"Je vous parle un peu de mes privilèges !" : sur Twitter, des cheminots démontent les idées reçues sur leur statut SNCF

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Réforme de la SNCF : bras de fer entre le gouvernement et les syndicats

TRANSPORT - Horaires décalés, astreintes, travaux dangereux... Sur Twitter, des conducteurs, techniciens ou commerciaux, témoignent de leurs conditions de travail et réfutent l'image de "privilégiés" qui leur colle à la peau.

"J’ai 28 congés par an. Des vacances imposées. Oui, j’ai un emploi à vie, mais ça n’empêche pas que je peux me faire virer si on le veut. Je découche une ou deux nuits par semaine pour le service. Je bosse le week-end, les jours fériés. Non je ne touche pas de prime charbon, ni de prime d’absence de prime. Mon traitement de base est de 1.269 euros et je bénéficie de certaines primes. On ne va pas se mentir. Mais soyons franc, mon salaire est loin d’atteindre cette moyenne folle de 3.000 euros bruts par mois."

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C’était fin février, sur Twitter. Amélie Récolet, dans la vraie vie, est chef de bord TER et Intercités dans l’Oise. Sur le réseau social, elle œuvre sous le nom de "Amélie Chef de bord", un compte ouvert il y a un an, dans lequel elle raconte sa vie d’agent, relayant des infos trafic, mais aussi des petites anecdotes. Au fil du temps, elle est devenue une sorte de relais pour les usagers énervés. Faisant de la pédagogie, discutant. 

Amélie aime son métier, et veut le faire partager. D’ailleurs, elle ne dit pas autre chose dans le tweet épinglé en haut de sa page. "Les gens devraient se taire quand ils ne connaissent pas les agents SNCF, leurs compétences, et leur envie de bien faire au quotidien." Le 1er mars, elle s’est lancée dans un long "thread", une succession de tweets, pour, décrire ses conditions de travail. Avec une volonté de déconstruire les clichés et fantasmes qui tournent autour de cette profession, dans le collimateur du gouvernement avec la réforme de la SNCF. Son tweet a été partagé près de 2.000 fois.  

Dans sa réforme, le gouvernement entend en effet en particulier "modifier le cadre de la négociation sociale d'entreprise, ainsi que les conditions de recrutement et de gestion des emplois des salariés du groupe public ferroviaire". L'exposé des motifs évoque directement le point ultra-sensible de "l'arrêt des recrutements au statut (de cheminot) des nouveaux agents". 

Et sur ce statut, les cheminots entendent dire leur vérité. Ne veulent pas qu'on parle pour eux. Et décrivent leur réalité.

"Je dirais que je ne suis pas malheureuse mais que je ne suis pas privilégiée", insiste Amélie sur Twitter. "J’adore mon métier et je l’ai choisi. J’aime le service public. J’essaie de faire au mieux chaque jour pour mes usagers. J’ai été le plus honnête et sincère possible." 

Patience, et pédagogie. Comme elle, de nombreux cheminots ont ouvert des comptes, dans lesquelles ils font partager leur quotidien, leurs belles images, ou petites anecdotes. Un lien humain créé, via la technologie, avec les usagers. Et une façon de dire leur amour pour leur boîte. Ces derniers temps, alors que la réforme de la SNCF est particulièrement discutée, ils ont redit, encore et encore, pourquoi ils faisaient ce métier.

Comme Amélie, Emilien, qui se décrit comme "papa cheminot" sur son compte, tente lui aussi de balayer les idées reçues.

Ou Bast, traceur d’itinéraire de trains.

Ou Charly, à la direction transilien SNCF, qui gère la prise en charge des pannes des équipements.

D'autres font passer des messages sur le ton de l'ironie.

Pour les 80 ans de l'entreprise, la semaine dernière, le hashtag "j’aime la SNCF" a émergé. Alors oui, tous les communicants et chefs de la SNCF y sont allés de leur joli tweet-hommage à leur entreprise et aux troupes...

Mais de belles histoires se révèlent aussi, sur le terrain, révélant un attachement véritable - voire une passion pour certains - des troupes à leur entreprise publique.

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Le texte sur la réforme de la SNCF, présenté mercredi en Conseil des ministres, doit être débattu en avril à l’Assemblée nationale et en mai au Sénat. Les syndicats de cheminots, eux, sont prêts au "bras de fer" avec le gouvernement, les syndicats de cheminots doivent décider jeudi soir s'ils lancent une grève dure contre la réforme de la SNCF que l'exécutif entend mener tambour battant par ordonnance.

Les syndicats ont déjà au programme une manifestation nationale des cheminots, le 22 mars à Paris.

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