Sondage polémique sur les préjugés antisémites : faut-il aller si loin ?

Sondage polémique sur les préjugés antisémites : faut-il aller si loin ?

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DÉBAT – Un sondage Ifop commandé par l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme et publié vendredi par Le Parisien suscite un tollé sur les réseaux sociaux. L'enquête, qui mesure l'ampleur des préjugés antisémites, est-elle utile ou nocive ?

"Les juifs sont plus riches que la moyenne des Français." "Les juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias" ou "dans le domaine de l'économie et des finances". Ces assertions antisémites sont en réalité des questions. Et elles sont posées par le très sérieux institut de sondage Ifop, à la demande de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et de SOS Racisme.

A peine deux semaines après la très forte polémique sur un sondage du même type relayé par Le JDD, Le Parisien a choisi, vendredi, de publier un court extrait des résultats de cette enquête sur les préjugés antisémites, à l'occasion des dix ans de la mort d'Ilan Halimi , le jeune juif assassiné dans des conditions atroces par le "gang des barbares".

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On y lit notamment que 31 % des interrogés considèrent toujours que les juifs sont "plus riches" que l'ensemble des Français, contre 38% qui ne sont pas d'accord, et 31% qui ne "savent pas".

"Ignoble", disent les réseaux sociaux

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette publication passe mal, très mal, en particulier sur les réseaux sociaux.


Les détracteurs du sondage accusent en substance l'Ifop de colporter ces préjugés sous couvert de les mesurer. Des reproches qui font bondir Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop. "Je suis stupéfait", explique-t-il à metronews. "Nous mesurons les préjugés et leur perception depuis 1946. En septembre 2014, nous avons réalisé une enquête similaire pour la Fondation pour l'innovation politique. Cela n'avait pas soulevé de polémique." Pour le sondeur, "ce n'est pas parce qu'on mesure des préjugés qu'on veut les propager. Il y a une confusion totale entre la mesure et les résultats". Sur Twitter , le directeur de la rédaction du Parisien, Frédéric Vézard, a également justifié la publication du sondage par le fait qu'il s'insérait dans un ensemble d'une page consacré à Ilan Halimi.

L'enquête décriée, réalisée en ligne auprès de 1.468 personnes, ne se limite cependant pas au quart de page de présentation dans Le Parisien. Le document de 30 pages mis en ligne sur le site de l'institut de sondage  mesure également la perception à l'égard des musulmans, des Alsaciens, des Corses ou encore des Bretons… Concernant l'antisémitisme, l'institut arrive à la conclusion que "la manifestation d'un antisémitisme brutal et sans fard demeure un comportement très minoritaire", mais que "les préjugés et stéréotypes associés aux juifs se maintiennent à un niveau non négligeable".


"Nous avons, depuis dix ans, une enquête similaire sur les préjugés racistes, menée avec la Commission nationale consultative des droits de l'homme, et cela n'a jamais suscité de polémique", s'étonne également Valentin Le Dily, le directeur général de SOS Racisme. "Ce type de sondage montre que les préjugés sont constants et pose la question des contre discours à tenir. Il permet aussi de mesurer l'efficience des actions menées contre ces stéréotypes".

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