SNCF : et pourquoi pas la "grève par la gratuité" ?

SNCF : et pourquoi pas la "grève par la gratuité" ?

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CONFLIT - Pour s'opposer à la réforme du système ferroviaire soutenue par le gouvernement, les cheminots ont choisi de faire grève en perturbant le trafic ferroviaire. Mais pourquoi ne pas plutôt rendre gratuits les transports publics, et ainsi gagner le soutien de la population ? Explications.

Une grève qui nous ferait voyager gratuitement, l'idée paraît séduisante. Aussi efficace pour faire pression sur la direction, elle séduirait sans doute les usagers. Au lieu de cela les cheminots, qui s'opposent à la réforme du système ferroviaire depuis près de 18 mois , ont choisi de ne pas aller travailler et donc de perturber très fortement le trafic SNCF. Depuis, force est de constater que leur mobilisation ne semble pas vraiment soutenue par l'opinion publique, qui se focalise sur les difficultés qu'elle éprouve à circuler. Alors pourquoi ne pas jouer la gratuité des transports plutôt que les perturbations ?

"Nous n'avons aucun contrôle sur la gratuité des transports ", jure la fédération des cheminots de la CGT auprès de metronews. "Evidemment nous y avons déjà pensé, mais c'est une décision qui peut seulement être prise par la direction", développe son secrétaire fédéral Cédric Robert. Selon lui, cette mesure impliquerait en effet les agents commerciaux, qui décident du remboursement des billets mais qui ne sont pas liés à la grève des conducteurs de trains.

En 2009, Sud-Rail soutenait la grève par la gratuité

Et si tous les contrôleurs acceptaient néanmoins de faire grève et de rendre gratuits les transports, Sud-Rail comme la CGT y voient un "sérieux risque juridique". "La direction de la SNCF attaquerait les cheminots, nous devrions payer des amendes...", nous oppose David Wehrli, le secrétaire général de Sud-Rail. "Ces mesures ne seraient pas légales", appuie la CGT.

En réalité, la jurisprudence européenne étant passée par là, ce dernier argument n'est plus valable. Dans un arrêt du 17 juillet 2007 , la Cour européenne des droits de l'homme a en effet validé le principe de la "grève par gratuité". Alors que des péagistes turcs avaient abandonné leur poste de travail, autorisant tous les automobilistes à circuler gratuitement, la Cour avait considéré que cette mesure relevait d'une "action collective relevant de l'exercice des droits syndicaux".

D'ailleurs, les cheminots mobilisés aujourd'hui n'ont pas toujours balayé l'idée de ce type de grève. Accusé de pratiques "irresponsables" après le conflit de la gare Saint-Lazare en 2009 , Sud-Rail avait même proposé comme solution la légalisation de ces grèves par la gratuité. Une idée déjà testée par les fonctionnaires de police en septembre dernier, qui avaient lancé une grève des P.V. pour protester contre la loi Taubira, ou encore par les péagistes, qui ont déjà fait tomber les barrières des autoroutes pour s'opposer à leur direction.

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