendre le déménagement des services.

Cerise sur le gâteau, arrive en octobre 2014 la réforme territoriale. Les effectifs, les organigrammes sont en plein chamboulement. Mais la réorganisation se fait au rythme de l'administration - c'est-à-dire lentement. Décision est prise au niveau interministériel de suspendre le projet d’implantation des services dans cet immeuble, dans l’attente de leur nouvelle configuration. Sauf qu’en attendant, l’Etat continue de payer ses loyers, estimé à 100.000 euros par Paris Normandie. Un chiffre que ne confirme ni n’infirme la préfecture. Mais qui ferait une jolie addition de 2,1 millions d’euros. Comment se sortir de la situation ? L’État se contente d’indiquer avoir "engagé une négociation avec le bailleur afin de rechercher l'issue la plus favorable aux deux parties dans ce dossier".

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