Sophie, mère d'un enfant autiste scolarisé : "C'était le procès de mon fils tous les jours"

Sophie, mère d'un enfant autiste scolarisé : "C'était le procès de mon fils tous les jours"

TEMOIGNAGE - La mère d'un petit garçon autiste a alerté, sur les réseaux sociaux, sur la prise en charge de son fils par sa maîtresse, à l'école. Mais au-delà de l'anecdote, elle questionne plus largement la formation dispensée aux futur.e.s enseignant.e.s au sujet des enfants en situation de handicap.

Son coup de gueule a fait le tour du web. Sophie*, professeure des écoles en région toulousaine, est aussi mère d'un enfant de huit ans, récemment diagnostiqué comme porteur d'un trouble du spectre de l'autisme. Dans la semaine du 20 septembre, elle s'inquiète auprès de l'auxiliaire de vie scolaire (AVS) qui accompagne son fils à l'école deux jours et demi par semaine de la disparition de plusieurs manteaux. 

C'est la maîtresse qui lui répond, et le mot qu'elle lui adresse fait bondir Sophie. Selon elle, son fils "est à un âge où il doit absolument apprendre à gérer ses vêtements. Je viens de le lui expliquer. A la récréation, il cherchera donc dans toute l'école les deux vêtements perdus. Je compte aussi sur vous pour lui tenir le même discours". 

Soupçons de "mauvaise éducation"

Une réaction "condescendante", selon Sophie, qui ne manque pas de piquer au vif de nombreux internautes. Mais au-delà de la polémique, au-delà de l'anecdote, l'institutrice refuse de "s'acharner sur une école ou une professeure en particulier". En revanche, elle souhaite, sur LCI, partager le parcours du combattant qui attend les parents d'un enfant autiste et scolarisé.

"L'autisme de mon fils ne se voit pas", commence-t-elle. "Il parle normalement, il regarde les gens quand il s'adresse à eux. Du coup, parce qu'il a des problèmes d'intégration dans la société", on le soupçonne régulièrement d'être mal élevé. "C'est vrai dans les lieux publics comme dans les musées, quand on me fait remarquer qu''un enfant, ça se gère', mais c'est surtout vrai à l'école." Avant qu'il ne soit diagnostiqué, on reprochait donc souvent à Sophie "la mauvaise éducation" de son enfant. "Des soupçons sûrement liés au fait que je suis une maman célibataire. Il était toujours puni à l'école, j'avais l'impression que c'était son procès tous les jours. Puis le diagnostic est tombé, pour moi c'était une forme de libération. Mais en fait, rien n'a vraiment changé".

Ces enfants ont toute leur place à l'école, mais il faut nous aider- Sophie

L'un des problèmes majeurs, selon elle, réside dans le manque d'écoute entre la famille et le corps enseignant. "Les réunions de suivi à l'école entre les référents, les partenaires de soin et les parents ont lieu une fois par an, c'est trop peu ! On se consacre à l'administratif et on parle à peine de l'enfant. Il existe une trop grande défiance envers les parents. Si les enseignants sont des professionnels de l'enseignement... les parents sont les professionnels de leur propre enfant. Il faudrait qu'on puisse discuter à égalité quand il s'agit d'un enfant en situation de handicap."

Mais le véritable levier d'action, pour elle, est ailleurs. Troquant sa casquette de mère de famille contre celle de l'instit', Sophie déplore une formation quasi-inexistante des professeurs au sujet du handicap. Elle-même enseignante, elle est bien placée pour le savoir. "On ne nous donne aucun conseil, aucune ligne de conduite. Quand un enfant handicapé arrive dans notre classe, on se débrouille avec notre sensibilité. Personnellement, je n'ai eu aucune formation sur le sujet durant mes études. Ces enfants ont toute leur place à l'école, mais il faut nous aider."

Une sensibilisation au handicap

L'Education nationale est-elle particulièrement en retard sur le sujet ? Sur son site, le ministère rappelle que "chaque école a vocation à accueillir tous les enfants, quels que soient leurs besoins". Et de préciser que pour l'année 2016-2017, "300.815 enfants en situation de handicap ont été scolarisés dans les écoles et établissements relevant du ministère de l'Education nationale". Contactés à ce sujet, les services du ministre Jean-Michel Blanquer, loin de reconnaître une formation incomplète, indiquent à LCI que "la prise en compte des élèves à besoins éducatifs particuliers fait partie des enseignements dispensés dans le cadre du tronc commun de formation à tous les futurs enseignants" et qu'il existe "des spécialisations entièrement dédiées dans le premier degré".

En tout état de cause, la formation de "la communauté éducative" fait partie des objectifs du troisième plan autisme, présenté par l'ancienne ministre Marie-Arlette Carlotti et s'étalant sur la période 2013-2017. Le rapport préconise notamment "l'inclusion d'un module sur les troubles cognitifs" pour apprendre aux personnels de l'Education nationale à "repérer les signes d'alerte". Et insiste sur une "sensibilisation au handicap" menée dans les écoles supérieures du professorat et de l'éducation. 

Une autre méthode... sans l'aide des enseignants

Reste que tous les acteurs impliqués dans la prise en charge des enfants autistes ne partagent pas la même vision. L'association "Association Autisme Espoir vers l'Ecole" fait office de voix discordante en la matière. Sa présidente Catherine de La Presle estime que "l'inclusion scolaire est un échec" et prône une approche où l'enfant n'est pas à l'école. "Nous avons développé la méthode des 3i", explique-t-elle. "Celle-ci est basée sur le jeu et se déroule dans un endroit calme. Une fois seulement que l'enfant parle, qu'il a appris à se concentrer, alors il est remis à l'école par étapes." Pour les adeptes de cette "méthode innovante", bien que pas encore reconnue officiellement par la Haute autorité de la santé (HAS), ce n'est pas en formant les professeurs et les accompagnants qu'on proposera à un enfant autiste un environnement adapté. Deux visions pour un débat primordial : en 2013, on estimait entre 400.000 et 600.000 le nombre de personnes autistes en France. 

*Le prénom a été changé

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