La détresse psychologique des enfants à l'épreuve du covid

La détresse psychologique des enfants à l'épreuve du covid

DOCUMENT – Troubles alimentaires, dépression, pensée suicidaire… La crise du Covid-19 a eu des conséquences importantes sur la santé mentale des enfants et des adolescents. "Sept à Huit" s’est rendu dans une clinique spécialisée qui accueille ces victimes collatérales.

À la clinique psychiatrique Lautréamont à Loos (Nord), les entrées et sorties se succèdent à un rythme effréné depuis le début de la crise sanitaire. Ce jour-là, Théo vient consulter pour la première fois. Le jeune garçon, âgé de 11 ans, a sombré dans la dépression après le premier confinement. Il a mal vécu la vie familiale en vase clos et l’école à la maison. Le jeune garçon a tenté de mettre fin à ses jours en se coupant au niveau des poignets et a menacé de se défenestrer. 

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Sept à huit

Depuis le début de la pandémie, les hospitalisations "psy" pour les enfants de moins de 15 ans ont augmenté de 80% et le nombre de tentatives de suicide a doublé en France. "Aujourd’hui, on a de plus en plus de jeunes de l’âge de Théo qui présentent des passages à l’acte, des idées suicidaires", constate Frédéric Kochman, médecin pédopsychiatre et coordinateur de l'équipe médicale de la clinique Lautréamont. 

Il y a un mois d’attente en moyenne pour obtenir une place dans cette clinique qui accueille les enfants de 8 à 15 ans. Une structure unique en France dont les frais d’hospitalisation sont pris en charge par la Sécurité sociale. Ici, les patients souffrent de dépression, de troubles alimentaires ou d’attaque de panique. Des pathologies en très forte augmentation depuis le début de la pandémie. En moyenne, les patients restent quinze jours, le temps de les remettre sur pied. Mais la plupart d’entre eux feront plusieurs séjours à la clinique.

Le manque de contact physique a un impact beaucoup plus important qu’on ne le pense sur la santé psychique des jeunes- Le Dr Frédéric Kochman

Juliette, 15 ans, souffre du syndrome Gilles de la Tourette, un trouble neurologique qui provoque, entre autres, de nombreux TIC. Sous l’effet du stress, sa maladie s’est aggravée depuis le début de la pandémie. C’est son quatrième séjour à la clinique en moins d’un an. "Ma mère… Enfin, c’est assez stressant quand même parce qu’elle est très à cheval sur le covid. Du coup, quand on est à la maison, on ne peut pas se faire de câlins. On doit désinfecter toutes les courses. On ne fait plus rien, quoi, et je ne peux plus inviter d’amis à la maison. J’essaie de ne pas trop voir de personnes. Parce que, du coup, ça fait un an qu’on fait attention, et si on l’attrape, bah... on culpabilise un peu", explique l’adolescente. 

Afin de les aider à surmonter leurs angoisses, tous les lundis matin, les onze patients de l’unité se retrouvent pour un groupe de parole avec médecins et infirmières. Sans parents à leurs côtés, la parole se libère, notamment concernant leurs angoisses nées avec le covid. Des angoisses qui se sont infiltrées dans les failles de ces enfants déjà fragiles. "Le manque de contact physique a un impact beaucoup plus important qu’on ne le pense sur la santé psychique des jeunes", souligne le Dr  Kochman. "On sait que le contact physique dans le développement de l’enfant et de l’adolescent, il est primordial, bien plus encore que chez l’adulte", poursuit le praticien. 

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Hypnose, méditation, casque connecté

Pour d’autres jeunes, les angoisses liées à la pandémie et au confinement s’expriment à travers la boulimie ou l’anorexie. La nourriture comme refuge face à toutes les contraintes imposées par le confinement. Pour Léa, l’élément déclencheur de ces crises a été l’ennui. Le sentiment de vivre éternellement un jour sans fin. "Dès que je ne savais pas quoi faire, je me mettais devant ma télé, je mangeais, je mangeais, je n’arrêtais pas. Et du  coup, après, j’ai fait une grosse période d’anorexie pendant trois mois au collège. J’ai arrêté de manger totalement quasiment… J’ai perdu 15 kilos", explique l'adolescente.

Pour apaiser leurs angoisses, le Dr Kochman utilise aussi la méditation ou encore l'hypnose, une technique scientifique au cours de laquelle l’attention au monde est diminuée, afin de réveiller la sensibilité du patient. Les patients ont aussi accès aux derniers outils high-tech médicaux pour comprendre comment fonctionne leur cerveau et se soigner eux-mêmes. Ce jour-là, le Dr Kochman fait découvrir aux jeunes un casque connecté qui permet de mesurer en temps réel la production d’ondes alpha, les ondes du bien-être et de la relaxation. Sur leur smartphone, ils peuvent suivre en direct leur activité cérébrale, une sorte d’encéphalogramme simplifié. Grâce à ce programme de 15 minutes, ils entraînent leurs cerveaux à se relâcher, en étant plongés dans un état méditatif. De quoi les aider à mieux gérer leurs angoisses et les troubles qui en découlent.

Des séances chez le psy pour les 3 à 17 ans

Face à une montée de la détresse due à la crise du Covid-19 chez les enfants et les adolescents, Emmanuel Macron a annoncé début mai la mise en place d'un forfait de prise en charge de dix séances de psychologue prépayées. Destiné aux 3 à 17 ans, ce dispositif s'adresse aux enfants et adolescents "présentant des troubles du comportement et des signes légers à modérer de détresse psychologique, suscitant l'inquiétude de l'entourage (famille, milieu scolaire, médecin généraliste, pédiatre, PMI par exemple)", a précisé mardi dans un communiqué le cabinet d'Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de l'Enfance. Le dispositif devrait être opérationnel d'ici à la fin mai, a-t-il précisé. 

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