Sexisme, racisme... une étude révèle des pratiques discriminatoires dans plusieurs banques

Sexisme, racisme... une étude révèle des pratiques discriminatoires dans plusieurs banques
SOCIÉTÉ

INÉGALITÉS - La mairie de Villeurbanne présente jeudi les conclusions d'un test mené sur 35 établissements bancaires dans la banlieue lyonnaise. Il montre combien l'accès au prêt immobilier ou à la création d'entreprise peut avoir tout du chemin de croix selon votre sexe, votre patronyme ou votre couleur de peau.

"Le conseiller me précise que vu que nous sommes issus de l'immigration, il nous faudra des moyens forts pour qu'une banque nous suive". Un témoignage loin d'être isolé. Qu'importe la supposée neutralité économique, les discriminations ont la vie dure, y compris quand on cherche à obtenir un prêt bancaire. C'est en tout cas ce qu'un testing, organisé par la mairie de Villeurbanne et présenté par le Défenseur des droits, jeudi 21 septembre, permet d'établir.

Ce testing, commandé par cette ville de la banlieue lyonnaise, très impliquée sur les questions d'inégalités liées au sexe et à l'origine "ethno-raciale", et soutenu par le Défenseur des Droits, vient donner une nouvelle dimension à ces discriminations. Pour l'occasion, 90 tests ont été conduits par l'association de lutte contre les discriminations ISM-Corum, dans 63 établissements de Villeurbanne et de l'agglomération lyonnaise, réparties dans douze banques bien connues des Français (Crédit agricole Centre-Est, Caisse d'Epargne, LCL, Société générale, Banque Postale, Crédit Mutuel, HSBC, Crédit Foncier, Crédit Coopératif, BNP Paribas, CSC, Banque Populaire Loire et Lyonnais). Les résultats sont accablants et touchent autant le sexe que l'origine supposée des clients potentiels, malgré un pouvoir d'achat, des revenus et des besoins de financement équivalents.

Lire aussi

Obstacles, rendez-vous moins longs et informations partielles

Que ce soit pour obtenir un prêt immobilier ou un prêt à la création d'entreprise, le processus peut s'apparenter au chemin de croix lorsqu'on est une femme ou un individu "supposé d'origine subsaharienne ou maghrébine", de la prise de rendez-vous jusqu'aux informations relatives au niveau de taux d'intérêt, aux périodes de remboursement. 

Le tableau ci-dessous montre que, à pouvoir d'achat équivalent, les testeurs avec "une origine supposée" ont dû, en arrivant à leur rendez-vous, beaucoup plus souvent que les autres, montrer leur papier d'identité que les autres (27 contre 14). 

"Au moment de la prise de rendez-vous au téléphone, on m'a demandé mon adresse et ma date de naissance, mais également ma nationalité, depuis quand je suis français, si c'était par naissance ou par naturalisation", témoigne dans le rapport un des testeurs dont les nom et prénom évoquent "une origine subsaharienne". De manière moins évidente, le testing permet de remarquer qu'en l'absence de pièce d'identité, les faux-clients d'origine "supposée étrangère" sont moins reçus que les autres.

Les écarts de traitements se poursuivent dans la relation commerciale. Le client potentiel à qui l'on prête des origines subsahariennes s'est retrouvé généralement moins bien reçu qu'un autre : sur 28 établissements bancaires, il a été reçu en moyenne 32 minutes, contre 48 pour les autres. "Le conseiller s'est précipité", témoigne encore un testeur. "Sans avoir pris connaissance de mes revenus, il m'a dit que je ne remplissais pas les conditions".

Moins de temps, et donc moins d'information, avec des conséquences financières qui peuvent être lourdes : plus la période de remboursement est longue, plus le taux d'intérêt est élevé et plus le coût final de l'emprunt est lourd. Les chiffres sont significatifs : dans 11 cas seulement, le client d'ascendance immigrée a eu accès à des informations éclairantes sur le sujet, contre 24 pour le client supposé sans origine. A la fin, pour un emprunt de 165.000 euros sur 25 ans plutôt que 20 ans, la différence atteint 25.500 euros.

Les femmes guère mieux loties

Ces discriminations, les femmes n'y échappent pas plus. Celles qui souhaitent créer leur entreprise sont moins bien traitées que leurs pendants masculins. Les rares fois où les testeurs ont obtenu une simulation de prêt, les hommes en ont obtenu un quatre fois plus souvent que les femmes (8 contre 2). De la même façon, ce dernier obtient davantage d'informations sur le taux d'intérêt (21 contre 9) et la durée de remboursement qu'une créatrice d'entreprise (22 contre 10).

Les créatrices ont également à subir davantage de commentaires de la part de leur conseiller bancaire que leurs collègues masculins. Ainsi, sur 23 tests, la banque se présentera comme un "service" auprès du créateur à 14 reprises pour un homme. Deux fois plus que devant une femme. Qui, elle, se verra davantage rappeler l'"exigence" de remboursement de la part de l'établissement (9 contre 6).

En novembre 2016, la ministre du Travail Myriam El Khomri avait jugé "accablants" les résultats d'un test commandé par le gouvernement devant évaluer l'existence des discriminations à l'embauche. Cette opération, réalisée sur 43 entreprises de plus de 1000 salariés, avait notamment permis de constater que, à compétences égales, ces dernières donnaient moins suite aux candidatures de personnes portant un prénom à consonance arabe. En un an, le phénomène a donc pris une dimension nouvelle.

En vidéo

Discrimination à l'embauche : un testing accablant

La discrimination est un délit puni de 45.000 euros d'amende et de trois ans d'emprisonnement pour une personne physique et de 220.000 euros pour une personne morale. 

Si vous avez été victime de ce type de comportements, vous pouvez saisir le Défenseur des droits.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent