Sexe + webcam = danger pour les ados sur Internet

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DECRYPTAGE - Un enquête menée par le Irish Mirror révèle que la "sextorsion" prend de l'ampleur sur Internet. Un piège à la webcam qui a déjà poussé de jeunes victimes au suicide. Explication du phénomène.

A la croisée du cyber-harcèlement et de l'arnaque, un nouveau phénomène se développe sur Internet : la "sextorsion". Le principe : son auteur commence par se constituer un faux profil attirant, voire sexy, sur un réseau social, un site de rencontre ou un chat. Il aborde ensuite un internaute, auquel il propose de poursuivre  la conversation sur une plate-forme permettant la vidéocommunication (Skype, le plus souvent). Là, il obtient que son interlocuteur se déshabille devant sa webcam. Ce dont la victime ne se doute pas, c'est que de l'autre côté de l'écran, l'individu enregistre tout... Ce qui lui permet ensuite de menacer la personne piégée de publier les images ou les vidéos sur Internet s'il ne se soumet pas à sa volonté. Qui peut aller de la réalisation d'actes sexuels en webcam au paiement d'une certaine somme d’argent. D'où le nom donné au procédé, en mot-valise : sexe + extorsion.

Ce chantage, dans sa version pécuniaire, est le dernier avatar des "arnaques à la nigériane", ces escroqueries sur Internet qui se sont surtout développées depuis le continent africain. Dans sa version sexuelle, c'est un phénomène qui menace aujourd'hui "des milliers" d'adolescents, selon une enquête du Irish Mirror . Très présents sur les réseaux sociaux mais aussi moins réticents que leurs aînés à brancher leur webcam, les ados constituent en effet des proies faciles.

Des cas de suicide

Le drame, c'est que les jeunes sont également peu armés pour se défendre. Car une fois les photos/vidéos à caractère sexuel en possession de leur agresseur virtuel, ils sont souvent gagnés par la honte, et s'enfoncent dans le mal-être. L'exemple d'Amanda Todd a ainsi choqué le Canada en 2012. Cette jeune fille de 15 ans avait été convaincue par un homme de montrer ses seins, puis avait subi "une sextorsion" pendant près de trois ans. L'homme qui la forçait à réaliser des actes sexuels en live avait aussi publié des photos de ses seins. Jusqu'à ce que la jeune fille se suicide, désespérée. Avant ce terrible geste, Amanda a diffusé une vidéo sur Youtube , dans laquelle elle raconte son expérience traumatisante via une série de post-it. Au Royaume-Uni, Daniel Perry, 17 ans, s'est pendu l'année suivante, après avoir également subi une sextorsion.

En France, l'association "Aven Europe" tente d'aider les victimes. Camilla Pariso, responsable de son service juridique, assure à metronews recevoir 40 à 60 mails de plaintes par jour. Mais elle regrette que les pouvoirs publics n'aient pas assez pris la mesure du phénomène. La gendarmerie nationale a pourtant monté une division de lutte contre la cybercriminalité, qui s'attaque notamment aux arnaques à la webcam. La dernière chose à faire, pour une victime, est de se taire, préconisait son chef, le lieutenant-colonel Eric Freyssinet, dans une interview à MyTF1news en 2011. Et d'insister sur le fait que ce n'est pas la personne qui s'est déshabillée devant sa webcam qui est en faute : "Il ne faut donc pas avoir honte, ne pas payer et déposer plainte".

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