Serge Lazarevic : l’ancien otage est-il vraiment "un SDF de la République" ?

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SOCIÉTÉ – Sept mois après son retour en France, Serge Lazarevic a accordé une interview à France Info pour évoquer son impossible retour à une vie normale. En cause, des freins administratifs, une santé fragile et des troubles psychologiques. Pourtant, les dispositifs pour aider les otages sont nombreux, comme nous explique la présidente de l'association Paris Aide aux Victimes.

"J’ai été abandonné, je suis un SDF de la République française." Sept mois après son retour en France, Serge Lazarevic a la dent dure contre le gouvernement. L’ancien otage, aux mains d’Aqmi au Sahel durant trois ans, a en effet accordé mercredi une interview à  France Info pour dénoncer son impossible retour à une vie normale.

Un quotidien devenu un enfer selon lui pour diverses raisons. Son logement ? Un simple studio, situé dans l’arrière-cour chez sa mère en Seine-saint-Denis. "C’est le Quai d’Orsay qui m’a amené ici. (...) Ma fille vient d’accoucher, j’ai trois petits-enfants, j’ai une femme que je ne peux pas voir parce qu’il n’y a rien. Il y a un lit et même pas une table et une chaise pour manger", détaille Serge Lazarevic. Et quand il se lance à la recherche d’un nouveau chez lui, l’ancien contremaitre âgé de 52 ans se heurte à l’administration : "Si je veux louer une maison, on me demande des déclarations d’impôts, si je vais dans une agence immobilière on me demande des fiches de paie et mes revenus. Ce sont des absurdités."

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"Je considère que j’étais mieux au Mali"

Même détresse sur le front de la santé pour celui qui souffre de troubles physiques et psychologiques, l’obligeant à passer du temps chez les médecins. "En plus, je suis dans un état dépressif. J’ai le bassin qui a été touché, j’ai pris des coups sur la tête, on m’a torturé, j’ai des problèmes de mémoire et d’oreille interne, et j’ai des vertiges tout le temps", abonde-t-il. Avant d’enfoncer le clou : "Je considère que j’étais mieux au Mali." Sollicité par Metronews, le Quai d'Orsay n'a pas donné suite.

Des propos qui interpellent Carole Damiani. Si elle reconnaît "certaines absurdités au sein de l’administration", la directrice de l'association Paris Aide aux Victimes, laquelle dépend du ministère de la Justice, défend avant tout "la palette de dispositifs qui existent pour aider les otages". "Reste aux personnes à s’en saisir", glisse-t-elle, amère. Il faut dire que, aussitôt après avoir atterri sur le tarmac de Villacoublay, les otages français disposent d’une large prise en charge. A l’issue d’une première visite médicale où un bilan physique et psychique est effectué, un suivi est systématiquement proposé. "Si les victimes ne la prennent pas, c’est leur choix", précise la directrice de l’association qui gère 8.000 personnes chaque année - victimes, en grande majorité, d'agressions, de violences quotidiennes ou conjugales.

Un très fort sentiment d'abandon

Dans la foulée, chaque otage se voit informé sur ses droits avant d’être mis en contact avec des avocats spécialisés ou des travailleurs sociaux. Aux commandes : le ministère de la Justice, le Quai d’Orsay ne supervisant que la période de détention puis les premiers jours du retour. La mairie dont ils dépendent est également mise à contribution, afin d’obtenir des facilités de logement. Côté financier, une provision sur leur future indemnisation est versée au cours du premier mois. L’indemnisation finale, elle, ne peut être versée que si un dossier est constituée par l’ancien otage. Encore faut-il que celui-ci trouve la force de s'en occuper. "Toutes les victimes sont traumatisées, que ce soit des otages ou des victimes du terrorisme, et il y a un très fort sentiment d’abandon. Cela fait partie du parcours, des étapes à traverser", constate Carole Damiani.

Est-ce mal-être qui a poussé Serge Lazarevic à pousser un coup de gueule ce mercredi ? "Ici, je ne sais pas pourquoi je suis là. Je cherche. Je ne me considère pas comme un héros mais je ne comprends pas ce qu’on fait avec moi depuis que je suis rentré. Ce que l’on veut faire avec moi. Et j’ai l’impression d’être invisible depuis que je suis arrivé", a regretté l’ancien otage sur France Info. Pour reprendre des forces, il devrait être hospitalisé dès cette semaine.

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