Saint-Valentin : Tinder, Grindr ou Adopte un mec ont-ils tué l'amour ?

Saint-Valentin : Tinder, Grindr ou Adopte un mec ont-ils tué l'amour ?

ENQUÊTE – Les applications telles que Tinder, Happn ou Grindr sont légion dans le domaine des rencontres depuis quelques années. Avec elles ont émergé des nouveaux modes de drague. Mais ces nouveaux outils de dating ont-ils eu la peau du romantisme ? LCI a mené l'enquête.

"On se parlait tranquillement sur Tinder. Là je lève les yeux et je le vois assis en face de moi dans le métro. Non seulement on ne s’est pas adressé la parole mais en plus on ne s’est jamais reparlé." Marion, jeune étudiante parisienne, a mal digéré sa dernière rencontre sur l’application de rencontre. Tellement mal qu’elle ne l’a pas réutilisée depuis. "Je me suis sentie ridicule de ne pas lui parler. C'est vraiment un tue-l’amour Tinder." Les mots sont posés. Un tue-l’amour. Et Marion n’est pas la seule à le penser.

Les ex-utilisateurs des applications telles que Tinder, Happn ou Adopte un mec sont nombreux. Et pas forcément parce qu'ils ont trouvé l’amour. Beaucoup ont laissé tomber après une mauvaise rencontre, avant parfois. Mais peut-on aller jusqu'à dire que les applications de rencontre ont tué l’amour ? Ou le romantisme ?

Le romantisme c’est l’engagement si fort qu’on n’en oublie la raison et le calcul. Il n’y a plus que cette personne qui compte et on est arraché à l’ordinaire de la vie par cet élan qui emporte.- Jean-Claude Kaufmann, sociologue

Sur la forme, ces outils de drague connectés se présentent un peu comme un catalogue. On passe 10 secondes sur un profil pour se faire un avis sur la personne, photos et courte description à l'appui, et on décide de "liker" ou pas. Si l’autre vous "like" en retour, c’est un "match". Vous pouvez alors commencer à converser. Sur le papier, c'est un bon moyen de rencontrer quelqu'un, surtout si on est timide. Dans les faits, c'est parfois plus compliqué. 

"A partir du moment où l’on encadre, on planifie et on sait ce qu’on vient chercher, la magie opère beaucoup moins facilement, juge Jean-Claude Kaufmann, historien et sociologue du couple. Le romantisme c’est l’engagement si fort qu’on n’en oublie la raison et le calcul. Il n’y a plus que cette personne qui compte et on est arraché à l’ordinaire de la vie par cet élan qui emporte. C’est l’exact inverse des applications de rencontre".

Pourquoi ? Les applications sont "un lieu où l’on maîtrise complètement son existence, où l’on multiplie les rencontres non pas pour le plaisir de l’autre, mais pour le sien, ajoute Jean-Claude Kaufmann. La rencontre, c’est avant tout la découverte de l’autre et le plaisir de l’autre". De quoi créer la confusion dans l’esprit de certains utilisateurs.

Un catalogue de possibilités

Pour Clémence, le problème, c'est plutôt de faire un choix. "J’ai rencontré pas mal de mecs avec qui j’aurais pu me mettre en couple, confie cette jeune infirmière de 26 ans. Mais comme je continuais à traîner sur l’appli, je continuais à rencontrer d’autres mecs. Je n’arrivais jamais à me décider sur qui était le mieux". C’est le jeu de la surenchère. Toujours penser qu’on peut trouver mieux ailleurs. On en revient au format Tinder ou Happn, où l'on choisit quelqu’un comme on choisit une paire de chaussures ou une télévision.

"On switche, on like, on matche, on chope, on multiplie les rencontres et les discussions. C'est de l’hyper choix, analyse Jean-Claude Kaufmann. Néanmoins, il y a un piège. L’élargissement des possibles c’est toujours très attirant au début, mais au bout d’un moment on sature". Et d’abonder :"Le problème c'est de savoir qui cherche quoi". 

Ce dernier a identifié deux modèles : "D’une part il y a cet espace de loisirs qui se développe, mais qui n’empêche pas d’être pragmatique dans une bonne ambiance. De l’autre, il y a le rêve sentimental. Ce sont les gens qui cherchent l’amour avec un grand A. Cette opposition rajoute au flou et au quiproquo". 

Le rendez-vous se transformait soit en échec, soit en plan cul- Alain, ex-utilisateur de Grindr

Alain en a fait les frais. "Je suis un peu dégouté", admet ce cadre supérieur de 36 ans à LCI. Il a utilisé Grindr, l'équivalent de Tinder pour les homosexuels, pendant deux petites semaines avant de supprimer l'application. "Je cherchais plutôt à faire une rencontre sérieuse – il l'avait précisé dans sa fiche descriptive. Finalement, le rendez-vous se terminait soit en échec, soit en plan cul. Ça ne me ressemblait pas du tout alors j'ai préféré tout arrêter."

Cette hypersexualisation résulte en partie de la géolocalisation, selon Jean-Claude Kaufmann. Sur Tinder ou Grindr par exemple, on vous propose les contacts les plus proches de vous en fonction des critères que vous avez prédéfinis. Sur Happn, on vous propose ceux que vous croisez le plus souvent. "Ca incite à la relation d’un soir et offre à la sexualité une place centrale au début des histoires. Cela facilite le premier contact, mais crée l’illusion que tout devient facile." Il va même plus loin : "On ne peut pas séparer totalement la sexualité du sentiment au risque de tomber dans des dérives manipulatrices et égoïstes d'un, voire des deux partenaires".

"Pour rentrer dans une histoire, il y a un moment où il faut se lâcher"- Jean-Claude Kaufmann

Mais si vous utilisez ces applications, ne paniquez pas ! Tinder & Co n’ont pas eu la peau du romantisme. Du moins pas complètement. "Ces applications le 'tuent' à la surface des choses, en  apparence, analyse Jean-Claude Kaufmann. Mais en même temps, le rêve du romantisme est toujours là. Il n'ose juste pas s'exprimer. L’air du temps n’est plus au sentimental ou alors de manière détournée et secrète".

Bien que les sites de rencontre sont majoritairement utilisés pour des relations "occasionnelles", et "sexuelles", selon une étude de l'Ined réalisée en 2013, 9% des couples français se sont rencontrés sur un site ou une application de rencontre entre 2005 et 2013. Preuve que les histoires d'amour existent aussi sur Tinder ou Happn. 

C'est le cas de Marianne, en couple depuis un an et demi. Elle vit aujourd'hui avec son copain et n'a aucune gêne à dire qu’ils se sont rencontrés sur Tinder. "Il y a un moment où la magie de la rencontre l’emporte, tempère Jean-Claude Kaufmann. Ils se sont abandonnés à l’instant et à la rencontre. C’est ce qui nous sauve car pour rentrer dans une histoire, il y a un moment où il faut se lâcher". Le plus simple reste encore d’en juger vous-même. Alors, à vos smartphones !

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VIDÉO - Quand sentir mauvais sonne la fin du couple

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