Sondages : pourquoi 4 Français sur 10 soutiennent la grève à la SNCF

OPINION - Plusieurs sondages publiés ces derniers jours indiquent que plus de 4 Français sur 10 trouvent "justifié" le mouvement de grève à la SNCF contre la réforme du gouvernement. Quels sont les raisons de leur soutien ? L'opinion peut-elle se retourner en faveur des cheminots ? LCI a questionné deux sondeurs.

Un mouvement social de plus en plus clivant. Si, globalement, six Français sur 10 trouvent que la mobilisation des cheminots n'est pas justifiée, les derniers sondages relatifs à la grève à la SNCF font apparaître une polarisation des débats. D'un côté, on trouve un électorat de gauche de plus en plus favorable au mouvement. De l'autre, un électorat droite-LaREM qui, au contraire, y est de plus en plus défavorable. 


Le dernier sondage Ifop Fiducial-Sud Radio-CNews paru jeudi fait ainsi apparaître que 46% des Français jugent le mouvement à la SNCF "justifié", contre 54% qui pensent l'inverse. Les électeurs France insoumise (77%), PS (59%) et FN (54%) sont ceux qui soutiennent le plus facilement la grève. A l'opposé, les électeurs LR (19%) et LREM (14%) ne comprennent pas le mouvement. 


Dans la même veine, le sondage Odoxa pour Le Figaro et France info publié le même jour indique que 57% des personnes interrogées considère que la grève reconductible n'est "pas justifiée", contre 42% qui la jugent "justifiée". Selon l'étude, 56% soutiennent la réforme de la SNCF, mais 59% anticipent un mouvement d'une ampleur comparable aux grèves de 1995, et 51% estiment que le gouvernement doit "tout faire" pour éviter qu'il se prolonge, quitte à faire quelques concessions. 

Un niveau de soutien à relativiser

En réalité, le soutien d'environ 4 Français sur 10 constitue un niveau relativement faible à l'échelle des mobilisations.  "On aurait tendance à croire ce mouvement populaire, mais il est en réalité relativement bas dans la hiérarchie des mouvements sociaux récents, dans les Ephad, chez les retraités et dans les hôpitaux", note Emmanuel Rivière, directeur général de Kantar Public, interrogé par LCI. "Cela dit, au regard des mouvements précédents à la SNCF, on reste à un niveau de soutien assez élevé", précise le politologue. 


Même constat général pour Frédéric Dabi, le directeur adjoint de l'Ifop. "C'est un niveau relativement bas si on le compare aux 60% de Français qui trouvaient justifié le mouvement contre la loi Travail en 2016, ou aux 75% contre la réforme des retraites en 2010", indique le sondeur à LCI. 

Une certaine idée du service public

Quelles sont les motivations de ceux qui soutiennent la grève ? "Cela peut s'expliquer par une conjonction d'aspirations, pas tant pour défendre le statut des cheminots qu'une certaine idée des services publics", observe Emmanuel Rivière, qui évoque "une solidarité de sentiment". "Une partie de l'opinion juge que c'est une bonne chose que des gens résistent à la politique d'Emmanuel Macron, perçue comme trop libérale et trop à droite."


"L'attachement au service public est un levier traditionnel du mouvement social", confirme Frédéric Dabi, qui nuance toutefois : "S'il y a l'expression d'un certain mécontentement vis-à-vis de la politique du gouvernement, ce qui frappe aussi, c'est le sentiment majoritaire que la réforme est nécessaire, et ce fait majeur : trois quarts des Français ont déjà intériorisé que le gouvernement irait jusqu'au bout de la réforme". 

Un clivage qui s'accentue

Les sondages montrent aussi que le mouvement des cheminots polarise l'opinion, avec d'un côté des cadres supérieurs et des professions libérales de plus en plus hostiles et de l'autre, des ouvriers et des employés au contraire, plus favorables. Idem sur le plan générationnel : le sondage Ifop a fait apparaître, note Frédéric Dabi, un écart "de près de 30 points" entre les moins de 35 ans, favorables, et les plus de 60 ans, défavorables au mouvement. 


"Depuis le début du mouvement, les syndicats ont réussi à mobiliser activement, notamment sur les réseaux sociaux. Ils sont parvenus également à sortir de la seule question du statut des cheminots pour aller vers celle de la défense des services publics", juge Emmanuel Rivière. De quoi faire bouger les lignes et inverser la tendance ? "Trois éléments peuvent changer la donne", estime le sondeur. "La posture du gouvernement, fermée ou non" aux négociations, "la gêne occasionnée", et surtout "la capacité du gouvernement à contrer l'argumentaire sur la défense des services publics", sujet sur lequel il est resté "peu audible" jusqu'ici. Inversement, les syndicats miseront sur "une agrégation de soutiens" pour tenter d'infléchir une réforme soutenue, rappelle tout de même un récent sondage Elabe, par trois quarts des Français.

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