Verbalisation du harcèlement de rue : "Il faut changer la relation au corps de la femme dans l’espace public"

SOCIÉTÉ

HARCÈLEMENT DE RUE - Une amende verbalisera à partir de l'automne 2018 les cas de harcèlement de rue. Retour sur l'origine de cette mesure, pour laquelle nous avions interrogé Laetitia Avia, députée de la majorité, à l'automne dernier.

Le harcèlement de rue bientôt verbalisé. C'est ce qu'a annoncé la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa, le 29 juillet, en indiquant la mise en place d'une amende dès l'automne prochain pour sanctionner ces comportements délictueux. Une disposition figurant dans la loi contre les violences sexistes et sexuelles, qui vient de faire l'objet d'un consensus en commission mixte paritaire. 

Ce sujet avait l'objet d'un groupe de travail composé de quatre députées et un député  : Laetitia Avia (REM), Elise Fajgeles (REM), Marietta Karamanli (Nouvelle Gauche), Erwan Balanant (MoDem) et Sophie Auconie (les Constructifs). 

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Harcèlement de rue : des comportements trop courant, des plaintes trop rares

lls avaient été  chargés de :

- caractériser et proposer une définition du harcèlement

- établir le processus de verbalisation en lien avec les forces de l'ordre

- sécuriser les aspects juridiques tout en s'assurant de ne pas dégrader les plaintes actuelles pour agressions sexuelles

- établir des préconisations sur la stratégie de communication

Pour mieux comprendre les enjeux de ce groupe de travail et faire un point sur la situation actuelle, LCI avait interrogé la députée Laetitia Avia*. Nous republions son interview à l'occasion de l'annonce de Marlène Schiappa, concomitante à un fait divers qui avait par ailleurs vu une jeune femme être frappée après avoir répondu à son harceleur en pleine rue.

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LCI.fr : Qu'est-ce qui a motivé votre décision de faire partie de ce groupe ?

Laetitia Avia : Lorsque Marlène Schiappa a lancé ce groupe de travail, j’ai été contactée et j’ai tout de suite dit oui. J’avais travaillé auprès d'elle dès la présidentielle sur tous les sujets de l'égalité femme/homme, des violences faites aux femmes, de la culture du viol… C'est aussi un sujet qui me touche en tant que femme. Je vis tous les jours le harcèlement de rue. L'annonce de ce groupe de travail permet de remettre ce sujet dans le débat public. Il va falloir changer cette culture de la relation au corps de la femme dans l’espace public.

LCI.fr : Quel constat faites-vous aujourd'hui du harcèlement de rue ?

Laetitia Avia : On est dans une "zone grise". Aujourd'hui quand une femme se fait siffler dans la rue, insulter ou suivre, ça n'entre pas dans la caractérisation de l’agression ou du harcèlement car il n'y a pas d'éléments de preuve. Ça ne sert à rien d'aller déposer plainte contre X car les éléments ne sont pas suffisants. Il faut absolument encadrer les choses et détacher la définition de harcèlement de celle qui existe aujourd’hui. Le second élément est de savoir quels moyens donner aux agents. Comment les accompagner, les former à la gestion de ces situations ...?

LCI.fr : Qu’attendez-vous concrètement de ce groupe de travail ?

Laetitia Avia : On va créer une nouvelle infraction, en définir les contours, les éléments de preuve et déterminer la sanction : une verbalisation suivie d’amende. Le but c’est l’immédiateté de la sanction accompagnée du développement de la police du quotidien. On va envoyer deux messages très importants à la société : le premier aux victimes pour dire qu’on ne tolère plus qu’il soit porté atteinte à leur dignité dans l’espace public. Le second à ceux qui ont ces comportements pour leur dire que c’est illégal et qu'il seront surveillés de près.

LCI.fr : On a beaucoup parlé de la Chapelle-Pajol, mais existe-t-il vraiment des endroits plus à risque que d'autres ?

Laetitia Avia : Il y a des endroits où on est peut-être moins à l’aise quand on est une femme. On prend souvent l’exemple du quartier de la Chapelle-Pajol où une femme y réfléchira deux fois avant de mettre une jupe. Mais il ne s'agit pas de stigmatiser une partie de la population ou certains quartiers car ces comportements peuvent apparaître n'importe où et existent partout.

*Interview publiée le 19 septembre 2017 au moment de la création du groupe de travail

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