"Sentiment de gros gâchis", stress et crises de larmes : les vacances éprouvantes des galériens de Parcoursup

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TÉMOIGNAGES - Ils sont encore des milliers à ne pas avoir obtenu de réponse via la plateforme Parcoursup. Entre stress, espoir et dépit, nous avons interrogé certains de ces futurs étudiants, à quelques jours de la rentrée.

La rentrée universitaire approche à grand pas : la promesse de prendre son envol et de se lancer à corps perdu dans des études réellement choisies pour certains futurs étudiants. Pour d'autres en revanche, le tableau est moins beaucoup idyllique. La procédure de Parcoursup se termine le 5 septembre prochain et à deux semaines de la fin annoncée du processus, de très nombreux étudiants sont toujours sans affectation. L'attente est longue pour ces jeunes, et la situation parfois difficile nerveusement. 

Avec un miracle, je vais peut-être arriver à être dans les premiersAntoine, étudiant (pour le moment) sur le carreau

Antoine*, étudiant dans le sud, s'est inscrit à l'UFR de droit et science politique de sa ville de résidence. Tout en gardant l'espoir de décrocher une place dans la filière idéale, il doit se résoudre à envisager de ne s'inscrire qu'en droit. Mais là-aussi, la situation sur liste d'attente n'évolue que très peu, voire pas du tout selon les semaines. Cela amène beaucoup d'"engueulades avec ma mère", confie-t-il à LCI. "On est dans une situation financière délicate. Ça créé forcément des conflits et ça déprime un peu". 


Cette attente tend à le démotiver, mais le jeune homme relève qu'il est toutefois "largement moins à plaindre que beaucoup d'autres". "Il me reste quand même une issue de secours", précise-t-il : "Avec un miracle, je vais peut-être arriver à être dans les premiers" avant la date butoir fixée au 20 septembre.

Comme Antoine, Zaïnebe est toujours sans affectation après avoir demandé à intégrer un BTS en alternance. "Une semaine après le bac, un lycée m'avait enfin dit oui, sauf qu'il faut apparemment "accepter" quand un vœu est positif, et on a trois jours pour le faire. Je n'avais pas compris ce système, mon vœu s'est automatiquement vu refuser. Donc actuellement, je suis toujours en liste d'attente, sans solution pour la rentrée car je n'ai ni alternance, ni lycée", soupire-t-elle. A cela se rajoutent les problématiques de logement qu'il va falloir trouver rapidement, et les soucis financiers. 


Alors forcément, les vacances n'ont pas permis à la jeune femme d'aborder la rentrée sereinement... "Je ne suis pas partie parce que mes finances ne me le permettent pas. J'ai cherché à travailler mais je n'ai jamais eu aucune réponse à mes candidatures, alors j'ai décidé de mettre en place une cagnotte pour m'aider", nous raconte-t-elle. "Je ne suis pas du genre à stresser de manière visible, mais la nuit par exemple, je n'arrive pas à m'endormir tout de suite, ou alors je me réveille plusieurs fois. Je perds beaucoup de cheveux aussi... Enfin, ce ne sont pas des vacances reposantes, quoi", dit-elle. 

J'ai abandonné mes vacances pour rester chez moi et trouver des solutions au cas où je n'ai aucune réponse d'ici la rentrée ... Maxime, étudiant en attente d'affectation

Du côté de Lyon, la situation de Maxime* n'est pas meilleure. A quelques jours de la rentrée, le jeune homme n'a pas reçu d'affectation, lui non plus. Après avoir demandé d'intégrer une formation en STAPS, le voilà sur une liste d'attente "interminable" dans deux universités. Ses vacances ? "Est-ce que je peux appeler ça des vacances vu la façon dont le stress m'a rongé ?", s'interroge-t-il. 


"Mes parents avaient réservé de superbes vacances. Comme toutes les personnes qui sont sur Parcoursup, je regardais tous les matins si ma place avait évolué dans les listes, jusqu'au jour où j'ai abandonné mes vacances pour rester chez moi et trouver des solutions au cas où je n'aurais aucune réponse d'ici la rentrée", poursuit-il. 


"J'ai contacté Parcoursup pour qu'ils m'aident, mais à part envoyer des mails pour nous dire de démissionner, je ne vois pas ce qu'ils ont fait d'autre", déplore le jeune homme. Alors à quelques jours de cette rentrée, même s'il espère toujours être accepté via Parcoursup, il commence  à s'activer pour trouver une solution de repli "en dehors". Comprenez "trouver un travail ou suivre une formation en école privée". 

On a envie d'un système qui n'ajoute pas du stress au stressAngèle, maman d'une future étudiante en licence

Pour Angèle*, maman d'une future étudiante se trouvant sur une liste d'attente de bi-licence, avec Parcoursup, "il y a le sentiment d'un gros gâchis". "Je vois tous les jours sur Twitter des lycéens dans le même cas qui renoncent à des formations sur lesquelles ils sont encore en attente et se rabattent sur des vœux de secours", explique-t-elle à LCI. Elle confie que l'année a été extrêmement stressante pour toute la famille. "L'ambiance chez nous était terrible, ma fille faisait des crises de larmes chaque semaine, ne se sentait pas à la hauteur de tout ce qu'on exigeait d'elle. Elle a mal vécu cette prise en compte de ses résultats alors qu'elle avait eu des problèmes de santé au premier trimestre et qu'elle ne savait pas comment mieux valoriser son dossier", raconte cette maman. 


Et puis chaque matin, la consultation du site, au petit déjeuner, "en essayant de calculer ses chances d'obtenir de meilleurs vœux". Après des semaines d'attente, il faut toutefois s'inscrire dans le concret. "Aujourd'hui seulement, j'ai validé définitivement son vœu en licence car elle est toujours 9e pour la bi-licence qu'elle souhaite intégrer. On a envie de pouvoir finaliser l'inscription, avoir son emploi du temps, s'organiser pour la rentrée", raconte cette maman, lassée. "On ne se plaint pas trop, lâche-t-elle néanmoins. Ma fille a une place dans une filière qui peut lui permettre d'atteindre ses objectifs". "C'est la vie, on n'est pas des bisounours, mais on a envie d'un système qui n'ajoute pas du stress au stress", philosophe Angèle. 

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Parcoursup : Frédérique Vidal confirme que l'Etat a débloqué des financements pour aider les élèves qui devront s’éloigner de chez eux

Du côté du gouvernement, la ministre Frédérique Vidal a assuré ce matin qu'il y aurait "un bilan à la fin septembre", et que "s'il faut ajuster des choses, on les ajustera". Un bilan qui se fera "avec l'ensemble des acteurs, présidents d'université, enseignants chercheurs, etc.", a-t-elle ajouté sur France Inter.


Selon les derniers chiffres donnés par son ministère de l'Enseignement supérieur, ils sont un peu plus de 150.000 à ne pas savoir de quoi sera faite leur rentrée : environ 97.000 étudiants ont obtenu une place dans l'un des établissements choisis sur Parcoursup mais attendent qu'une place se libère dans un autre établissement que celui désigné, et 15.443 futurs étudiants n'ont toujours pas reçu de proposition pour la rentrée. Et les ex-lycéens sont 47.058 à être catégorisés comme "inactifs", à savoir qu'ils n'ont pas répondu aux sollicitations qui leur proposaient de s'inscrire dans la phase complémentaire ou à avoir recours à un accompagnement personnalisé, indiquent les chiffres de la plateforme en date du 22 août. 

* Les prénoms ont été changés 

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