Son tuto en BD pour réagir en cas de harcèlement islamophobe fait le buzz

SOCIÉTÉ
INTERVIEW - Maeril, jeune dessinatrice, a vu l'une de ses productions connaitre un succès foudroyant sur les réseaux sociaux : elle a publié en BD un "Guide du témoin pour aider une personne victime de harcèlement islamophobe". Elle raconte

Elle s’appelle Maeril. Elle a 22 ans, elle est illustratrice. Elle fait des chouettes dessins, colorés, souriants, pour son blog et sa page Facebook. Elle anime aussi une chaîne Youtube, finit son stage et termine ses études  de graphisme. Bref, Maeril est bien occupée. Et même débordée en ce moment. 


Elle vient en effet de publier sur son blog une BD qui est en train de faire un beau petit buzz sur les réseaux sociaux : un "guide du témoin pour aider une personne victime de harcèlement islamophobe dans un lieu public". En quelques images, elle donne une petite méthode pour aider une personne victime de harcèlement. Une manière légère, en dessins, pour aborder un sujet délicat. La méthode est facile :  en clair, faire comme si de rien n’était, ignorer le harceleur, et aller vers la personne harcelée. Engager la conversation d’un ton léger… et créer ainsi un "espace sécurisé", qui a tendance à décontenancer le harceleur, et le faire fuir. 


Pourquoi aborder ce sujet en BD ? D’abord parce que Maeril, plutôt versée sur les luttes contre le racisme ou l’anti-LGBT, y est sensible. "J’ai une mère franco-iranienne et un père arménien", explique-t-elle à LCI. "Du coup, j’ai été assez vite en contact avec l’Islam quand j’étais petite. J’ai aussi grandi dans le 13e à Paris, j’ai pas mal d’amis proches qui sont musulmans, et l’histoire des religions m’intéresse."


Et, parmi ses proches, dans son entourage, elle sent depuis quelques mois monter la pression. "Il y a eu les attaques de Paris, puis de Nice, et cette polémique sur le burkini", détaille-t-elle.  "Cela a cristallisé pas mal de tensions. J’ai beaucoup de témoignages d’attaques, dans mon entourage." Des remarques, des insultes de la part des hommes, des messes basses ou mauvais regard de la part de femmes. "J’ai des amies qui porte le voile, on a déjà essayé de leur arracher, en les insultant", témoigne Maeril. 


Il faut éviter une escalade de la violenceMaeril

Alors cette petite BD, elle s’est dit que ce serait un bon moyen pour désamorcer ces tensions. "J’ai voulu essayer de faire quelque chose, donner un conseil simple pour s’interposer de manière pacifique, et éviter une escalade de violence."  Sa méthode peut paraître gentillette, voire naïve. Mais elle y croit. "C’est une méthode non-violente, inspirée d’un concept anglais qui s’appelle 'non-complementary behavior'", décrypte Maeril. "Il s’agit de couper le lien que la personne qui attaque essaie d’établir avec sa victime en changeant complètement le sujet de conversation." Cette technique s’applique normalement à l’agressée. Exemple : si une femme marche dans la rue, et se sent menacée par un groupe au loin, elle peut essayer d’aller vers ces personnes, et leur demander l’heure. Histoire de désamorcer. "C’est une technique qui a fait ses preuves, qui court-circuite la montée de la violence." Maiscomme parfois la victime n’a pas le courage de se confronter au harceleur, Maeril a aussi voulu s’adresser aux témoins.  


Sa petite BD a été vite repérée, et a son petit succès sur les réseaux sociaux, partagée des milliers de fois. "Bonne idée", "du bon sens", "tout mon soutien"… Les messages de félicitation s’accumulent. "Je ne m’y attendais vraiment pas", se réjouit Maeril. "J’ai été interviewée par cinq journalistes internationaux depuis hier ! C’est impressionnant. Je suis contente d’avoir eu cet impact… En espérant que cela empêchera des agressions."


Reste qu’au milieu des compliments, la jeune dessinatrice a aussi écopé de son lot d’insultes, de commentaires à tendance racistes ou d’amalgames. 

Mais surtout, un reproche revient constamment, dans les commentaires : le fait que sa BD ne parle "que" des actes de harcèlement contre les musulmans, et pas de tous les autres.

Un aspect sur lequel Maeril a essayé de se justifier plusieurs fois. Avant de jeter l’éponge. 

"Dans mon travail, j’ai beaucoup parlé et dessiné sur le harcèlement de rue", explique-t-elle. Et elle le reconnaît, sa méthode peut tout à fait s’appliquer à d’autres types de situations.  "Mais là, je me concentre sur les musulmans. Ca n’invalide pas les autres harcèlements, bien évidemment."


Forte de ce petit succès, Maeril continue sa route sur un autre projet, qui lui tient à cœur : une BD sur le racisme. "L’idée est de présenter des situations vécues tous les jours par des personnes non-blanches, pour ouvrir les yeux aux gens, montrer que oui, le racisme, ça existe encore, même si on n’en parle plus." Elle a ainsi recueilli des témoignages, qu’elle va mettre en dessins, selon une méthode inspirée de celle du projet Crocodile, un site qui raconte des histoires de sexisme ordinaire mise en bande dessinées. "Je ne veux pas donner mon avis. Mais juste en donnant les faits, de manière neutre, pour que chacun se fasse de lui-même sa propre idée. J’espère que cela aura un sérieux impact." Réponse à la mi-octobre, sur son blog ou sa page Facebook. 


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