"On a peur qu'il y ait des morts" : pourquoi les sages-femmes font à nouveau grève

"On a peur qu'il y ait des morts" : pourquoi les sages-femmes font à nouveau grève

COLÈRE - Pour la cinquième fois de l'année, les sages-femmes se mobilisent ce 7 octobre. Leurs revendications restent inchangées : obtenir davantage de moyens humains et une revalorisation de leur statut au sein de la fonction publique.

Depuis le début de l'année, elles sont déjà descendues cinq fois dans la rue pour réclamer reconnaissance et effectifs. Les sages-femmes prendront part à une nouvelle journée de mobilisation ce jeudi et celle-ci s'annonce déjà très suivie à travers l'Hexagone. "À ce stade, on peut parler d'exaspération", résume Caroline Combot, secrétaire générale de l’ONSSF, l'une des deux principales organisations syndicales de la profession, précisant qu'"autour de 5000 grévistes sont attendues" sur les 23.500 sages-femmes en France. 

"Celles qui n'auront pas été requestionnées pour assurer le service minimum d'urgence et qui le peuvent iront à Paris pour manifester au pied du ministère" espérant "être reçues par Olivier Véran". Leur objectif : que leurs revendications "inchangées mais assumées" soient enfin entendues. Car "il y a urgence".

"Les sages femmes dans une colère noire"

"Après les annonces d'Olivier Véran mi-septembre, ça a explosé aussitôt, les sages-femmes étaient dans une colère noire", explique Caroline Combot, rappelant que si la profession a obtenu une revalorisation salariale à l'occasion du Ségur de la Santé, c'est avant tout de moyens humains, dont elle a besoin. "On a vécu un été très difficile dans les maternités et cette pénurie de sages-femmes se poursuit dans de nombreuses maternités en manque d'effectif chronique", poursuit la représentante de l'Organisation nationale syndicale des sages-femmes

Évoquant des "conditions de travail déplorables", elle déplore que "malgré cette urgence ressentie avec un risque sanitaire véritable que l'on fait courir aux familles les demandes de la profession n'ont pas été comprises et entendues". Or, estime-t-elle, "le combat des sages-femmes, c'est celui des femmes, si les sages-femmes se battent, c’est pour être efficaces et bienveillantes au quotidien". Et de détailler : "Ce qu'on dénonce, c'est les conditions offertes aux familles, aux couples, aux bébés qui reviennent à négliger le thématique de la périnatalité en France aujourd'hui."

"Défaut de moyens humains"

Si "la naissance est un moment humain que les femmes ne vivent pas cent fois dans leur vie, elles ont des attentes et besoin d'une présence humaine qu'il n'est plus possible de leur offrir, en pratique elles se retrouvent dans des maternités seules avec le partenaire et une équipe médicale qui fait des apparitions de temps en temps", souligne-t-elle. "Où est l'humain là-dedans ?"

Sur le terrain, les exemples témoignant des conséquences malheureuses pour les familles de ce manque d'effectif, ne manquent pas, à en croire les témoignages qui sont récemment remontés à l'organisation. "Heureusement que ça n'est pas tout le temps comme ça, mais il y a quelques jours, trois sages-femmes d'un service, accompagnées du médecin de garde, ont eu à gérer en une nuit, douze heures exactement, 14 naissances", raconte Caroline Combot. 

"Il y a quelques semaines, un bébé est mort, parce que pendant vingt minutes sont cœur a ralenti alors que toutes les équipes étaient très occupées, et quand la mère est arrivée au bloc pour une césarienne d'urgence, son bébé n'a jamais pu être ranimé", témoigne-t-elle encore, affirmant que ce cas n'a pas été médiatisé par respect pour la douleur des familles. "Mais à un moment, il faut dire les choses, c'est de ça dont on a peur : qu'il y ait des morts (...) on ne veut pas que les sages-femmes soient responsables de morts maternelles et infantiles par défaut de moyens humains".

"Un problème de recrutement jamais connu"

La principale revendication des sages-femmes reste celle d'"une réflexion sur le métier dans sa globalité, quels que soient les modes d'exercice, pour permettre de l'attractivité", a poursuivi la responsable de l'ONSSF, citant en particulier la question du statut. "On a un problème de recrutement jamais connu auparavant. Pourquoi ? Parce que les conditions statutaires des sages-femmes ne sont pas satisfaisantes. Mais personne, à part nous, ne veut toucher au statut des sages-femmes pour rendre les carrières plus attractives."

"Ce n'est pourtant pas la première fois que la profession connait un long mouvement de protestation", rappelle-t-elle aussi, évoquant celui de 2013-2014. "Des travaux ont été menés par la suite, mais ce qui en est sorti n'a jamais été mis en pratique et est totalement obsolète", résume Caroline Combot, raison pour laquelle "c'est reparti pour un tour".

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Plus largement, la profession se sent "invisible" et "toujours oubliée". "Le métier a changé un peu de visage ces dernières années, on nous a donné des compétences supplémentaires en 2019, notamment concernant la lutte contre l'endométriose, mais paradoxalement il n'y a aucune communication à ce sujet", détaille-t-elle, s'appuyant sur des exemples d'actualité. 

"Il y a quelques jours, le ministère de la Santé appelait à 'parler à son médecin' à l'occasion de la journée internationale du droit à l'IVG ou de l'opération 'octobre rose' alors qu'on est aussi compétentes sur ces sujets." Car, si de nombreuses patientes l'ignorent encore, "les sages-femmes font depuis 12 ans des suivis gynécologiques et certains actes et peuvent prescrire des médicaments".

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