Souffrance animale dans les abattoirs : pourquoi le gouvernement est très prudent

Souffrance animale dans les abattoirs : pourquoi le gouvernement est très prudent

MAUVAIS TRAITEMENT - Six mois après l'annonce de sa constitution, la commission d'enquête parlementaire sur l'abattage des animaux de boucherie a dévoilé 65 propositions pour améliorer le traitement de ces derniers.

Les images diffusées régulièrement depuis 18 mois mois par l’association de défense des animaux L214 ont choqué la France entière. Avec pour conséquence quasi immédiate la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur l’abattage des animaux de boucherie. Mais au jour de la présentation des 65 propositions, on peut se demander si ce rapport aura une suite ou finira dans un tiroir. Pour l’instant, le ministre de l’agriculture se contente d’accuser réception du texte.  

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    Le Foll déjà réticent

    Le rapporteur Jean-Yves Caullet, député socialiste de l’Yonne, confirme au passage que Stéphane Le Foll  s’était montré plutôt réticent sur plusieurs mesures lors de son audition par la commission. Si la mise en place de comités locaux de suivi des abattoirs regroupant les professionnels de la filière, les représentants de l’Etat, des associations de consommateurs et de défense des animaux pourraient à terme voir le jour, trois propositions sont particulièrement sensibles. 

    Tout d’abord celle qui vise à proposer l’expérimentation d’abattoirs mobiles, sur le modèle de ceux utilisés dans plusieurs pays, dont la Suède, et qui permettent d’abattre les animaux directement à la ferme pour leur éviter le stress du déplacement et du transport. "Stéphane Le Foll nous a indiqué son opposition ferme sur cette expérimentation pour des raisons sanitaires", explique la députée écologiste Laurence Abeille, l’une des membres de la commission.

    La surveillance des ouvriers en question

    Autre proposition qui fait polémique, l’instauration de caméra vidéo dans toutes les zones des abattoirs où les animaux sont vivants, de leur arrivée jusqu’au poste d’abattage. Pour Jean-Yves Caullet : "Il s’agit de contrôle vidéo et non pas de vidéo surveillance qui est mal connotée. Actuellement les contrôles portent plutôt sur les postes de découpage afin de sécuriser la consommation. Nous voulons développer le contrôle sur les postes d’abattage dans le souci du bien-être animal". 

    "Il faut savoir que la formation est sommaire dans les abattoirs, elle est plus théorique que pratique. Beaucoup de salariés sont confrontés directement la première fois à l’animal vivant et doivent le tuer alors qu’ils n’ont aucune expérience", précise Laurence Abeille. La commission propose que les images vidéo soient accessibles en temps réel pour la direction de l’abattoir, les membres du CHSCT et les services de l’état, et ne soient ensuite conservées que huit jours sous forme cryptée, pour être éventuellement mises à la disposition de la justice. Là encore, Stéphane Le Foll a fait part de ses réserves lors de son audition. 

    Surtout, la quasi-totalité des syndicats se dit hostile à une telle mesure par crainte de la surveillance des salariés. "Le milieu de l’abattage est très fermé, il y a une culture de la méfiance. Il faut que la profession apprenne à ouvrir les portes et accepte la transparence. Il ne s’agit pas de faire du flicage", tempère Laurence Abeille. Le contrôle vidéo parait donc complexe à envisager et il faudra  forcément passer par la loi pour lever toutes les inquiétudes  des salariés, éviter les dérives et encadrer un tel dispositif.

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      Le mode d'abattage qui ouvre un débat... religieux

      Mais c’est surtout la proposition d’un "étourdissement réversible" dans le cadre de l’abattage rituel halal et casher qui suscite le plus d’interrogations. Car les propositions de la commission ouvrent un débat éthique et religieux. Les députés voudraient remplacer l’abattage sans étourdissement, qui se caractérise par un temps de souffrance pour les animaux de 1 minute à 1 minute 30, par un étourdissement réversible électrique pour les ovins et un étourdissement 'post-cut', c’est-à-dire juste après la jugulation, pour les bovins. "Aujourd’hui le dogme religieux n’admet pas l’étourdissement réversible. Seul l’abattage sur un animal vivant est toléré il y a un vrai débat subtil pour savoir ce qui différencie l’insensibilité, l’inconscience et la mort", reconnait Jean-Yves Caullet.

      Autant dire que ces débats ne seront pas tranchés rapidement. C’est pourquoi la commission préconise de confier le dossier au comité d’éthique et en attendant de se contenter d’inscrire dans le code rural la possibilité d’utiliser l’étourdissement réversible au même titre que l’abattage sans étourdissement. Et l’écologiste Laurence Abeille de compléter : "C’est une solution d’attente pas franchement satisfaisante. Mais il est vrai que le contexte politique actuel et les tensions autour des questions touchant à l’Islam ne favorisent pas une approche sereine du sujet."

      Signe de la grande prudence du côté du ministère de l’Agriculture : en fin d’après-midi, le cabinet de Stéphane Le Foll faisait savoir que ce dernier allait demander une "expertise approfondie des conclusions et recommandations" de la commission et qu’il n’avait pas encore reçu l’intégralité du rapport.    

      VIDÉO - Souffrance animale : quels axes de travail ?

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      Souffrance animale en abattoir : quels axes de travail pour y remédier ?

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