Sivens : Thierry Carcenac, président PS du Tarn, provocateur ou dépassé ?

SOCIÉTÉ
POLEMIQUE - Alors qu'un jeune militant écologiste, Rémi Fraisse, a été tué sur le site du projet de barrage controversé de Sivens, le président du département du Tarn a déclaré que "mourir pour ses idées" était "stupide". Choqués par ces propos, d'autres élus de la région analysent l'entêtement de l'édile.

"Mourir pour des idées c'est une chose, mais c'est quand même relativement stupide et bête." En réagissant ainsi à la mort de Rémi Fraisse, le jeune militant écologiste tué vendredi sur le chantier contesté du barrage de Sivens, le président du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, a choqué. Donnant l'image d'un élu provocateur, dans une telle période de tension, ou au mieux déconnecté.

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Thierry Carcenac est pourtant le prototype de l'élu local que la France produit en nombre. Enfant du pays, il est né en 1950 à une demi-heure de route à peine de Lisle-sur-Tarn, où le projet du barrage de Sivens concentre aujourd'hui ses problèmes. Après avoir commencé sa carrière à l'inspection des impôts, il est élu pour la première fois au Conseil général à l'âge de 28 ans. Et tient depuis 1991 la présidence de l'institution, qu'il a cumulée entre 1997 et 2012 avec un siège à l'Assemblée nationale.

"Si j'avais su que ce serait un tel bordel"...

"Il fait aujourd'hui partie de ces élus féodaux incapables de concevoir que leur autorité et leurs décisions puissent être remises en cause", estime pour metronews Bernard Carayon, député UMP du Tarn. Qui ne comprend pas que Thierry Carcenac ait pu tenir de tels propos sur la mort de Rémi Fraisse, "dans une région qui a vu naître Jean Jaurès. Il ajoute l’indécence à la sécheresse de cœur, c'est abominable !" Sur le fond, l'élu de droite ne s'étonne en revanche guère de la crispation autour du projet de Sivens. "Thierry Carcenac nous a habitués à cet entêtement, qui l'a poussé à enchaîner les bévues jusqu'à ce que le Tarn soit aujourd'hui classé parmi les régions les plus mal gérées de France." Quant au projet de Sivens, que les conseillers généraux UMP avaient pourtant soutenu dans un premier temps, le député estime que "le dossier est géré de manière bureaucratique, avec arrogance. Mais qu'il soit viable ou pas, aujourd'hui il y a eu mort d'homme : il faut l'arrêter !"

Les écologistes locaux, qui partagent bien sûr cette conclusion, ont une analyse complémentaire du comportement de Thierry Carcenac. Fustigeant une "gauche cassoulet" installée dans sa baronnie, le président du groupe EELV au conseil général du Tarn, Guillaume Cros, juge que sa déclaration sur la mort de Rémi Fraisse "montre qu'il n'a rien compris, qu'il ne sait pas quoi faire dans ce genre de situation". Au fond, admet-il, Thierry Carsenac "n'est pas un provocateur, il n'aime pas les conflits, il est plutôt habitué à une politique de l'anguille". Dans ces conditions, l'écologiste s'étonne que le président du département persiste dans la voie de l'affrontement : "Il a souvent montré en 'off' que qu'il n'était pas si convaincu de l'intérêt de ce barrage". L'intéressé a lui-même confié vendredi à La Dépêche : "Si j'avais su que ce serait un tel bordel, je ne me serais peut-être pas lancé dans un tel projet". "Mais malgré cela, à aucun moment il n'a fait de concession, c'est incompréhensible, relève Guillaume Cros. A moins, avance-t-il, "qu'on ne l'empêche de dire stop à un niveau plus élevé : Manuel Valls sait que s'il lâche à Sivens, il devra lâcher ailleurs"... Un entêtement commandé ?

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VIDEO - La déclaration de Thierry Carcenac sur la mort de Rémi Fraisse, isolée par La Dépêche :

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