Soupçons de manipulation islamophobe : le directeur de l'IUT de Saint-Denis porte plainte

Soupçons de manipulation islamophobe : le directeur de l'IUT de Saint-Denis porte plainte
SOCIÉTÉ

RIPOSTE – Le directeur de l’IUT de Saint-Denis, Samuel Mayol, est soupçonné d’avoir déposé des tapis de prière dans le local d’une association afin d’accréditer la thèse d'une dérive communautariste. Interrogé par "metronews", il se défend et annonce qu'il va porter plainte pour "dénonciation calomnieuse".

L'accusation vient au terme plusieurs années de tensions. Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Saint-Denis, est soupçonné depuis vendredi par l'université d’avoir introduit des tapis de prière dans le local de L’Ouverture Up13, une association étudiante de son établissement qu'il accuse de dérives communautaires musulmanes. Ce lundi, il annonce à metronews son intention de porter plainte auprès du procureur de la République de Bobigny pour "dénonciation calomnieuse".

Des images de vidéosurveillance, datant du 6 octobre, le montrent en effet se diriger vers le local avec un sac blanc, pour en ressortir les mains vides. Samuel Mayol, 42 ans, se défend et explique : "La vidéo ne filme pas l’entrée du local. Elle filme l’entrée d’un sas, qui débouche sur les locaux de l’association Ouverture et le bureau des sports. Le 6 octobre, je suis entré dans ce sas pour déposer des t-shirts au bureau des sports. J’ai remarqué que la lumière était allumée dans le local de l’Ouverture. Je suis entré pour éteindre la lumière. Je sais bien que les couloirs sont filmés, il faudrait vraiment que je sois bête pour faire une telle manipulation sous l’œil des caméras. On cherche à me déstabiliser." Et le gérant d’établissement de maintenir ses propres accusations : "Depuis le début, l’université nie qu’il y a des problèmes de communautarisme. Alors que dans cet IUT, il y a des entraves perpétuelles à la laïcité. C’est connu partout." 

"D'autres objets dédiés au culte religieux"

De son côté, l’Université Paris 13, dont dépend l’IUT de Saint-Denis, nous confirme la main-courante déposée à l’encontre du directeur annoncée par l'AFP, précisant que "des éléments internes ont mis la puce à l’oreille". C’est que depuis sa prise de fonction en septembre 2012, Samuel Mayol, engagé notamment contre le port du voile à l’université, reconnaît volontiers ses différents avec l’association Ouverture. "J’ai d’abord fait interdire les sandwiches halal qu’elle commercialisait dans le hall de l’IUT. Et puis en février 2014, j’ai voulu récupérer son local, afin d’en faire un lieu ouvert à toutes les associations et pas seulement à elle. Au moment de la remise des clefs, une fausse alerte à la bombe a été déclenchée."

Quartier bouclé, établissement évacué. Lors de cette alerte, les policiers affluent vers l’IUT. Et au cours des fouilles, ils dénombrent exactement 26 tapis de prière dans les locaux de l’association. Après un nouveau comptage en juillet 2015, l’équipe administrative n’en compte plus que 4… jusqu’à ce 14 octobre, où plusieurs membres de l’université découvrent à nouveau les 26 tapis. Un membre de l’IUT, présent ce jour-là, confie à metronews : "Les tapis étaient répartis dans plusieurs sacs, rangés dans deux armoires. Et j’ai pu constater dans cette salle la présence d’autres objets dédiés au culte religieux."

Menaces de mort et agressions

L’association Ouverture Up13 figure au Journal Officiel . Créée le 7 novembre 2012, elle dit avoir pour objectif d’"animer la vie socioculturelle des étudiants de l’université Paris 13 en les ouvrant sur le monde extérieur." Son but est "la défense et la représentation de ses membres auprès de diverses instances universitaires et du CROUS", avec un objectif  "à la fois social, éducatif et culturel". Nous avons retrouvé un ancien membre. Lui se souvient d’une organisation "ouverte pour tout le monde et pas qu’aux étrangers", même s’il existait "une forte concurrence entre elle et les autres associations". Quant aux responsables d'Ouverture, ils n'ont pas encore donné suite à nos sollicitations.

Participant de ce climat profondément délétère, un conflit oppose également Samuel Mayol à deux enseignants du département "techniques de commercialisation" de l’IUT. Des professeurs dont Samuel Mayol pense qu’ils protègent les activités de l’association Ouverture et qu'il accuse par ailleurs d'avoir organisé un nombre important de vacations factices.  Visés par une enquête de l’IGAENR (Inspection Générale de l’Administration de l’Education Nationale et de la Recherche) ces enseignants sont toujours en poste. Mais suite à ses dénonciations, menaces de mort et agressions se multiplient à l’encontre de Samuel Mayol, actuellement en arrêt maladie. Le 9 octobre dernier, victime d’une agression dans la rue, il souffre depuis de plusieurs entorses cervicales. La police n’a, pour l'heure, pas retrouvé ses agresseurs.

EN SAVOIR + >> Le directeur de l'IUT de Saint-Denis accusé de manipulations

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