Salah Abdeslam : pourquoi des ténors du barreau acceptent-ils de se faire "l'avocat du diable" ?

SOCIÉTÉ
JUSTICE - Jacques Vergès, Eric Dupont-Moretti, Franck Berton... Tous ont un jour assuré la défense dans une affaire ultra médiatisée. Pourquoi ces ténors du barreau acceptent-ils de défendre "l'indéfendable", et comment des détenus comme Abdeslam peuvent-ils s'offrir leurs services ?

Jacques Vergès a notamment défendu le nazi Klaus Barbie en 1987. Eric Dupont-Moretti s’est forgé une réputation nationale en obtenant en 2004 l’acquittement de Roselyne Godard, la "boulangère" de l'affaire d'Outreau, et défend désormais Abdelkader Merah. Aujourd’hui, Franck Berton assure la défense de Salah Abdeslam, le seul survivant des commandos du 13 novembre - "J'ai hésité" à le faire, a-t-il confié sur France 2 mercredi. Pourquoi ces ténors du barreau défendent-ils des détenus que l’opinion publique rejette, et qui n’ont à priori pas les moyens de les payer ?

"Pour le challenge. Pour le profit médiatique", répond maître Emmanuel Pierrat. Contacté par metronews, ce dernier dresse le portrait un brin sadique, mais réaliste, de l’avocat qui accepte d’assurer la défense d’un dictateur ou d’un terroriste. "Parce qu’on n’a rien à perdre", explique-t-il. "Au pire, le client est condamné à perpétuité et c’est ce qui était prévu. Au mieux, on obtient une réduction de peine ou des excuses publiques. Au pire", insiste Emmanuel Pierrat, "on est un avocat normal et humain, au mieux, on est un super avocat". En défendant un client comme Salah Abdeslam, résume-t-il, "on ne peut faire que mieux".

L’appât du gain

En outre, défendre un terroriste, c’est un peu rouler sa bosse, faire marcher son commerce. "C’est nécessaire dans un métier où la publicité est interdite", souligne Emmanuel Pierrat. Pour lui ainsi, "maître Berton peut perdre trois clients qui ne voudront pas être représentés par le même avocat qu’un terroriste du 13 novembre. Mais à l’inverse, il héritera d’un grand nombre de dossiers". Peu importe, donc, que l'avocat reçoive des menaces de mort, comme le défenseur belge d'Abdeslam Sven Mary , ou travaille sans relâche pour trois sous : le gain est réel car l’aspect médiatique d’une affaire est une mine d’or, que l'on appartienne ou non à la catégorie très "select" des "ténors du barreau". D'autant que dans ces situations, même si les avocats ne communiquent jamais sur leurs honoraires, ou alors pour dire qu'ils sont symboliques par rapport à la charge de travail effectuée, les familles se collectent souvent pour réunir des fonds. Dans le cas d'Abdeslam, Franck Berton a indiqué à FranceTVinfo  qu'il serait rémunéré au tarif de "l'aide juridictionnelle, comme pour tous les clients n'ayant pas les moyens de payer leur défense".

Mais tous les avocats ne sont pas en mesure d’assurer la défense d’un terroriste. Ceux qui représentent de grandes entreprises ou de grandes institutions ne peuvent pas se le permettre. Le pénaliste lillois Franck Berton, lui, ne porte à priori aucunement préjudice à sa clientèle en assurant la défense d’Abdeslam. 

Les enjeux humains

Pour Me Anne-Sophie Laguens, ancienne avocate commise d’office d’Abdelkader Merah, "chaque avocat a sa propre liberté de conscience". La concernant, tout est une question d’engagement. "On a accepté une mission, on l’assume. En tant qu’avocat commis d’office, on remplit toutes les missions qui nous sont confiées". Et ce même si le client s’avère être le frère de Mohamed Merah,  explique-t-elle à metronews. Parfois poursuit-elle, un dossier devient exaltant quand "les enjeux sont humains, plein de nuances".

Tout est affaire de challenge, donc. Mais comment passer outre les atrocités commises ? Emmanuel Pierrat de répondre : "En enlevant sa robe d’avocat le soir".
 

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