Royaliste, intello, d'extrême droite... qu'est-ce que l'Action française ?

Royaliste, intello, d'extrême droite... qu'est-ce que l'Action française ?

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RADICAL - Après un coup de filet antiterroriste visant les milieux d'extrême droite, l'Action française est dans le viseur de Jean-Luc Mélenchon, qui demande la fermeture du local de l'antenne marseillaise cette organisation royaliste vieille de plus d'un siècle. Focus sur cette organisation très controversée.

Dans le paysage morcelé de l'extrême droite hexagonale, l'Action française occupe une place à part. Cette organisation royaliste est aujourd'hui visée par Jean-Luc Mélenchon, qui a demandé mercredi la fermeture du local de son antenne marseillaise. Le député des Bouches-du-Rhône faisait partie des cibles présumées d'un projet d'attentat de l'ultra-droite, pour lequel 10 personnes ont été interpellées par les services antiterroristes mardi. Ces 10 militants d'extrême droite sont liés à un ancien membre de l'Action française, Logan Nisin, arrêté en juin.


Désignée sous le signe AF, l'Action française est née en 1898. Influencée par l'écrivain et homme politique Charles Maurras, l'organisation se développe jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale, en défendant des idées royalistes, nationalistes et anti-républicaines, ainsi qu'un retour de l'Église catholique dans la vie publique française. 


L'organisation a également prôné, comme son inspirateur, un "antisémitisme d'État", et plus globalement une lutte contre les "quatre États confédérés", que Charles Maurras désignait comme les juifs, les protestants, les francs-maçons et les étrangers vivant en France.

Après la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il avait soutenu Pétain, Charles Maurras est condamné pour intelligence avec l'ennemi à la réclusion criminelle à perpétuité, et meurt en prison en 1952. Sans son mentor, l'Action française - dont certains de ses membres avaient combattu aux côtés de De Gaulle - réfute progressivement sa doctrine antisémite, et défend des idées monarchistes et antiparlementaristes. 


Après de nombreuses scissions au cours de la deuxième moitié du 20e siècle, l'Action française fait désormais figure, comme l'affirme le directeur de Mediapart Edwy Plenel,  de "laboratoire idéologique de la réaction", formant ,par exemple, des cadres d'autres organisations d'extrême droite. Le politologue Jean-Yves Camus estime pour sa part que la "nouvelle génération" qui intègre ce mouvement est "plus activiste et tapageuse".

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VIDÉO - Standing ovation pour Mélenchon, cible présumé d'un attentat par des militants d'extrême-droite

L'antenne marseillaise de l'Action française, dont les locaux se situent dans le quartier populaire de La Plaine, au cœur de la terre d'élection du député Mélenchon, est actuellement en pleine "guerre de territoire" avec des organisations d'extrême gauche et antifascistes. Des balles de Kalachnikov et une grenade ont été retrouvées, scotchées sur la porte des locaux, en septembre 2015. Une bombe artisanale a même explosé devant le bâtiment en juillet 2017.


Comme le décrit l'enquête du Monde sur Logan Nisin, "à l’AF, on s’affiche 'monarchiste', 'antinazi', et surtout 'pas racialiste'. Même si cela fait hurler les 'antifas'". Logan Nisin, le militant d'extrême droite arrêté en juin et qui visait Jean-Luc Mélenchon et Christophe Castaner, était par ailleurs  "le seul à n’avoir pas fait d’études" à l'AF de Marseille, qui réunit "des vieux, des camelots, des aristos, des cathos", selon sa porte-parole. 


Si l'organisation s'affiche plutôt comme un cercle de réflexion, ce récent coup de filet "met en relief (...) le niveau de dangerosité et la détermination de ces groupuscules violents à l'idéologie antirépublicaine", estime Mélenchon, qui demande la fermeture du local marseillais.

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