Fatigue des enfants, coût pour les communes... Trois questions autour de la réforme des rythmes scolaires

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ÉCOLE - A l’occasion du Congrès des maires de France, une enquête a été menée sur l’impact de la réforme des rythmes scolaires. Depuis sa mise en place, cette réforme soulève de nombreuses interrogations chez les parents comme chez les maires. Quel impact sur la fatigue des élèves ? Cela coûte-t-il vraiment plus cher aux communes ? Eléments de réponse.

La réforme des rythmes scolaires nuit-elle à la santé des enfants ?

C’est l’une des critiques les plus récurrentes contre la semaine de 4,5 jours : cela fatigue davantage les enfants. Pourtant, les études menées pour évaluer le niveau de fatigue des plus petits montrent que la réforme des rythmes scolaires n’a pas forcément l’incidence qu’on lui prête. Certes, les élèves d’aujourd’hui sont globalement plus fatigués que ceux qui fréquentaient les bancs de l’école il y a quinze ans, mais les causes sont à chercher ailleurs. Selon trois chercheurs des universités de Tours et d'Orléans, qui ont étudié en 2016 les effets des nouveaux rythmes scolaires, c’est avant tout la variation des horaires de coucher entre la semaine et le week-end qui est responsable de cette fatigue. 


La présence d’écrans (télévision ou ordinateur) dans la chambre n’est également pas propice à un sommeil des plus réparateurs. Cette étude, commandée par le ministère de l’Éducation, n’avait par ailleurs pas constaté de baisse de l’attention des élèves au cours de la semaine. 


Le chronobiologiste et membre de l’Académie de médecine, Yvan Touitou, partage ce point de vue. Interrogé lors de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, il avait expliqué que la semaine de 4 jours était déjà très fatigante pour les élèves et qu’un étalement des cours sur 4,5 jours était plus bénéfique. "Ils ont une semaine très courte et des journées très longues mais seulement 144 jours d’école contre 180 chez la plupart de nos voisins européens. Ça les fatigue beaucoup. Il s’agit d’un problème de santé et pourtant, on observe une sorte d’égoïsme corporatiste de certains adultes, parents d’élèves ou instituteurs, qui mettent leur qualité de vie au centre du débat, plutôt que l’enfant", disait-il.

Cela coûte trop cher aux communes ?

Il est difficile d’affirmer que la semaine de 4 jours coûte véritablement plus cher que la semaine de 4,5 jours, tant les contraintes budgétaires sont différentes en fonction de la taille des communes et même entre les communes de taille similaire. A l’occasion du Congrès des maires de France, cette enquête, à laquelle ont participé 6500 communes, a été menée pour tenter d’y voir plus clair. Il en ressort que 73% des communes qui sont revenues à la semaine de 4 jours cette année ont tout de même réalisé des économies. Cependant, les villes et villages qui sont restés à 4,5 jours n’ont pas vu leurs dépenses s’envoler pour autant : 52% d’entre elles estiment que le coût de la réforme (hors aides de l’État) est stable quand 46% le jugent en hausse. Les aides de l’État n’y sont sans doute pas pour rien. D’ailleurs, 91% des communes qui conservent la semaine des 4,5 jours envisageraient un retour à la semaine de 4 jours en cas de suspension du fonds de soutien.

Des parents toujours divisés ?

A l’image des positions de deux principaux syndicats de parents d’élèves, la FCPE et la PEEP, qui ne partagent pas la même position sur cette réforme (la première y est favorable, pas la seconde), les parents demeurent très divisés sur les bienfaits du retour de la semaine de 4,5 jours. Certains jugent que cela correspond aux besoins des élèves, d’autres, au contraire, estiment que cela nuit à leur réussite. Pas étonnant, face à cette guerre de tranchées, que les maires soient tout autant divisés. Ce qui explique qu’environ 40% des communes avaient saisi l’opportunité offerte par le ministre de l’Education nationale de revenir à la rentrée 2016/2017 à la semaine de 4 jours. Un chiffre que devrait encore progresser l’an prochain. Selon l’AMF, entre 40 et 45% des communes envisagent de faire de même à la rentrée prochaine.  

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