Un an après l'assassinat de Samuel Paty, son collège tente de reprendre une vie normale

Manifestation en hommage à Samuel Paty à Paris le 18 octobre 2020.

PENSÉES - Un an après l'assassinat de Samuel Paty, la France s'apprête à honorer sa mémoire, notamment dans les écoles où élèves et professeurs respecteront une minute de silence. Avec une émotion plus vive encore au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine où enseignait ce professeur d'histoire.

Un an après, élèves, parents et enseignants n'ont pas oublié Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie assassiné il y a un an pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses étudiants. À deux jours d'une série d'hommages, ses anciens élèves confient ne plus vouloir "déprimer". "J'essaie de commencer une bonne année, l'année dernière c'était pas 'ouf'", explique à l'AFP Anna, 14 ans. "Personnellement, j'ai pas besoin d'un hommage pour aller mieux", dit l'adolescente, "mais si c'est organisé, j'irai par respect".

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Samuel Paty, un an après

Six mois après l'attentat, qui avait eu lieu à la veille des vacances de la Toussaint, dans une rue voisine du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, Anna avait partagé sa grande colère. Mais aujourd'hui, l'adolescente dit vouloir "changer de mentalité". "Je retiens la date, je pense encore un petit peu à ça, mais je ne me sens pas forcément triste et plus du tout en colère", confie-t-elle. 

Comme Anna, de nombreux jeunes préfèrent ne plus parler de l'attentat, malgré leur affection pour "Monsieur Paty". Dans un texto, Mélanie s'excuse : "Désolée, mais ressasser le passé serait trop dur pour moi, j'essaie d'aller de l'avant en oubliant cet événement". "On n'en parle plus" non plus chez Lise, dont le fils, élève de Samuel Paty, vient de passer en troisième. "Ça permet de faire redescendre les tensions", se félicite-t-elle.

En revanche pour Lola, 13 ans, qui a régulièrement cours depuis la rentrée dans l'ancienne classe de Samuel Paty, "c'est dur d'être dans la salle d'une personne qui était là, et qui n'est plus là". "Je me dis : si ça se trouve, il a touché cet objet ou cet objet-là. Ça me fait bizarre, mais ça ne me rend pas triste", avance-t-elle. Pendant plusieurs mois, Lola avait peur d'autres attaques. "Maintenant on n'a plus peur", assure l'élève, qui ne "se rend même plus compte" des grilles de sécurité qui se dressent désormais devant le collège.

"La peur de flancher"

Du côté des collègues de Samuel Paty, le traumatisme est encore bien présent. "Il n'y a pas un matin où on ne pense pas à lui", dit une enseignante. "Je passe le cœur serré" devant sa classe, abonde une autre dans les premiers entretiens, anonymes, que ces profs ont accordé à Libération et France Inter. Ils décrivent aussi combien il leur a été "compliqué" de refaire classe après l'attentat. Outre "la peur de flancher" s'est ajoutée la difficulté de faire face à des élèves dont certains étaient impliqués. 

Cinq collégiens ont été mis en examen pour avoir, contre de l'argent, permis au tueur d'identifier le professeur de 47 ans. "Qu’un élève soit mis en examen, ça m’a achevée. C’était un élève que j’aimais beaucoup", explique ainsi une enseignante. La méfiance s'est parfois immiscée à l'égard des étudiants. "Je les regardais autrement, je me demandais : 'est-ce que lui n’a pas été impliqué dans l’attentat ?'", reconnaît une professeure.  

Leur métier s'est par ailleurs avéré plus difficile depuis l'attentat. "On va éviter certains sujets qui peuvent être polémique", explique l'un d'eux, "on ne sait pas ce que les élèves peuvent raconter". "Maintenant je pèse chaque mot", explique une autre.

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Après l’attentat, une cellule médico-psychologique d’urgence avait reçu 207 personnes (élèves, parents et personnels) en une semaine, selon le rectorat de Versailles. Une "cellule d’écoute académique" s’était également entretenue avec plus de 120 personnels et élèves de l’établissement. Puis le dispositif d'accompagnement avait été allégé. Un an après, un recueillement à huis clos est prévu vendredi 15 octobre dans le collège. 

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