Scandale chez EELV : a-t-on cherché à étouffer l’affaire Baupin ?

Scandale chez EELV : a-t-on cherché à étouffer l’affaire Baupin ?

DirectLCI
SCANDALE – Accusé de faits de harcèlement et d’agression sexuelle par quatre élues et collaboratrices d’Europe Ecologie Les Verts, le député Denis Baupin se retrouve au cœur de la tourmente. Et au sein du parti, les langues se délient. Si beaucoup semblaient au courant, peu souhaitaient que l’affaire sorte. Des écrits universitaires, datant de 2013, évoquent même des pressions financières.

Les révélations font l’effet d’une bombe. Ce lundi 9 mai, Mediapart relaye le témoignage de plusieurs élues et collaboratrices du groupe EELV. Toutes soutiennent avoir été victimes de harcèlement et d’agression sexuelle de la part de Denis Baupin, député de Paris, désormais ex vice-président de l’Assemblée nationale et membre, jusqu’à récemment, d’Europe Ecologie Les Verts. Des faits aujourd’hui prescrits, qui ne peuvent plus faire l’objet d’une plainte. C’est que l’omerta est dure à briser. Avant d’oser prendre la parole, ces femmes qui ont témoigné ont-elles subi des pressions en interne ?

Un document, cité dans l’enquête de Mediapart, évoque, sans le citer, ce "DSK des Verts", au cœur d’une affaire "jamais dénoncée (…) qui aurait même suscité l’intervention d’une dirigeante proposant d’importantes sommes d’argent aux salariées du siège harcelées afin qu’elles ne déposent pas plainte." La politiste Vanessa Jérôme , auteure de ce texte, n’a pas donné suite à nos sollicitations. Mais ces quelques lignes, écrites en 2013, permettent de mettre en perspective les faits dénoncés par les quatre élues.

EN SAVOIR + >> Harcèlement sexuel : "Il y a beaucoup de pressions sur les victimes pour qu'elles la ferment"

Une intention tuée dans l'œuf

Parmi elles, Annie Lahmer, conseillère régionale Ile-de-France EELV, qui décrit auprès de Mediapart comment, "seule avec Denis" Baupin, dans une pièce, "il s’est mis à courir autour du bureau" après elle. Lui a-t-on proposé une somme d’argent pour la faire taire ? A-t-elle reçu des pressions financières pour garder le secret ? Contactée par metronews, l’élue assure "ne pas en avoir reçues" mais reconnaît tout-de-même, au sujet de cette pratique, "en avoir entendu parler". Elle ajoute : "Si cela concernait l’une de nous quatre, qui avons pris la parole aujourd’hui, nous l’aurions rendu public."

Pour en savoir plus, metronews a interrogé Yves Contassot, membre d’EELV et conseiller de Paris. Il nous l'assure : il n’a jamais eu vent "de marchandage financier". Mais se souvient en revanche vivement d’un conseil national du parti, en mai 2015, au cours duquel la commission féministe a vu sa tentative de rendre publics des faits de harcèlement tuée dans l’œuf… par Emmanuelle Cosse, alors secrétaire nationale d’EELV et épouse de Denis Baupin. "La commission féministe a pris la parole pour alerter sur plusieurs témoignages", raconte-t-il. "Emmanuelle Cosse est montée à la tribune. Elle a demandé qu’on arrête d’en parler, parce que ce n’était pas à l’ordre du jour. Il faut savoir que ni le nom de Baupin, ni les faits précis n’étaient alors cités."

EN SAVOIR + >> Qui est Denis Baupin, le député écolo accusé de harcèlement sexuel ?

Des victimes aujourd'hui accusées

Si les pressions financières semblent difficiles à prouver, les griefs retenus contre Denis Baupin semblent, pour beaucoup, ne pas être une découverte. Mais là encore, Yves Contassot nuance : "Tout le monde savait que Denis Baupin était un dragueur pas très subtil. Mais de là à faire du harcèlement, il y a une marge. C’est aller un peu trop loin que de dire que tout le monde était au courant."

EN SAVOIR + >>  Affaire Denis Baupin : les politiques indignés (sauf Gilbert Collard)

Mais ceux qui savaient, alors, pourquoi n’ont-ils pas parlé ? Réponse d’Yves Contassot : "C’est très compliqué dans le champ politique, où la calomnie est très fréquente. On ne veut pas prêter le flanc à ce genre de dérives. D’ailleurs, aujourd’hui, on voit bien que les quatre femmes qui dénoncent sont à leur tour accusées…(de mentir, ndlr) Nous n’avons pas été assez vigilants, nous avons notre part de responsabilité, c’est sûr."

Et l’élu de reconnaître l’urgence à "redéfinir des procédures au sein du parti, car on n’est jamais à l’abri de ce genre de maladie". Des garanties de protection, c’est aussi ce qui a poussé Annie Lahmer à prendre la parole. "Je témoigne pour les autres – car oui, je pense que d’autres témoignages vont arriver. J’aimerais qu’à présent, on mette en place une commission pour éviter ce genre d’attitude." Contactées, les autres victimes n'ont pas donné suite.

EN SAVOIR + >>  Denis Baupin accusé d'agression sexuelle par des élues

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter